Haïti : au moins 70 morts, 5 291 déplacés et 23 bâtiments incendiés lors du massacre de Jean Denis, selon un rapport du RNDDH…

Quelques chefs de gang de Savien vus de dos…

PORT-AU-PRINCE, dimanche 12 avril 2026 (RHINEWS)- Au moins soixante-dix personnes ont été tuées, plus de trente blessées, une personne est portée disparue et 5 291 habitants ont été déplacés lors d’une attaque armée d’une extrême violence perpétrée dans la nuit du 28 au 29 mars 2026 dans la localité de Jean Denis, dans l’Artibonite, selon un rapport détaillé du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) publié le 11 avril. 

Selon l’organisation, le massacre a été mené par des membres du gang armé Gran Grif, basé à Savien, qui ont pris d’assaut plusieurs localités de la première et de la deuxième section communale de Bas Coursin, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite. « La population de Jean Denis a vécu l’horreur », souligne le RNDDH, dénonçant « la complaisance des autorités étatiques face aux attaques meurtrières des gangs armés ». 

L’attaque a débuté vers 2 heures du matin à Pont Benoît avant de s’étendre à Jean Denis et aux zones environnantes, notamment Blain, Bwa Lavil, Dupitraye, Raymoncin, Sedrène et Maglouwèt. Les habitants, pensant être protégés par une coalition d’autodéfense dirigée par Francky Pierre alias « Ti Mepri », ne se sont pas immédiatement enfuis. Après plusieurs heures d’affrontements, les membres de cette coalition, en sous-effectif et moins armés, ont été contraints de se replier, laissant la population sans défense face aux assaillants. 

Le rapport décrit des exactions d’une grande brutalité. Des civils ont été exécutés à bout portant ou abattus en tentant de fuir, des maisons ont été incendiées avec leurs occupants à l’intérieur, des commerces ont été pillés puis brûlés et des familles entières ont été décimées. « Des cadavres baignant dans leur sang, gisant sur le bitume » ont été observés, selon des témoignages recueillis par l’organisation. 

Le bilan humain, qualifié de non exhaustif, fait état d’au moins 70 morts, dont 53 ont été formellement identifiés. Parmi les victimes figurent des enfants, des personnes âgées et des personnes vivant avec des handicaps. Une fillette de huit ans, Berlancia Dor, a été tuée d’une balle alors qu’elle fuyait avec sa famille. Estimable Fils-Aimé, âgé de 85 ans, est mort brûlé vif après l’incendie de sa maison. Rodnel Désir, 42 ans, a été abattu puis mutilé, les assaillants lui ayant coupé les mains. 

Plusieurs massacres familiaux ont été documentés. Cinq membres de la famille Vertu ont été tués dans leur maison, tandis que six membres d’une même famille, dont trois frères, ont été assassinés lors d’une veillée mortuaire. Parmi eux figuraient Guinot Théophile, 45 ans, Onick Théophile, 52 ans, et Géradin Théophile, 64 ans, tous pères de famille. 

Le RNDDH rapporte également qu’au moins une personne, Auguste Jozama, 46 ans, est portée disparue depuis l’attaque. Plus de trente personnes ont été blessées par balles ou à l’arme blanche, dont treize ont pu être identifiées, certaines étant toujours hospitalisées dans un état critique. 

Les violences ont provoqué un déplacement massif de population. Selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) citées dans le rapport, 5 291 personnes ont fui leurs habitations pour se réfugier notamment à Saint-Marc, Bokozèl ou Chawon. 

Les dégâts matériels sont également importants. Au moins 23 bâtiments, incluant des habitations et des commerces, ont été incendiés. Des familles ont déclaré avoir « tout perdu », certaines maisons ayant été réduites en cendres avec des réserves alimentaires, des dépôts de marchandises et même des conteneurs de riz. 

Le rapport met en cause l’inaction des autorités. Malgré des rumeurs persistantes d’attaque dans les semaines précédentes, aucune intervention préventive n’a été menée. Le RNDDH affirme que des dénonciations antérieures faisaient état de liens entre certains policiers de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO) et des gangs armés, notamment par la fourniture d’armes, de munitions et d’informations stratégiques. « Le massacre de Jean Denis aurait pu être évité », estime l’organisation, regrettant que ces alertes n’aient pas été suivies d’enquête. 

Les autorités policières ont indiqué avoir déployé trois véhicules blindés le 29 mars à partir de 4 heures du matin, mais leur arrivée sur les lieux, retardée par des barricades, n’a eu lieu qu’aux environs de 5 heures, soit après le pic des violences. 

Dans les jours suivants, les attaques se sont poursuivies et les forces de l’ordre ont mené des opérations, dont le lancement de trois drones kamikazes le 6 avril contre le fief du gang à Savien, sans résultats significatifs. Deux engins sont tombés hors cible et le troisième n’a causé aucun dégât, les assaillants ayant quitté les lieux avant l’impact. 

Dix jours après les faits, le RNDDH déplore l’absence d’assistance aux victimes et à leurs familles. « Ceux et celles qui ont été blessés ou qui ont tout perdu, sont abandonnés à leur sort », affirme l’organisation, ajoutant que les frais funéraires ont été entièrement pris en charge par des familles déjà appauvries. 

Le RNDDH appelle les autorités haïtiennes à reprendre le contrôle du territoire, à équiper les forces de l’ordre, à enquêter sur les complicités au sein de la police et à fournir une assistance financière et médicale aux victimes de ce massacre, l’un des plus meurtriers enregistrés récemment dans le département de l’Artibonite.