Des organisations paysannes du Nord-Est saisissent l’ULCC pour dénoncer un vaste système de spoliation des terres publiques et d’enrichissement illicite…

Milostene Castin, Dirigeant de AREDE

Des organisations paysannes du Nord et du Nord-Est ont adressé une pétition à l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) pour dénoncer ce qu’elles qualifient de « réseau d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent » autour des terres de l’État. Elles accusent des autorités locales, des agents publics et des personnalités politiques d’avoir participé à des opérations illégales d’expropriation et de vente de terrains, en complicité avec des institutions de l’État…

TERRIER-ROUGE, Nord-Est, (Haïti), mercredi 1er octobre 2025 (RHINEWS)– La Coordination de Résistance contre le Dappiyanp sur les terres paysannes du Nord et du Nord-Est (KRDTPN-NE), regroupant plusieurs organisations rurales, a adressé une pétition officielle à Me Evens Fils, directeur départemental Nord-Est de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), pour exiger l’ouverture d’une enquête approfondie sur ce qu’elle qualifie de « vaste réseau d’enrichissement illicite, de détournement de biens publics, de trafic d’influence et de blanchiment d’argent » lié aux terres de l’État dans la région.

Dans leur courrier, les signataires affirment que « les terres de l’État dans le département du Nord-Est sont devenues la principale source d’enrichissement illicite et de corruption ». Ils pointent du doigt « des sociétés anonymes, des organisations, des personnalités politiques, des agents publics, des autorités locales, y compris des maires et des kazèks » qui, selon eux, participent à des opérations frauduleuses « en complicité avec le ministère de l’Économie et des Finances, la Direction générale des Impôts, la Direction du Domaine, la justice, des notaires et des arpenteurs ».

La pétition dénonce « des procédures irrégulières et frauduleuses » aboutissant à « l’expropriation arbitraire et illégale de paysans installés depuis plusieurs décennies ». Elle rappelle que ces pratiques violent l’article 39 de la Constitution de 1987, qui garantit le droit de préemption des paysans sur les terres de l’État, ainsi que l’article 36 protégeant le droit de propriété. Les pétitionnaires évoquent également le décret du 22 septembre 1964, l’article 23 de la Déclaration interaméricaine des droits et devoirs de l’homme et l’article 21 de la Convention américaine relative aux droits de l’homme, instruments juridiques ratifiés par Haïti.

« Les droits fondamentaux des communautés rurales sont foulés aux pieds », insistent les signataires, soulignant que les arpenteurs de la DGI procèdent à des lotissements « sans respecter le décret de 1975 ». Ils ajoutent que ces violations vont à l’encontre de l’article 12-5 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant en zone rurale.

Les organisations rappellent que cette situation alimente de graves tensions sociales. « C’est une bataille pour notre territoire et notre vie », affirme le comité de coordination dans le document. Les coordinateurs, parmi lesquels figurent Prophete Alta Edelon Elismà, Alta Prophete Edelon Elisma et Milostène Castin, exhortent l’ULCC à « prendre des mesures exemplaires contre les auteurs et complices de ces pratiques afin de rétablir l’État de droit et protéger les biens publics ».

La pétition, enregistrée le 22 avril 2025, s’accompagne d’une longue liste de signataires et détaille plusieurs plaintes précises contre des responsables locaux, notamment la mairesse adjointe de Terrier-Rouge, Nadège François. Selon des citoyens et des organisations, celle-ci aurait orchestré, avec l’appui de cadres municipaux, des opérations d’occupation et de vente illégale de terres.

Un citoyen, Appolon Joseph, a affirmé dans une plainte datée du 13 mars 2020 que la mairesse adjointe et un responsable municipal « ont envahi sa propriété privée et vendu une partie de son terrain pour cinquante mille gourdes (50 000 Gdes) ». D’autres plaintes, dont celle du directeur du Lycée national de Terrier-Rouge, Drelinx Benjamin, déposée le 30 mars 2020, accusent Mme François et ses alliés d’« exploiter le pouvoir municipal pour s’enrichir par des ventes illégales de terrains ».

Dans une plainte collective du 31 mars 2020, des habitants dénoncent « l’organisation de bandes de déchoukeurs par la mairesse adjointe et ses alliés pour détruire les plantations de la coopérative locale et morceler le terrain afin de le revendre ». La paroisse Christ-Roi de Terrier-Rouge et l’Église épiscopale d’Haïti ont également accusé Mme François, dans une plainte du 14 avril 2020, d’avoir « envahi une propriété privée appartenant à l’Église et entamé des constructions illégales ».

Enfin, une plainte du 17 avril 2020, déposée par l’organisation MPTR, accuse la mairesse adjointe d’avoir participé à la destruction d’une ferme agricole de 20 hectares. L’avocate de l’organisation, dans un document transmis à la mairie, affirme que « la destruction injustifiée de cette exploitation agricole constitue un crime économique et social qui ne peut rester impuni ».

La Coordination conclut sa démarche en appelant l’ULCC à « mener sans délai une enquête rigoureuse » et à « poursuivre tous les responsables impliqués dans ce système de prédation foncière qui détruit les communautés paysannes du Nord-Est ».