PORT-AU-PRINCE, mardi 24 mars 2026 (RHINEWS)- La Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) a exprimé, dans une note publiée le 24 mars 2026, ses « vives préoccupations » face à la détérioration continue des conditions de vie dans les sites de déplacés internes en Haïti, soulignant une situation qu’elle juge de plus en plus alarmante.
L’organisation déplore que ce phénomène, censé être temporaire, « tende à se pérenniser », donnant l’impression qu’il ne constitue plus une priorité nécessitant des interventions urgentes. Elle rappelle qu’en dépit de l’annonce, en juillet 2025, d’un programme de relocalisation par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, la situation ne s’est pas améliorée.
Selon la POHDH, le nombre de sites et de personnes déplacées n’a cessé d’augmenter, dépassant les 217 000 individus au début de l’année 2026. « Huit mois après, le nombre de sites ainsi que le nombre de déplacés forcés n’ont fait qu’augmenter », souligne-t-elle.
Les conditions de vie restent particulièrement précaires, avec un accès limité aux soins de santé, une insuffisance alimentaire et des logements inadéquats. L’organisation note également l’arrêt de certains programmes de restauration communautaire et l’absence d’assistance dans plusieurs camps. « Les dispositifs de soins sont loin d’être suffisants », indique la note.
L’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires constitue un autre défi majeur. La POHDH évoque « une dure réalité entre l’insuffisance des toilettes et les difficultés de gestion des déchets », tandis que la présence des organisations humanitaires est en recul et que l’État « ne fait montre d’aucun intérêt à renforcer ses interventions ».
Au-delà de ces conditions générales, l’organisation s’inquiète d’une hausse « inquiétante » du nombre de filles mineures enceintes ou allaitantes dans les camps. Ces adolescentes, souvent livrées à elles-mêmes dans des environnements marqués par la promiscuité, sont exposées à des risques accrus de violences sexuelles et d’exploitation. « Les femmes et les filles sont de plus en plus exposées aux violences sexuelles et sexistes », alerte la POHDH.
Elle souligne que ces grossesses précoces aggravent davantage la vulnérabilité des victimes et traduisent « le résultat tragique de l’insécurité généralisée et de l’effondrement des structures familiales ».
La POHDH estime que cette situation constitue une violation des droits fondamentaux garantis par la Constitution haïtienne de 1987 et par la Convention relative aux droits de l’enfant, rappelant que « l’État assure la protection à tous les enfants ».
En conséquence, elle recommande à l’Institut du bien-être social et de la recherche (IBESR) d’ouvrir une enquête sur la situation des adolescentes concernées et de mettre en place des mesures d’assistance d’urgence, incluant un soutien matériel, médical et psychologique.
L’organisation appelle également à garantir la poursuite de la scolarité de ces jeunes filles afin d’éviter « le cycle de la reproduction de la violence et de la pauvreté », tout en exhortant les autorités à renforcer leur accompagnement des déplacés et à rétablir les conditions de sécurité nécessaires à un retour digne dans leurs zones d’origine.

