Le RNDDH fustige une tournée présidentielle jugée « dispendieuse » pour promouvoir une réforme constitutionnelle controversée…

Dr. Frinel Joseph, conseiller-president-observateur...

PORT-AU-PRINCE, lundi 14 juillet 2025 (RHINEWS)Dans une lettre ouverte adressée au président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Fritz Alphonse Jean, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a vivement dénoncé l’organisation d’une tournée internationale conduite par le conseiller présidentiel Frinel Joseph pour promouvoir un avant-projet de Constitution vivement critiqué. L’organisation parle d’un « gaspillage éhonté » de fonds publics dans un contexte socio-économique particulièrement dramatique pour la population haïtienne.

Selon les informations officielles communiquées par le Ministère des Affaires Étrangères, la mission diplomatique s’étendra du 20 juillet au 4 août 2025, avec des escales prévues à Miami (22 juillet), Santiago du Chili (25 juillet), Brasília (27 juillet) et Montréal (1er août). Dirigée par Frinel Joseph, en charge du dossier de la réforme constitutionnelle et du processus électoral au sein du CPT, la délégation compte vingt-deux membres, dont plusieurs hauts cadres de l’administration haïtienne, des agents de sécurité, ainsi qu’un photographe et un vidéographe.

Parmi les figures majeures de cette mission figurent Jean Enex Jean Charles, membre du comité de pilotage de la Conférence nationale, Reynold Guerrier, directeur général de l’Office National d’Identification (ONI), et Caleb Brutus, conseiller spécial aux affaires électorales. Des cadres du Secrétariat général de la Présidence, tels que Virginie Pierre, Evenson Jean et Régine Abraham, y sont également intégrés.

L’objectif officiel de cette tournée est de « sensibiliser la diaspora haïtienne » à la teneur du texte constitutionnel en gestation et de « favoriser sa participation active » au référendum annoncé par le CPT. Selon la note diplomatique POL/ML/ml/336-25, les ambassades concernées ont été mandatées pour organiser des rencontres, conférences et ateliers en partenariat avec des organisations de la société civile, des ligues de pasteurs et les médias.

Mais pour le RNDDH, cette initiative cache une réalité plus inquiétante. Dans sa lettre signée par son directeur exécutif Pierre Espérance et la responsable de programmes Perperte Ducse, l’organisation de défense des droits humains s’interroge sur la légitimité et la transparence de la démarche : « Ainsi, sans gêne aucune, le CPT a décidé de débloquer des montants exorbitants en vue d’envoyer en villégiature vingt personnes, aux frais de l’État, issus du basket fund géré par le PNUD, qui contient des fonds destinés aux élections et au référendum. »

L’organisation rappelle que l’avant-projet de Constitution présenté lors de cette tournée est l’œuvre du Comité de pilotage issu de la Conférence nationale de mai 2025, une structure mise en place « sans consultation réelle des forces vives de la nation » et en contradiction directe avec l’article 28 de l’accord politique du 3 avril 2024, qui stipule que tout processus constitutionnel doit s’appuyer sur un dialogue inclusif.

Le RNDDH va plus loin en accusant ce comité de s’être « érigé en Assemblée constituante sans mandat » et de produire un texte dont « le contenu est jugé scandaleux » par une large frange de la société civile, y compris des juristes, journalistes, mouvements féministes, organisations paysannes et universitaires. « Le processus est opaque, biaisé et fondé sur des consultations factices », martèle l’organisation.

Un épisode cité dans la lettre illustre ce rejet interne : lors d’une rencontre le 10 juin 2025 avec plusieurs acteurs de la société civile, les membres du CPT eux-mêmes – dont Fritz Alphonse Jean, Edgar Leblanc Fils, Lesly Voltaire et Louis Gérald Gilles – auraient exprimé leur désapprobation du document, affirmant qu’« un plaidoyer autour de ce texte n’était même pas envisageable ».

Malgré cette opposition exprimée au plus haut niveau, le RNDDH révèle que 182 millions de gourdes ont été débloqués pour financer une campagne médiatique orchestrée par l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) et l’Association des Médias Indépendants (AMI), visant à promouvoir le même avant-projet dans les médias traditionnels et en ligne.

Face à ce qu’il qualifie de « manœuvre de propagande financée par l’argent du peuple », le RNDDH dénonce une posture cynique du pouvoir en place : « Voilà comment, aujourd’hui, alors que la société se questionne encore sur le vrai projet qui se cache derrière cette nouvelle Constitution, elle apprend qu’une délégation dirigée par le conseiller président Frinel Joseph est appelée à faire un pèlerinage dans quatre pays. »

Dans un pays ravagé par l’insécurité, le déplacement forcé de centaines de milliers de personnes et l’effondrement des services publics, l’organisation juge cette dépense inacceptable et appelle à l’annulation pure et simple de la tournée. Elle invite le CPT à revenir à l’esprit de l’accord du 3 avril 2024 en organisant une consultation large et inclusive sur toute réforme constitutionnelle.

« Dans un pays aux maigres ressources, où la majorité de la population vit dans la détresse, un tel gaspillage est tout simplement inacceptable », conclut le RNDDH, qui presse le président Fritz Alphonse Jean d’y mettre un terme sans délai et de se conformer aux engagements pris envers le peuple haïtien.