Le Conseil Présidentiel de Transition renonce à une tournée de promotion de l’avant-projet de Constitution face aux critiques croissantes…

Les membres du Conseils Presidentiels de Transition (CPT)....

PORT-AU-PRINCE, mercredi 16 juillet 2025 (RHINEWS)Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a annoncé mercredi l’annulation d’une tournée internationale prévue dans plusieurs pays d’Amérique latine et d’Amérique du Nord, censée promouvoir l’avant-projet de la nouvelle Constitution auprès de la diaspora haïtienne. Cette décision intervient dans un climat de contestation généralisée autour du texte et de son processus d’élaboration.

Selon un communiqué officiel émis par le bureau de communication de la Présidence, cette tournée devait s’arrêter au Mexique, au Brésil, au Chili, en Argentine et en Amérique du Nord. Elle avait pour objectif, selon les autorités, de « vulgariser » l’avant-projet de Constitution et de « favoriser la participation active » de la diaspora au processus référendaire à venir.

Cependant, le CPT a fait savoir qu’« à la suite des travaux de communication menés par les associations de médias et de journalistes, il a été décidé d’annuler cette tournée à l’étranger et d’en interrompre les préparatifs. » Le Conseil n’a pas précisé les raisons détaillées ayant motivé ce revirement, mais il réaffirme dans le communiqué sa volonté d’« intégrer pleinement la diaspora haïtienne à toutes les décisions touchant à la gouvernance et à l’avenir du pays ».

Dans cette optique, les autorités entendent désormais recourir à « de nouvelles technologies de l’information et de la communication », ainsi qu’aux canaux diplomatiques et consulaires, pour maintenir un dialogue constant avec les Haïtiens de l’étranger.

Cette initiative n’avait pas échappé aux critiques virulentes d’organisations de la société civile, en particulier du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), qui dénonce une « opération de propagande financée avec des fonds publics, en dehors de toute transparence ».

Dans une lettre signée par son directeur exécutif Pierre Espérance et la responsable de programmes Perperte Ducse, l’organisation a accusé le CPT d’avoir prévu une tournée onéreuse « en villégiature », mobilisant « vingt personnes aux frais de l’État », avec un financement provenant du basket fund géré par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), destiné initialement à appuyer les élections et le référendum.

Le RNDDH met également en cause la légitimité du Comité de pilotage chargé de rédiger l’avant-projet, le qualifiant d’« Assemblée constituante sans mandat ». Cette structure issue de la Conférence nationale de mai 2025 aurait été mise en place, selon l’organisation, « sans consultation réelle des forces vives de la nation » et en violation de l’article 28 de l’accord politique du 3 avril 2024, qui exigeait un dialogue inclusif pour toute réforme constitutionnelle.

« Le contenu du texte est jugé scandaleux par une large frange de la société civile, incluant juristes, journalistes, mouvements féministes, organisations paysannes et universitaires », affirme le RNDDH, qui fustige un processus « opaque, biaisé et fondé sur des consultations factices ».

Un épisode cité dans la lettre illustre les divisions internes au sein même du Conseil : lors d’une réunion le 10 juin 2025 avec des représentants de la société civile, plusieurs membres influents du CPT – dont Fritz Alphonse Jean, Edgar Leblanc Fils, Lesly Voltaire et Louis Gérald Gilles – auraient exprimé des réserves explicites sur le contenu du document, allant jusqu’à estimer qu’« un plaidoyer autour de ce texte n’était même pas envisageable ».

Malgré ces désaccords, le RNDDH révèle qu’une enveloppe de 182 millions de gourdes a été récemment débloquée pour financer une campagne de communication destinée à promouvoir l’avant-projet dans les médias haïtiens. Cette campagne serait conduite par l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) et l’Association des Médias Indépendants (AMI), dans ce que le RNDDH qualifie de « tentative de manipulation de l’opinion publique ».

L’organisation appelle à la fin immédiate de ces démarches et exhorte le CPT à revenir à l’esprit de l’accord du 3 avril 2024 en relançant un processus de réforme constitutionnelle fondé sur une consultation large, inclusive et transparente.

« Dans un pays aux maigres ressources, où la majorité de la population vit dans la détresse, un tel gaspillage est tout simplement inacceptable », conclut le RNDDH, qui presse le président Fritz Alphonse Jean de « se conformer aux engagements pris envers le peuple haïtien ».

Alors que l’avenir du projet constitutionnel reste incertain, cette annulation marque un nouveau revers pour le CPT, confronté à une contestation croissante à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.