PORT-AU-PRINCE, mercredi 18 février 2026 (RHINEWS)- La Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) a annoncé mardi le décès d’Élycia Benoit-Éliazer, veuve de Jérémy Éliazer, présenté comme « le plus célèbre des martyrs de Cazale » lors du massacre survenu en 1969 sous le régime de François Duvalier.
Dans un communiqué publié pour diffusion immédiate, la fondation indique avoir appris « avec tristesse » la disparition d’Élycia Benoit-Éliazer, survenue dans la matinée du 17 février 2026. Elle exprime « ses profonds regrets et ses sincères sympathies à la communauté de Cazale » et présente « ses condoléances les plus attristées aux parents, proches et amis de la veuve Élycia Benoit-Éliazer ».
Le massacre de Cazale, considéré comme le plus important survenu sous le régime des Duvalier, s’est déroulé entre le 27 mars et le 12 avril 1969 dans le village de Cazale, quatrième section communale de Cabaret, au nord de Port-au-Prince. Selon le communiqué, des soldats de l’armée haïtienne et des membres de la milice des Tontons Macoutes avaient attaqué des civils protestant contre le régime. La répression aurait été déclenchée sur fond de tensions politiques et sociales, notamment après le refus de paysans et de militants, dont certains affiliés au Parti d’Entente Populaire (PEP), de payer des taxes et leur opposition aux autorités.
Le texte rappelle que des résistants, parmi lesquels Jérémy Éliazer, ancien soldat, Alix Lamaute et Roger Méhu, avaient hissé le drapeau haïtien bleu et rouge à la place du drapeau noir et rouge du régime en signe de défi. Le 5 avril 1969, environ 500 soldats et membres des Tontons Macoutes seraient arrivés en renfort à Cazale. Vingt-cinq corps auraient été retrouvés à la fin de la journée et environ 80 personnes portées disparues. Des habitants auraient été enterrés vivants, une trentaine de maisons pillées et incendiées, et du bétail tué ou emporté.
Selon la fondation, la fille de Jérémy Éliazer avait été arrêtée pendant 24 heures à Port-au-Prince, ce qui aurait conduit son père à se rendre aux autorités. Élycia Benoit-Éliazer, enceinte de sept mois, avait également été emprisonnée et aurait donné naissance à sa deuxième fille en détention. Jérémy Éliazer et Roger Méhu avaient été conduits aux Casernes Dessalines et ne seraient jamais revenus.
La fondation souligne qu’Élycia Benoit-Éliazer vivait à proximité du mémorial du massacre, érigé en 1999, sur le site de son ancienne maison conjugale incendiée en avril 1969. « Ma vie s’est arrêtée en 1969. J’ai perdu mon mari et une part de moi-même. J’ai aussi été emprisonnée. Depuis, le paysage m’est devenu étrange. Je fais beaucoup pour préserver la mémoire de cet événement. Mais je peux partir à tout moment vers l’au-delà. Et certainement une grande partie de la mémoire de Cazale disparaîtra avec moi », déclarait-elle, selon le communiqué.

