Jean-Bertrand Aristide appelle les diplômés de l’UNIFA à incarner une « élite de science et de conscience » et à impulser un sursaut collectif, tout en dénonçant les « gangs en cravate »…

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TABARRE (Haït), dimanche 1er mars 2026 (RHINEWS)- L’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide a exhorté, lors de la cérémonie de graduation de la 8e promotion des jeunes professionnels formés à l’Université de la Fondation Aristide (UNIFA), les nouveaux diplômés à s’engager activement dans la transformation du pays, en conjuguant compétence scientifique et responsabilité morale.

S’exprimant en sa qualité de président de l’UNIFA, il a déclaré que « à la lumière des neurones conscience, un cerveau qui s’élève doit élever le pays », estimant qu’une formation académique aboutie crée une obligation sociale. « Un cerveau qui se transforme doit devenir ferment de transformation collective », a-t-il ajouté.

Devant les récipiendaires, il a posé la question du rôle des élites en Haïti : « Vous aspirez légitimement à intégrer l’élite de ce pays, mais êtes-vous prêts à incarner une élite imaginaire ou celle qui allie science et conscience ? » Il a mis en garde contre ce qu’il a qualifié « d’anosognosie politique » et « d’analphabétisme politique », appelant à une prise de conscience nationale face aux blocages institutionnels et aux dérives de gouvernance.

Évoquant les ressources financières en jeu, il a soutenu qu’une gestion rigoureuse permettrait de transformer en profondeur les infrastructures nationales. « Un milliard de dollars suffit à financer vingt hôpitaux modernes de cent à cent cinquante lits, deux cent cinquante écoles entièrement équipées, cinq mille salles de classe rénovées et quatre cents kilomètres de routes neuves, ainsi que le microcrédit, l’électricité et l’eau potable pour notre peuple », a-t-il affirmé. Selon lui, « avec vingt-et-un milliards de dollars, la nouvelle Haïti peut se doter de quatre cent vingt hôpitaux modernes, cinq mille deux cent cinquante écoles, cent cinq mille salles de classe et huit mille quatre cents kilomètres de routes neuves ».

L’ancien chef d’État a appelé les jeunes diplômés à « se préparer à participer pleinement » à cette dynamique de refondation. « Nous devons transcender les différences idéologiques pour restituer la sécurité, la santé et la justice aux victimes du système néocolonial », a-t-il déclaré, évoquant en exemple Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines, qu’il a présentés comme des figures de dépassement historique.

Abordant la question de l’insécurité et des violences liées aux gangs, il a estimé que « dans le jeu démocratique, la voix appartient au peuple et les dirigeants ont l’obligation de la respecter ». Il a dénoncé « les gangs en cravate, les politiciens bluffeurs qui trahissent le peuple, les criminels qui pratiquent les enlèvements et ceux qui programment la misère, le chômage et la faim ». Selon lui, « les complices qui refusent de laisser la police libérer le pays des gangs doivent recevoir un carton jaune ou un carton rouge ».

Dans une séquence mêlant français et créole, il a comparé la crise haïtienne à un match sans coup de sifflet final, soulignant que « même lorsque les quatre-vingt-dix minutes et les prolongations sont écoulées, il n’y a pas de coup de sifflet final », avant d’affirmer qu’« il y aura un coup de sifflet final, et la coupe appartiendra au peuple ».

Le président de l’UNIFA a également rendu hommage à sa mère, rappelant que lors de la célébration de son centenaire, le 6 mai 2021, elle avait offert cent bourses d’études en exprimant le souhait de voir davantage de jeunes devenir agronomes. « Elle disait : “Nous aimerions voir plus d’enfants devenir agronomes.” Chose dite, chose faite », a-t-il déclaré en présentant les diplômés du jour.

Jean-Bertrand Aristide a encouragé les nouveaux professionnels à s’unir « par et pour la patrie commune » afin de « restituer la dignité d’un peuple opprimé, appauvri et humilié », les appelant à mettre leurs compétences au service d’une transformation durable d’Haïti.