Haïti : la FJKL appelle à renforcer la coopération avec le Salvador contre les gangs et à rompre le contrat avec les mercenaires étrangers…

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PORT-AU-PRINCE, jeudi 5 novembre 2026 (RHINEWS) – La Fondasyon Je Klere (FJKL) appelle les Nations unies à soutenir un cadre de coopération militaire, sécuritaire et judiciaire entre Haïti et le Salvador pour combattre les gangs et poursuivre les responsables de crimes graves, tout en garantissant le respect des droits humains. Dans un rapport daté du 4 novembre, elle demande également au gouvernement haïtien de rompre le contrat avec les mercenaires étrangers et de consacrer les ressources correspondantes à la formation de soldats haïtiens.

Cette prise de position intervient en réaction à une lettre que Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », chef du gang 400 Mawozo, aurait adressée au secrétaire général de l’ONU, António Guterres. La FJKL interprète cette démarche comme une tentative de présenter les gangs comme des groupes armés respectueux du droit international humanitaire, dans un contexte de renforcement annoncé de la présence militaire salvadorienne en Haïti.

La Fondation invite le secrétaire général de l’ONU à « œuvrer pour le renforcement du cadre de coopération militaire et sécuritaire entre Haïti et le Salvador » afin de mettre fin à ce qu’elle qualifie d’« impunité officielle » des gangs.

Selon le rapport, quatre militaires salvadoriens appartenant à la Force de répression des gangs (FRG) ont été enlevés le 18 octobre 2026 dans la plaine du Cul-de-Sac, alors qu’ils ne participaient pas aux combats. La FJKL les présente comme toujours portés disparus à la date de publication du document.

L’organisation rapporte que le président salvadorien, Nayib Bukele, a annoncé une opération de recherche et de sauvetage, accompagnée d’un déploiement de soldats et d’équipements militaires. Elle lui attribue également la menace d’intensifier la lutte contre les gangs si les militaires ne sont pas libérés vivants, sans reproduire les déclarations présidentielles correspondantes.

Pour la FJKL, les appels au dialogue des gangs traduisent une crainte de l’intervention salvadorienne et ne sauraient dispenser leurs responsables de répondre des crimes qui leur sont reprochés.

« Les membres de l’organisation Viv Ansanm ne peuvent bénéficier de l’impunité, car l’impunité engendre la récidive », affirme-t-elle.

Wilson Joseph est notamment mis en cause dans l’enlèvement, le 16 octobre 2021, de 17 missionnaires et membres de leurs familles, dont cinq enfants, par les 400 Mawozo. Le groupe comprenait 16 ressortissants américains et un Canadien. La justice américaine a annoncé en novembre 2022 des poursuites contre lui dans cette affaire de prise d’otages contre rançon.

Son gang est également impliqué dans les violences qui ont ravagé la plaine du Cul-de-Sac au printemps 2022. Selon le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), les affrontements entre les 400 Mawozo et Chen Mechan, soutenus par leurs alliés respectifs, ont été accompagnés d’exactions contre les populations, notamment de violences sexuelles, de mutilations et d’incendies de corps. Ces actes sont imputés aux groupes impliqués, sans que chaque fait soit personnellement attribué à Wilson Joseph.

Le Conseil de sécurité rappelle aussi que des membres des 400 Mawozo ont tué et mutilé un inspecteur de police de Croix-des-Bouquets le 24 juillet 2022. Il mentionne également des attaques contre des professionnels de santé se rendant au centre hospitalier Higgins Brothers, à Fonds-Parisien : plusieurs avaient été visés par des tirs, dévalisés ou enlevés, selon des incidents signalés en février 2023.

Inscrit sur la liste des sanctions de l’ONU le 8 décembre 2023, Wilson Joseph est tenu responsable, directement ou par les ordres donnés à ses hommes, d’attaques meurtrières contre des civils, de viols, notamment sur des mineurs, de recrutement d’enfants, d’enlèvements, de pillages et de destructions de biens publics. Le Conseil de sécurité indique que ces violences ont provoqué d’importants déplacements de population.

Au-delà de la démarche attribuée au chef des 400 Mawozo, le rapport de la FJKL dresse un bilan critique de la réponse des autorités haïtiennes et des dispositifs internationaux de sécurité. La Fondation décrit une dégradation continue de la situation depuis près d’une décennie et estime que plus de 80 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince sont contrôlés par les gangs.

Elle évoque le blocage des routes nationales, la fermeture de l’aéroport international de Port-au-Prince depuis près de deux ans et le contrôle, par des groupes armés, d’axes utilisés pour la contrebande, le trafic de drogue, la traite des personnes ainsi que le trafic d’armes et de munitions.

La FJKL juge que le recours à une entreprise privée internationale de sécurité, après près de vingt mois de relations contractuelles selon son décompte, n’a donné « aucun résultat concret ».

Elle porte une appréciation similaire sur la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, puis sur la FRG qui lui a succédé. Selon elle, ces dispositifs n’ont permis ni de mettre un terme aux violences ni de faire répondre les auteurs d’attaques visant leurs propres membres.

Pour étayer son analyse, la Fondation examine les agissements des gangs à travers cinq principes du droit international humanitaire : la distinction entre civils et combattants, la proportionnalité des attaques, les précautions destinées à protéger la population, la nécessité militaire et le traitement humain des personnes tombées aux mains d’un adversaire.

Elle estime que les gangs ne présentent pas de signes distinctifs suffisants permettant de les différencier de la population civile. Les tentatives d’organisation qu’elle relève au sein du gang 5 Segond, notamment avec l’Unité de Village de Dieu et l’Unité Bawon Plenn, ne répondent pas, selon elle, à cette exigence.

La FJKL accuse également les groupes armés d’avoir systématiquement attaqué des logements, des hôpitaux, des écoles, des églises et des plantations dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. Elle évoque plus de 1,5 million de déplacés internes et relie ces déplacements, notamment, aux incendies de maisons.

Le rapport fait aussi état de 98 commissariats et de quatre prisons incendiés ou démolis. La Fondation considère que l’ampleur des destructions de biens civils illustre le caractère indiscriminé des violences qu’elle dénonce.

Au terme de son analyse, l’organisation qualifie Viv Ansanm, auquel appartient selon elle le gang 400 Mawozo, de groupe terroriste. Elle lui impute des menaces, des enlèvements, des séquestrations, des actes de torture, des viols, des assassinats, des disparitions forcées et des incendies criminels. Elle estime que certains faits constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ces qualifications relèvent de son analyse et ne constituent pas des décisions judiciaires.

La FJKL invoque par ailleurs la compétence universelle comme moyen de lutter contre l’impunité au-delà des frontières haïtiennes. Elle cite le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, la torture et les disparitions forcées parmi les crimes susceptibles, selon elle, de donner lieu à des poursuites à l’étranger.

Elle soutient ainsi que les responsables de l’enlèvement des militaires salvadoriens pourraient être poursuivis au Salvador ou dans d’autres États. Elle évoque également le cas de jeunes filles qui auraient été enlevées et séquestrées, puis libérées par des soldats salvadoriens.

Pour accompagner cette démarche, la Fondation sollicite le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité des Nations unies et sa Direction exécutive. Elle souhaite que ces instances aident les gouvernements haïtien et salvadorien à établir « un cadre légal de coopération militaire et sécuritaire respectueux des principes de droits humains ».

Ce cadre devrait préciser le statut des militaires engagés et la durée de la coopération. La FJKL propose également d’y intégrer le recrutement massif de soldats haïtiens, leur formation théorique et pratique intensive, l’organisation de procès pour les auteurs présumés de massacres et d’autres crimes graves, ainsi que le renforcement des tribunaux et des prisons.

La Fondation reconnaît les préoccupations que suscitent les méthodes employées par le président Bukele au Salvador en matière de droits humains. Elle estime toutefois qu’une coopération en Haïti peut être encadrée juridiquement et bénéficier de l’expertise des Nations unies ainsi que des organisations locales de défense des droits humains.

« Il est donc possible de doter l’intervention des forces salvadoriennes en Haïti d’un cadre légal liant répression des gangs et respect des droits humains », écrit-elle.

Dans cette perspective, la FJKL demande au gouvernement de réaffecter les fonds consacrés aux mercenaires étrangers à « un programme de formation massive et intensive de jeunes soldats haïtiens avec l’appui des soldats salvadoriens ».