Président Jovenel Moïse : Une conviction au service de l’intérêt national”- Guichard Doré…

Jovenel Moise, ex-president d'Haiti

PORT-AU-PRINCE, lundi 7  juillet 2025 (RHINEWS) –  Quatre ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti demeure marquée par le vide qu’il a laissé et par l’onde de choc provoquée par un crime aux répercussions politiques, morales et institutionnelles profondes. Dans un essai dense publié à Port-au-Prince en juillet 2025, l’analyste politique et président de la Fondation Nationale pour la Démocratie et les Études Stratégiques, Guichard Doré, dresse un portrait exhaustif du 58e président haïtien, décrivant un homme de « conviction », de « devoir » et d’« idéal républicain », dont le mandat fut marqué par une lutte constante contre la corruption, l’exclusion sociale et l’inaction institutionnelle.

Issu de la paysannerie du Nord-Est, Jovenel Moïse, né à Trou-du-Nord le 26 juin 1968, n’était pas prédestiné à la plus haute fonction de l’État. Homme d’affaires reconnu dans son département, promoteur de l’agriculture et fin connaisseur du monde rural, il devient en 2015 le candidat à la présidence du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK), après avoir envisagé une candidature sénatoriale sous une autre bannière. Son élection en novembre 2016, après une campagne moderne et enracinée dans le terrain, donne naissance à un mandat singulier, qu’il conçoit comme un appel à la conscience nationale. « Haïti est à genoux, il faut la relever », déclarait-il le jour de son investiture, en lançant un vibrant appel à la jeunesse, aux professionnels et à la diaspora.

Dès son entrée en fonction, Jovenel Moïse se présente comme un chef d’État intransigeant sur les principes de justice sociale, d’intégrité publique et de souveraineté institutionnelle. Il conçoit la politique comme un levier de transformation radicale. « Yon moun san konviksyon pa ka fè avanse peyi sa a », répétait-il. Pour lui, gouverner Haïti exige une fermeté morale face aux pratiques mafieuses, aux abus contractuels et aux mécanismes occultes paralysant l’État. Il choisit la voie difficile du conflit frontal avec les intérêts installés, refusant « les sirènes de la corruption » et s’attaquant, souvent seul, aux cercles qui profitent du désordre établi.

Son mandat est marqué par une volonté manifeste de réorienter l’action publique vers la paysannerie, les territoires ruraux et les populations délaissées. Sa politique agricole devient le pivot d’un programme de développement national : réhabilitation des canaux d’irrigation, lancement de la Caravane du changement, création de centres germoplasmes, mise en place de micro-réseaux électriques, construction d’infrastructures collectives. Cette stratégie territoriale, décrite comme une « relation charnelle avec le pays profond », se matérialise aussi dans la fondation de la Banque Nationale de Développement Agricole (BNDA) et dans la volonté de doter chaque département d’un potentiel de croissance autonome.

Mais la vision de Jovenel Moïse dérange. Face à ce qu’il appelle « une mafia institutionnelle », il tente de faire émerger un État fort, réformé et modernisé, en mettant l’accent sur la formation de nouveaux corps administratifs, la résiliation de contrats léonins, le rééquilibrage des rapports entre secteur privé et État. Il dénonce sans relâche les pratiques dominantes dans les marchés publics, les complicités politiques dans les malversations, et les dérives d’une démocratie confisquée par une oligarchie. « L’État est pris en otage », disait-il, « et les fonctionnaires ne font pas leur travail. »

Dans son rapport à l’histoire, le président Moïse se voulait porteur d’un projet de refondation républicaine. Pour lui, les injustices héritées de la répartition des terres après 1804 expliquent la marginalisation persistante des masses rurales et urbaines. Il considérait que le progrès exige une redistribution équitable des ressources, un accès universel à l’éducation de qualité, et la participation active des couches populaires à la vie politique. D’où les projets de lycées d’excellence, les bourses universitaires, les réformes de l’enseignement supérieur, le contrat-plan État/Université, et la mise en place du Fonds National de l’Éducation.

Le président Moïse nourrissait une profonde défiance vis-à-vis de la Constitution de 1987, qu’il jugeait obsolète, désorganisée, et source de blocage. « Ce n’est pas au peuple de s’adapter à la Constitution, mais à la Constitution de s’adapter au peuple », affirmait-il. Il dénonçait l’influence excessive du Parlement, les marchandages politiques pour la formation des gouvernements, les intrusions étrangères dans les processus institutionnels. Face au blocage législatif et au refus du parlement de voter le budget et la loi électorale, il initie un processus d’amendement constitutionnel, qui échouera à cause de l’inertie politique. Pour lui, il s’agissait d’une bataille cruciale pour redonner sens à la démocratie.

Les pressions s’accumulent contre sa présidence : insécurité croissante, sabotages politiques, manifestations violentes, paralysie institutionnelle. Le phénomène du « peyi lòk » devient une stratégie de terreur pour empêcher toute mise en œuvre de ses réformes. Il dénonçait la mise à mort de l’économie touristique sur la Côte des Arcadins, orchestrée, selon lui, par des mains criminelles. « Nèg yo itilize pitit pèp la pou detwi peyi a », lançait-il avec amertume, avant d’ajouter, prophétiquement : « Zo m ap kwoke nan gòj yo. »

Le 7 juillet 2021, dans sa résidence de Pétion-Ville, Jovenel Moïse est abattu avec une violence inouïe. Son corps mutilé et ensanglanté devient le symbole d’un système qui refuse la réforme. L’assassinat suscite une onde de choc planétaire. Le gouvernement américain mobilise le FBI, le Département de la Justice, et Interpol pour soutenir l’enquête. Plusieurs exécuteurs sont arrêtés, jugés, condamnés aux États-Unis. Mais les commanditaires intellectuels du crime restent impunis. « Une certaine idée progressiste d’Haïti a été exécutée », écrit Guichard Doré. « Le projet macabre des bourreaux du président Moïse est une attaque contre la nation et contre la conscience humaine. »

Au lendemain du drame, l’État haïtien plonge dans une crise institutionnelle et sécuritaire sans précédent. L’impunité, la fragmentation politique, la prolifération des gangs, et l’atomisation des centres de décision précipitent l’effondrement progressif des structures étatiques.

Jovenel Moïse laisse l’image d’un homme convaincu que la politique est un acte de foi et de service. Son assassinat, loin d’éteindre sa vision, en renforce la portée. « Le message humaniste dont il était porteur survivra au-delà de sa mort tragique », conclut Guichard Doré. En mettant sa vie au service des opprimés, le président Moïse entendait réhabiliter le rôle de l’État et bâtir une société inclusive. Pour lui, l’idéal démocratique passait par l’éducation, la réforme institutionnelle, la défense du bien commun et la réhabilitation de l’État de droit. Il refusait de céder à la haine, à la vengeance, aux préjugés. « Je suis un homme de conviction, j’ai une vision », affirmait-il, en se dressant seul contre les ténèbres.

“Son nom s’ajoute à la liste des martyrs de l’histoire haïtienne. Sa vision demeure, comme une boussole pour celles et ceux qui, malgré les menaces et les obstacles, continuent de croire dans le projet d’une Haïti debout, juste et libre.”

 

Retrouvez l’intégralité du texte dans le lien suivant:

President Moise juillet 2025