GENÈVE (Suisse), mercredi 7 janvier 2026 (RHINEWS)- Les États-Unis ont annoncé mercredi leur intention de contrôler « indéfiniment » les ventes de pétrole du Venezuela, quelques jours après la capture du président Nicolás Maduro par les forces américaines. Dans le même temps, Washington a fait état de l’arraisonnement de deux pétroliers soupçonnés d’avoir contourné l’embargo énergétique imposé à Caracas. Des experts indépendants des Nations unies ont dénoncé, depuis Genève, une stratégie de domination économique et d’exploitation des ressources.
Cette évolution intervient quatre jours après une intervention militaire américaine à Caracas, à l’issue de laquelle Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été arrêtés puis transférés aux États-Unis. Le couple fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour trafic de drogue. Présentée initialement par le représentant américain à l’ONU, Mike Waltz, comme une opération destinée à « mettre en œuvre la législation » américaine, l’action a pris une dimension géopolitique plus large.
Mercredi, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a confirmé que Washington entendait prendre la main sur la commercialisation du brut vénézuélien. « À l’avenir, nous vendrons la production qui sortira du Venezuela sur le marché mondial », a-t-il déclaré, selon la presse, évoquant un contrôle appelé à durer. La veille, le président américain avait affirmé que Caracas livrerait entre 30 et 50 millions de barils aux États-Unis, soit l’équivalent de près de deux mois de production, et que Washington en contrôlerait les bénéfices. Aucun cadre juridique précis n’a été détaillé. Les autorités vénézuéliennes n’ont pas réagi officiellement.
Cette annonce s’est accompagnée d’une démonstration de force navale. Les États-Unis ont indiqué avoir saisi deux pétroliers, l’un battant pavillon russe dans l’Atlantique Nord, l’autre sans pavillon en mer des Caraïbes, soupçonnés de contourner les sanctions américaines visant les exportations énergétiques du Venezuela. Dans le premier cas, les garde-côtes américains ont intercepté un navire enregistré en Russie après deux semaines de poursuite. L’opération, menée sans affrontement direct avec des bâtiments russes selon la presse, marque une nouvelle escalade avec Moscou, allié de Caracas.
C’est l’enchaînement des frappes, de la capture des dirigeants et du contrôle des flux énergétiques que des experts indépendants de l’ONU ont condamné dans un communiqué publié mercredi à Genève. Ils y dénoncent « l’action militaire de grande ampleur menée par les États-Unis contre la République bolivarienne du Venezuela », les bombardements de Caracas et d’autres villes, ainsi que « l’enlèvement forcé » du président Maduro et de son épouse.
Les experts mettent surtout en garde contre la finalité de l’intervention. « Les vastes ressources naturelles du Venezuela, y compris les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, ne doivent pas être exploitées de manière cynique à travers des prétextes à peine voilés pour légitimer une agression militaire, une occupation étrangère ou des stratégies de changement de régime », écrivent-ils.
Ils estiment que l’usage non provoqué de la force armée sur le territoire vénézuélien constitue une violation de l’article 2 de la Charte des Nations unies, qui interdit le recours à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. Ils rappellent également qu’en droit international coutumier, un chef d’État en exercice bénéficie d’une immunité devant les juridictions pénales étrangères, principe affirmé par la Cour internationale de justice en 2002.
Les experts soulignent enfin les déclarations publiques du président américain selon lesquelles les États-Unis « dirigeront le pays jusqu’à ce qu’une transition sûre, appropriée et judicieuse soit possible » et « extraire[ront] du sol une quantité considérable de richesses ». Pour eux, ces propos traduisent un mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. « Pris dans leur ensemble, ces agissements signalent une remise en cause délibérée de l’ordre juridique international et du principe fondamental selon lequel la puissance doit être contrainte par le droit », avertissent-ils, dénonçant « un retour à la diplomatie de la canonnière ».
Sur le terrain, des habitants de Caracas font état d’une présence accrue de milices armées. À Cuba, privée de pétrole vénézuélien, la perspective d’un choc énergétique suscite des inquiétudes dans un pays déjà confronté à des pénuries chroniques. En mer, l’arraisonnement d’un pétrolier russe ouvre un nouveau front dans une confrontation qui dépasse le seul Venezuela.
Rappelant que l’Amérique latine « porte les cicatrices historiques de nombreuses interventions coloniales et impérialistes », les experts onusiens affirment aussi qu’elle incarne « une longue tradition de luttes de résistance et d’émancipation ». « L’avenir du Venezuela doit être déterminé par le peuple vénézuélien seul, en pleine souveraineté… sans coercition extérieure, sans force militaire ni strangulation économique », concluent-ils.

