Au Conseil de sécurité de l’ONU : “inquiétudes accrues face à l’effondrement sécuritaire et humanitaire en Haïti, débat relancé sur l’appui international et les limites d’un déploiement onusien”…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW YORK, lundi 21 avril 2025 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies tiendra ce lundi 21 avril une séance publique suivie de consultations à huis clos sur la crise haïtienne, dans un contexte marqué par l’aggravation alarmante de la violence des gangs, l’effondrement des services de l’État à Port-au-Prince et une situation humanitaire qualifiée de « dramatique » par le Secrétaire général. La cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), María Isabel Salvador, présentera les derniers développements sur le terrain ainsi que le rapport du Secrétaire général daté du 11 avril (S/2025/226), couvrant la période allant du 13 janvier à fin mars. Un représentant de la société civile interviendra également, tandis que la République dominicaine et le Kenya devraient participer à la réunion en vertu de l’article 37 du règlement provisoire du Conseil.

Le rapport du Secrétaire général dresse un tableau sombre : entre décembre 2024 et février 2025, BINUH a recensé 2 660 victimes d’homicides volontaires, soit une hausse de 41,3 % par rapport à la période précédente. « Les gangs ont consolidé leur emprise sur Port-au-Prince, menaçant désormais les derniers bastions relativement sûrs », alerte le rapport, qui évoque un risque « d’effondrement imminent » de la présence étatique dans la capitale. Les forces de police nationales haïtiennes sont décrites comme dépassées, et l’analyse conclut que « sans appui sécuritaire supplémentaire de la communauté internationale, les perspectives sont sombres ».

Sur le plan politique, le rapport insiste sur l’urgence de rétablir un calendrier électoral, tout en avertissant que « sans une nette amélioration de la sécurité, aucune assistance électorale ne permettra de tenir le référendum constitutionnel et les élections générales prévues en 2025 ». Ce briefing du Conseil intervient après la lettre adressée le 24 février par le Secrétaire général, dans laquelle il exclut la possibilité de transformer la mission de soutien multinationale (MSS), dirigée par le Kenya, en opération de maintien de la paix onusienne. Cette transformation avait été envisagée par les États-Unis sous l’administration Biden, mais abandonnée à la suite des réticences exprimées par la Chine et la Russie, en raison notamment du passé controversé des missions de la MINUSTAH en Haïti.

À défaut d’une mission de maintien de la paix, le Secrétaire général propose la création d’un Bureau de soutien des Nations Unies chargé d’un appui logistique étendu à la MSS, financé par le budget des opérations de maintien de la paix. Une assistance non létale à la Police nationale haïtienne est également suggérée, financée par des contributions volontaires. Une structure permanente d’États membres assurerait en parallèle l’orientation stratégique de la mission. Ces propositions ont reçu l’appui de la CARICOM lors de son sommet de février à la Barbade, ainsi que celui de Leslie Voltaire, alors président du Conseil présidentiel de transition, dans une lettre en date du 6 mars.

Mais le Conseil n’a pas encore statué sur ces recommandations. L’attitude de l’administration du président Donald Trump reste floue, sur fond de rumeurs de coupes budgétaires américaines aux missions de paix de l’ONU. Les États-Unis, en tant que principal bailleur de la MSS, et désormais coprésidents du dossier haïtien avec le Panama, restent déterminants dans toute prise de décision. « Plusieurs membres attendent un signal clair de Washington avant d’initier de nouvelles démarches », confie une source diplomatique à RHINEWS.

Lors des consultations, les membres du Conseil devraient exprimer une vive préoccupation face à la montée incontrôlée de la violence et appeler à un renforcement de l’appui international. Certains pourraient insister sur l’impératif de renforcer la présence onusienne et d’épauler les autorités haïtiennes dans la restauration de l’ordre. D’autres rappelleront les échecs antérieurs des missions de l’ONU en Haïti et exhorteront à un recentrage sur les causes profondes de la crise, en soulignant la nécessité d’un leadership national haïtien.

Le sort des femmes et des filles haïtiennes devrait être au cœur des discussions, à la lumière d’un communiqué en cours de négociation par les États signataires des Engagements partagés sur les femmes, la paix et la sécurité (WPS), dont la France, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et les États-Unis. Selon les chiffres du BINUH, 379 survivants de violences sexuelles ont été recensés entre octobre 2024 et février, dont 63 filles mineures. Care International a, de son côté, alerté sur les risques accrus de violences basées sur le genre dans les sites de déplacement. « L’absence d’infrastructures sensibles au genre, l’éloignement des points d’eau et le manque d’éclairage aggravent les risques », souligne le rapport du Secrétaire général.

La situation humanitaire en Haïti continue de se détériorer à un rythme alarmant. Selon le rapport IPC du 14 avril, 5,7 millions de personnes – soit plus de la moitié de la population – font face à une insécurité alimentaire aiguë. Lors d’un point presse le 16 avril, la directrice générale de l’Organisation internationale pour les migrations, Amy Pope, a évoqué « un million de déplacés internes ». Des flambées de choléra sont également signalées, notamment dans l’Artibonite. Le Plan de réponse humanitaire 2025 de l’ONU estime à 908 millions de dollars les besoins pour venir en aide à 3,9 millions de personnes vulnérables, mais seulement 6,3 % des fonds avaient été mobilisés au 17 avril.

Aujourd’hui, le Conseil devrait condamner les violences sexuelles et les attaques contre le personnel humanitaire et les médias, ainsi que le recrutement forcé d’enfants par les gangs. Des appels au renforcement de l’embargo sur les armes à destination d’Haïti, instauré par la résolution 2653, sont également attendus. Alors que l’État haïtien semble au bord de l’effondrement, la question demeure : la communauté internationale saura-t-elle dépasser les divergences politiques pour répondre efficacement à l’urgence haïtienne ?