Haïti/Justice : un dossier judiciaire met en cause le chef de gang “Chalè”, plusieurs policiers et au moins 17 personnes arrêtées dans une vaste enquête sur le réseau “Viv Ansanm”…

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PORT-AU-PRINCE, mercredi 13 mai 2026 (RHINEWS)– Une source judiciaire contactée par RHINEWS a confirmé l’existence d’un vaste dossier d’enquête portant sur un réseau criminel présumé affilié à la coalition armée « Viv Ansanm », dirigée par Jimmy Chérizier alias « Barbecue », et impliquant notamment le chef de gang Ralph Woodmyr Louissaint alias « Chalè », plusieurs policiers en fonction, des agents de sécurité privée ainsi qu’un ensemble de présumés membres et collaborateurs opérant principalement dans les quartiers de Tokyo, de la rue Saint-Martin et du centre-ville de Port-au-Prince.

Selon cette source, les faits reprochés dans cette affaire concernent des assassinats, tentatives d’assassinat, vols à main armée, menaces de mort, incendies criminels, enlèvements et séquestrations contre rançon, viols collectifs, détention et port illégaux d’armes à feu, faux et usage de faux en écritures publiques ainsi qu’association de malfaiteurs. Les victimes identifiées dans le dossier sont Makinnior Léger, Sédécias Chery, Joham Augustin, Vilnert Pierre, Pierre Raoul Jacques Etheard, Robert Prosper, Wideline Louis, l’État haïtien et plusieurs autres personnes.

La source judiciaire affirme que le réseau « Viv Ansanm » regrouperait environ vingt chefs de gangs opérant dans les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite. « Les enquêteurs décrivent une structure criminelle organisée, hiérarchisée et disposant de ramifications armées, financières et logistiques importantes », a indiqué cette source à RHINEWS.

Le dossier cite nommément Ralph Woodmyr Louissaint alias « Chalè », Jimmy Chérizier alias « Barbecue », Kempès Sanon alias « Granmoun », Monel Felix alias « Micanord », Claudy Célestin alias « Chen Mechan », Jean Gardy Cherry alias « Pim Pim », Jimmy Févil alias « Jimmy Tech », Wideline Louis alias « Wide », André Louis Edouard alias « Antoine », Jodelyn Jean-Baptiste, Kenny Toussaint, Federlin Charles, Ernso Tergis alias « Soso », Jean-Maurice Edmond alias « Ti Moy », Ocampo St-Vaudre alias « Campo », Christopher Alphonse alias « Christian », Robens Jeanty alias « Dodo », Korvinsky Althurin alias « Raphael », Littbarsky Myrtilla De Calixte Pierre, Johny Thelusma alias « Transport », les policiers Friendy Jean-Baptiste alias « Ti Solèy », Charlemagne Volmar alias « Titit » ou « Steeve », Mackenson Jean-Baptiste alias « Palami », Vladimir St-Hilaire alias « Catalogue » et Judley Julio De Pyram alias « Lele ».

Le document mentionne également plusieurs autres individus recherchés ou identifiés comme membres ou associés du réseau, notamment Lourdemia Raphael, décrite comme « Madan Chalè », Ralph François, un policier actuellement aux États-Unis, Jean-Yves, Rochny, Manno, Kervens alias « Kaskadè », Davidson, G-Flow, Ti Robert, Poupy, également présenté comme policier, Big, Black, Roro Bèl Black, identifiée comme concubine de Ralph Louissaint alias « Chalè », Lele, Chèf Baton, Anbèt, Onel, Michelet, Jabass, Michou, également présentée comme concubine de Chalè, Este, James alias « Kamoken », Gwani alias « Pouchon », Wadèvè, Tèt Pa Dwat, Le Plus Haut, Marc Elie, Micky, présentée comme une autre concubine du chef de gang, Bout JeanJean, Prince Ato, Babo, Bosal, Masena, Balon Pa Bat, Sousou, Jeff, décrit comme le bras droit de Jimmy Chérizier alias « Barbecue », Kenken, Neyman, Zanbo, Papè Chay, Yeye et Zonyon.

Selon cette source, les investigations se sont notamment appuyées sur l’exploitation de plusieurs relevés téléphoniques ayant permis d’établir des communications fréquentes entre différents membres présumés du réseau, dont Ralph Louissaint alias « Chalè », Wideline Louis alias « Wide », Ernso Tergis alias « Soso » et le policier Charlemagne Volmar. « Les enquêteurs considèrent les analyses téléphoniques comme des éléments majeurs du dossier », a affirmé la source judiciaire.

Le dossier recense plusieurs cas d’enlèvements attribués au réseau. Le 11 mars 2025, Makinnior Léger aurait été kidnappé à Delmas 31 alors qu’il revenait de l’organisation Food For The Poor. Il aurait passé cinq jours en captivité avant sa libération contre une rançon de 400 000 gourdes. Ce même jour, à Cité aux Cayes, Delmas 31, Sédécias Chery aurait été enlevé par environ quatre hommes lourdement armés descendus d’un pick-up alors qu’il circulait à bord d’un véhicule Chevrolet orange. Il aurait également été libéré après cinq jours de séquestration contre le paiement de 456 000 gourdes, tandis que son véhicule aurait été conservé par les ravisseurs.

Le même 11 mars 2025, Joham Augustin aurait été enlevé à proximité de l’hôpital OFATMA, à Cité Militaire. Selon le dossier, les ravisseurs auraient obtenu une rançon de deux millions de gourdes avant sa libération. Son véhicule Mazda bleu immatriculé AA-28018, deux livrets bancaires de la Sogebank et de la Unibank ainsi que trois téléphones portables, dont deux Samsung Galaxy et un iPhone 12 Pro Max, auraient également été volés.

Le 4 avril 2025, Vilnert Pierre aurait été kidnappé sur la route de l’aéroport Toussaint Louverture alors qu’il circulait à bord d’un véhicule Mazda blanc immatriculé AA-44876. Après plusieurs jours de captivité, il aurait été libéré contre une rançon de 400 000 gourdes, sans récupération de son véhicule.

Le 7 juillet 2025, Pierre Raoul Jacques Etheard et Robert Prosper, employés de la compagnie Séjourné, auraient été enlevés à Delmas 33 alors qu’ils circulaient à bord d’un véhicule Isuzu Max noir immatriculé AA-21042.

Le dossier consacre une importante partie au cas de Wideline Louis alias « Wide », présentée comme la concubine de Ralph Louissaint alias « Chalè ». Elle aurait été enlevée le 21 septembre 2025 à Delmas 75, dans son salon de beauté situé à Faustin 1er. Selon la source judiciaire, elle aurait passé dix-sept jours en captivité. Lors de son audition, elle aurait expliqué qu’un individu s’était présenté la veille de son enlèvement dans son salon de beauté afin de demander des informations pour coiffer dix personnes. Elle aurait également déclaré avoir transmis aux ravisseurs les coordonnées de son mari, de son père Wilfrid Louis et de son avocat Me Mario Delcy afin de faciliter les négociations. Elle n’aurait cependant donné aucune précision sur le montant versé pour sa libération.

L’enquête a conduit, le 23 février 2026, à l’interpellation de Wideline Louis à l’aérogare Guy Malary alors qu’elle revenait de République dominicaine. Elle était accompagnée d’André Louis Edouard et du policier Charlemagne Volmar. Selon la source judiciaire, les enquêteurs ont alors procédé à la saisie d’un passeport haïtien, d’une carte Visa, d’un montant de 16 000 pesos dominicains, d’un iPhone 16 Pro blanc, d’un iPhone 11 Pro gris, d’un iPad de huitième génération, d’un téléphone Mycom Lead bleu et noir appartenant à Charlemagne Volmar, d’une carte d’identification policière, d’un iPhone 14 Pro Max mauve, d’un pistolet Taurus PT809E de calibre 9 mm, ainsi que d’un téléphone Motorola One 5G Ace mauve appartenant à André Louis Edouard.

À la suite de ces arrestations, les enquêteurs ont également interpellé Ernso Tergis alias « Soso » et Federlin Charles. Un téléphone Samsung Galaxy A17 5G gris ainsi qu’un téléphone Celcis noir ont été saisis.

Une perquisition menée à Delmas 75, près de l’hôtel Le Flamboyant, sur indication d’André Louis Edouard, a permis la récupération d’un minibus Nissan Caravan gris immatriculé TP-62483, enregistré au nom de l’entreprise Express Towing Services, située à Caïra, dans la commune de Léogâne. Deux documents liés au véhicule, notamment un bordereau de douane et un reçu de vente, ont également été récupérés.

Entre le 24 et le 27 février 2026, les enquêteurs ont procédé aux arrestations de Jodelyn Jean-Baptiste, Kenny Toussaint, Ocampo St-Vaudre alias « Campo », Christopher Alphonse alias « Christian », Jean-Maurice Edmond, Robens Jeanty alias « Dodo », Korvinsky Althurin alias « Raphael » et Littbarsky Myrtilla De Calixte Pierre.

Selon le dossier, les saisies effectuées lors de ces opérations comprennent un téléphone Tecno BG7 gris, une carte du ministère de la Justice au nom de Jodelyn Jean-Baptiste, un téléphone Itel A70 bleu et mauve appartenant à Kenny Toussaint, une carte des Forces armées d’Haïti portant le numéro 46222, deux cartes de sécurité rapprochée de l’institution M&F, deux téléphones appartenant à Ocampo St-Vaudre, dont un Motorola vert et un Ouritel jaune abricot, une carte du PHTK, deux téléphones appartenant à Christopher Alphonse, dont un Samsung Galaxy A17 5G et un Vivacell Namy, une carte d’identification de l’Unité spécialisée d’Haïti, un iPhone 14 blanc, une carte de débit Unibank, un livret de la Capital Bank, un permis de conduire et un passeport appartenant à Littbarsky Myrtilla De Calixte Pierre, ainsi qu’un iPhone 11 gris et un passeport au nom de Korvinsky Althurin.

Le dossier fait également état de la découverte, dans l’entreprise M&F Auto Parts à Delmas 43, d’un fusil d’assaut Kel-Tec Pick-16 de calibre 5,56 mm portant le numéro P1664, de deux casques balistiques noirs, de deux gilets tactiques, d’un pantalon et d’une chemise vert olive, de deux pantalons BDU bleu marine, d’un maillot noir portant l’inscription BSAP, d’un chargeur rempli de cartouches de calibre 5.56, d’un permis de conduire au nom de Fleursime Pierre, d’un passeport au nom de Nawensky Jean-Baptiste, d’une cagoule noire, d’un pistolet Smith & Wesson de calibre 9 mm portant le numéro HVH5048, d’un chargeur garni de sept cartouches de 9 mm, d’un chargeur Taurus PT809E ainsi que d’une importante quantité de douilles de calibre 5.56 retrouvées à l’entrée de l’entreprise.

La source judiciaire indique également qu’une perquisition réalisée au domicile de Robens Jeanty alias « Dodo », à Delmas 27, a permis la récupération de deux livrets d’épargne de la Unibank, de trois livrets d’épargne de la Sogebank, de plusieurs passeports émis aux noms de Dieumètre Michel, Luckner Georges Lordeus, Dianie Gelin Guerrier, Dianie Jeanty et Kendy Gelin, ainsi que de deux plaques d’immatriculation portant le même numéro TP-03711.

Le policier Mackenson Jean-Baptiste, affecté à la Brigade d’opération et d’intervention départementale, a lui aussi été arrêté. Selon le dossier, il se serait présenté comme chef de sécurité de l’entreprise M&F Auto Parts. Les enquêteurs auraient saisi en sa possession un téléphone Samsung Galaxy S21+5G gris, une carte d’identification policière ainsi qu’un pistolet Taurus PT809E de calibre 9 mm appartenant à la Police nationale d’Haïti.

Toujours selon cette source, Charlemagne Volmar aurait déclaré lors de son audition qu’il connaissait Ralph Louissaint alias « Chalè » depuis l’enfance et qu’il avait repris contact avec lui en 2023. Il aurait également affirmé avoir été chargé de récupérer Wideline Louis à l’aéroport et avoir fourni des informations aux enquêteurs sur plusieurs membres du réseau, notamment Roro, Big, Black, Manno, Jean-Yves, Rochny, Kaskadè, G-Flow, Davidson, Ti Robert, Berthony, Ralph François et Poupy.

Le dossier rapporte aussi que Charlemagne Volmar aurait affirmé que Jean-Maurice Edmond servait d’« antenne » pour identifier des victimes d’enlèvements et que le policier Friendy Jean-Baptiste alias « Ti Solèy » approvisionnait le réseau en armes et munitions tout en transmettant des informations sur certaines opérations policières visant les quartiers de Tokyo et de la rue Saint-Martin.

L’enquête a également conduit à l’interpellation des policiers Friendy Jean-Baptiste alias « Ti Solèy » et Vladimir St-Hilaire. Selon la source judiciaire, les autorités ont saisi un iPhone 17 Pro Max jaune abricot, un pistolet Glock 17 Gen4 de calibre 9 mm, une carte d’identification policière, un véhicule Honda beige et noir dépourvu de documents, un véhicule Subaru gris sans plaque d’immatriculation, un Samsung Galaxy S24 Ultra gris ainsi qu’un Samsung Galaxy Z Flip noir et bleu.

Une perquisition effectuée au domicile de Friendy Jean-Baptiste à Delmas 75, dans la zone de Village Cinéas, aurait permis la saisie de plusieurs clés de véhicules, de clés de deux motocyclettes à quatre roues, de trois manettes de commande de drones, de cinq batteries de drones, de onze cartouches de calibre 7.62, de cinquante cartouches de calibre 5.56, de deux dispositifs laser pour armes à feu, d’une tablette de contrôle de drone, d’un talkie-walkie Motorola gris ainsi que d’un uniforme de la PNH appartenant à l’unité spécialisée CIMO.

« Les enquêteurs estiment avoir mis au jour un réseau criminel structuré bénéficiant d’importants moyens logistiques, de ressources financières et de complicités armées », a résumé la source judiciaire contactée par RHINEWS, précisant que l’enquête se poursuit et que d’autres arrestations demeurent possibles.