MIAMI, mardi 15 septembre 2026 (RHINEWS)- Selon un article publié dans les colonnes du Miami Herald ce lundi 14 septembre, les procureurs fédéraux de Miami ont inculpé un nouveau suspect dans le dossier de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse. Il s’agit de Rafael Guerrero, un résident de Pembroke Pines, en Floride, dont le nom vient s’ajouter à celui de plusieurs personnes déjà poursuivies aux États-Unis dans cette affaire.
Quelques mois avant l’assassinat de Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021 dans sa résidence privée à Pétion-Ville, Guerrero avait signé comme témoin un document relatif à une ligne de crédit de 175 000 dollars, accordée par un homme d’affaires du comté de Broward à une société de sécurité établie dans la région de Doral. Selon les procureurs fédéraux cités par le Miami Herald, cet argent devait notamment contribuer au financement du projet politique de Christian Emmanuel Sanon, pasteur haïtiano-américain qui ambitionnait de remplacer Moïse à la présidence.
Quelques jours plus tard, Guerrero aurait participé à une première réunion au cours de laquelle les participants auraient discuté d’un projet visant à renverser Jovenel Moïse par la force et à installer Sanon à la tête du pays.
D’autres réunions auraient ensuite porté sur l’acquisition d’armes et de munitions destinées à des commandos colombiens recrutés pour soutenir l’opération. Les participants auraient également évoqué l’expédition illégale de gilets pare-balles depuis la Floride du Sud vers Haïti.
Alors que les autorités judiciaires américaines préparent le procès de Christian Emmanuel Sanon, 67 ans, les procureurs ont donc ajouté Guerrero à la liste des personnes poursuivies dans ce dossier qui s’étend de la Floride du Sud à la Colombie et à Haïti.
Le 7 juillet 2021, un commando composé principalement d’anciens militaires colombiens avait fait irruption dans la résidence présidentielle et assassiné Jovenel Moïse. Deux Haïtiano-Américains originaires de la Floride du Sud étaient également impliqués dans l’opération, selon les éléments présentés dans la procédure américaine.
Guerrero, qui a comparu jeudi devant un tribunal fédéral à Miami, est accusé de complot visant à commettre des infractions contre les États-Unis, en violation du Neutrality Act. Il encourt jusqu’à cinq ans de prison, trois années de mise à l’épreuve et une amende pouvant atteindre 250 000 dollars. Les procureurs demandent également la confiscation de biens liés aux accusations.
Guerrero a plaidé non coupable. Il a été remis en liberté moyennant une caution personnelle de 150 000 dollars. Son procès devant jury est actuellement prévu au début du mois de novembre, même si cette échéance pourrait évoluer.
Son inculpation constitue un nouveau rebondissement dans une affaire qui, quatre ans après l’assassinat du président haïtien, continue de soulever des interrogations sur les véritables commanditaires et les motivations de l’opération.
Quatre hommes déjà reconnus coupables
Plus tôt cette année, quatre hommes de Floride du Sud ont été reconnus coupables d’avoir conspiré pour enlever ou tuer Jovenel Moïse, après 39 jours de témoignages répartis sur près de neuf semaines.
Arcángel Pretel Ortiz et Antonio « Tony » Intriago, propriétaires de la Counter Terrorist Federal Academy et de la Counter Terrorist Unit Security à Doral, ont été reconnus coupables aux côtés de James Solages, qui travaillait pour CTU, et de Walter Veintemilla, courtier hypothécaire de la région de Broward. Les procureurs affirment que Veintemilla a contribué au financement du projet.
Le procès de Christian Emmanuel Sanon, retardé pour des raisons de santé, doit commencer le 28 septembre devant un jury fédéral. La juge Jacqueline Becerra, qui avait présidé le précédent procès, doit également diriger celui de Sanon.
Sanon encourt la prison à vie pour plusieurs chefs d’accusation, notamment le complot visant à enlever ou tuer Jovenel Moïse. Il est également accusé d’avoir participé à l’expédition illégale de gilets pare-balles vers les commandos colombiens et d’avoir conspiré pour organiser une expédition militaire contre une nation amie, en violation du Neutrality Act.
Une question toujours sans réponse
Malgré les nombreuses arrestations et condamnations intervenues aux États-Unis, la question centrale demeure : qui a commandité l’assassinat de Jovenel Moïse et pour quelles raisons ?
Les enquêtes menées en Haïti et aux États-Unis ont conduit à plusieurs inculpations, mais aucune n’a encore établi publiquement, de manière définitive, l’identité de ceux qui auraient ordonné l’opération.
La procédure américaine a déjà conduit à une douzaine d’arrestations. Cinq personnes ayant plaidé coupable, dont un ancien sénateur haïtien, ont été condamnées à la prison à vie et coopèrent avec les procureurs dans l’espoir d’obtenir une réduction de leur peine.
Frederick Bergmann Jr., homme d’affaires de Tampa, a pour sa part plaidé coupable dans une affaire liée à l’expédition de gilets balistiques vers Haïti et a été condamné à neuf ans de prison.
En juillet, la juge Becerra a également condamné Keegan Harricharan, résident de Coral Springs, à 20 ans de prison après son plaidoyer de culpabilité pour complot en vue de blanchir de l’argent.
Selon les documents judiciaires, Harricharan aurait travaillé avec Pretel, Intriago, Veintemilla, Solages, Sanon et Jacob Israel pour blanchir des fonds frauduleusement obtenus à partir de programmes américains d’aide liés à la COVID-19. Ces fonds auraient ensuite servi à promouvoir, financer et soutenir le projet visant à renverser le gouvernement haïtien et à assassiner Jovenel Moïse.
Israel, qui aurait également participé à des réunions avec Guerrero, a plaidé coupable de complot en vue de blanchir de l’argent. Sa condamnation est prévue en décembre.
Le rôle de Rafael Guerrero
Les procureurs font remonter l’implication de Guerrero à sa relation avec Walter Veintemilla, qui avait accordé les 175 000 dollars destinés à CTU pour soutenir le projet présidentiel de Sanon.
Selon les documents judiciaires cités dans l’article du Miami Herald, Veintemilla aurait reçu des fonds provenant des programmes d’aide liés à la COVID-19 par l’intermédiaire de Harricharan avant de redistribuer une partie de l’argent à plusieurs membres du réseau.
Les documents laissent également entendre que Guerrero pourrait négocier avec les procureurs afin d’éviter un procès, ce qui pourrait lui permettre de conclure un accord de coopération avec la justice américaine.
L’affaire reste donc ouverte sur l’un de ses points les plus sensibles : au-delà des exécutants et des intermédiaires déjà poursuivis, qui se trouvait réellement derrière l’opération ayant conduit à l’assassinat du président haïtien ?

