NEW YORK, samedi 31 janvier 2026 (RHINEWS)- Le Conseil de sécurité des Nations Unies a renouvelé à l’unanimité, jeudi, le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) pour une période d’un an, jusqu’au 31 janvier 2027, en adoptant la résolution 2814 (2026) lors de sa 10099e séance, alors que le pays fait face à une combinaison de défis marqués par la violence des gangs, l’instabilité politique et une crise humanitaire persistante.
Créé en 2019, le BINUH appuie les autorités haïtiennes dans le renforcement de la stabilité politique, de la bonne gouvernance et de l’état de droit, tout en promouvant les droits humains et en coordonnant l’assistance internationale. L’engagement opérationnel de l’ONU en Haïti remonte à 1986, après le départ de l’ancien président Jean-Claude Duvalier, suivi d’élections démocratiques en 1990 puis d’un coup d’État militaire en 1991. Depuis lors, l’Organisation est restée profondément impliquée à travers des missions successives de maintien de la paix et des missions politiques.
Par cette résolution, le Conseil charge la Représentante spéciale du Secrétaire général en Haïti de jouer « un rôle de bons offices et de coordination, notamment pour promouvoir la redevabilité, ainsi que le respect des droits humains, du processus politique et de l’état de droit ».
Le texte révise également le mandat du BINUH afin qu’il mène, « de manière intégrée avec toutes les entités des Nations Unies en Haïti », six tâches clés, dont l’utilisation de ses bons offices pour faciliter le dialogue national interhaïtien en appui au processus constitutionnel et politique, ainsi que le soutien aux autorités haïtiennes dans l’organisation et la tenue des élections municipales, législatives et présidentielle prévues en 2026, en vue de « parvenir à un transfert pacifique du pouvoir à des responsables haïtiens élus ».
Le Conseil confie en outre au BINUH l’appui aux autorités haïtiennes pour réduire la violence communautaire, notamment par la conception d’un programme haïtien de désarmement, de démantèlement et de réintégration, ainsi que par le soutien à des voies de sortie sûres, de désengagement volontaire, de réhabilitation et de réintégration pour les personnes, en particulier les enfants, anciennement associées aux gangs.
Le nouveau mandat tient compte de la récente mise en place de la Force de répression des gangs. En étroite coordination avec cette Force et les organisations internationales concernées, le BINUH est invité à « assister les autorités haïtiennes dans la lutte contre la détention provisoire prolongée », notamment par un appui aux institutions nationales compétentes, au suivi régulier du fonctionnement des tribunaux et à un soutien consultatif dans la gestion des personnes à haut risque, le cas échéant.
Le Bureau devra également « surveiller et rendre compte des cas de violence des gangs, d’activités criminelles et d’atteintes et violations des droits humains, y compris la violence sexuelle contre les femmes, les filles, les hommes et les garçons », en maintenant une capacité dédiée de conseillers à la protection. À cet effet, le Conseil a souligné la nécessité « d’assurer une capacité dédiée de l’unité des droits de l’homme du BINUH » pour traiter la violence sexuelle et appuyer les autorités nationales dans le renforcement du respect des droits humains.
Le Conseil a aussi insisté sur la coordination nécessaire entre le BINUH et les autres agences des Nations Unies en Haïti, notamment le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (UNSOH), ainsi qu’avec la Force de répression des gangs, les autorités haïtiennes et les partenaires internationaux et régionaux, afin d’assurer la complémentarité des actions.
Accueillant favorablement l’adoption de la résolution, le représentant d’Haïti a estimé qu’elle reflétait « une compréhension plus intégrée des défis actuels et, surtout, la nécessité d’obtenir des résultats concrets ». « Notre objectif est clair », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de « protéger la population, réduire la violence, restaurer l’état de droit et créer les conditions d’une stabilité institutionnelle durable ».
Les États-Unis, qui ont conduit les négociations du texte avec le Panama, ont qualifié l’adoption de la résolution « d’étape décisive vers la stabilisation d’Haïti ». « L’ONU doit se concentrer sur son rôle en matière de maintien de la paix et de la sécurité, tout en veillant à ce que les contributions des États Membres soient utilisées de manière efficace et efficiente à cette fin », a déclaré la représentante américaine, expliquant que son pays avait proposé « un mandat réduit » pour le BINUH, estimant que celui-ci s’était élargi au-delà de son champ initial. Selon elle, ce recentrage permet à l’ONU de « reprendre pleinement son mandat de paix et de sécurité ».
Le délégué du Panama a indiqué que la résolution était « adaptée au contexte actuel » et maintenait un équilibre entre l’appui au processus politico-électoral et le soutien au système judiciaire, réaffirmant « l’engagement à continuer de travailler de manière constructive au sein du Conseil pour accompagner Haïti durant cette phase décisive de son histoire ».
Plusieurs délégations ont toutefois exprimé des réserves. La représentante du Danemark a regretté que « le langage sur la participation des femmes n’ait pas été inclus dans la résolution », affirmant que celles-ci doivent avoir « une voix égale dans les décisions concernant l’avenir d’Haïti ». La Lettonie a partagé cette préoccupation, tout en saluant l’inclusion d’un appui à la conception d’un programme national de désarmement, de démobilisation et de réintégration, en particulier pour les enfants associés aux gangs, ainsi que le renforcement de l’unité des droits humains et la présence de conseillers dédiés à la protection des femmes et des enfants.
« Leur présence est essentielle pour continuer à surveiller et à signaler les violations des droits humains en Haïti, y compris la violence sexuelle et fondée sur le genre et les violations graves commises contre les enfants », a déclaré sa représentante, une position soutenue par la France, le Royaume-Uni et la Grèce. La Colombie a, pour sa part, mis en garde contre la suppression de références explicites à la violence fondée sur le genre, estimant que le texte limitait la question à « une notion restrictive de ce que constitue la violence sexuelle ».
La Chine a exprimé sa vive préoccupation face à la poursuite des flux d’armes illégales vers Haïti, appelant toutes les parties, « en particulier les principaux pays sources d’armes et de munitions », à adopter des mesures concrètes en matière de contrôle des frontières et de réglementation des armes, et à soutenir le rôle actif du comité des sanctions, du BINUH, de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et des autres organes concernés.
Le représentant de la République démocratique du Congo, s’exprimant également au nom du Libéria et de la Somalie, a souligné la nécessité de doter le BINUH « des moyens et des ressources nécessaires » pour aider les Haïtiens à rétablir la sécurité, la stabilité et l’état de droit.
L’adoption de la résolution intervient dans un contexte politique tendu en Haïti, marqué par les tentatives de certains membres du Conseil présidentiel de transition de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé le 21 janvier, alors que le mandat de cet organe doit s’achever le 7 février. « Nous craignons que l’impasse actuelle au sein du Conseil présidentiel de transition haïtien, à la suite des efforts infructueux de certains membres pour démettre le Premier ministre, ne complique davantage un processus de transition de gouvernance déjà fragile », a déclaré le représentant de Trinité-et-Tobago, s’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). De son côté, le représentant
de Bahreïn a estimé que, « compte tenu du rôle crucial que joue le BINUH dans le soutien à la stabilité politique et à la sécurité en Haïti », le maintien de son mandat demeurait indispensable.

