Haïti-Tensions au sommet de l’Etat : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé en voyage aux États-Unis sans coordination avec le Conseil Présidentiel de Transition…

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PORT-AU-PRINCE, vendredi 11 juillet 2025 (RHINEWS) – Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a quitté Port-au-Prince ce vendredi pour une mission officielle aux États-Unis. Présenté par son entourage comme un déplacement stratégique en vue de renforcer la coopération bilatérale avec Washington, ce voyage diplomatique soulève de vives interrogations au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qui affirme ne pas avoir été associé à sa planification.

Selon un communiqué du bureau du Premier ministre, cette mission internationale vise à faire avancer trois dossiers jugés prioritaires : la lutte contre l’insécurité, la relance économique et l’appui au processus électoral en cours. « Ce voyage marque une étape importante dans la mobilisation internationale engagée par l’Exécutif », indique le texte, soulignant que des rencontres sont prévues avec de hauts responsables américains.

La délégation officielle comprend, outre le chef du gouvernement, M. Mario Andrésol, secrétaire d’État à la Sécurité publique, Me Guerly Leriche, conseiller du Premier ministre, et M. Amos Dorival, membre de sa sécurité rapprochée. Le retour au pays est annoncé pour le 17 juillet.

Mais au sein du CPT, l’initiative du Premier ministre est loin de faire consensus. Interrogé à ce sujet, le président du Conseil, Fritz Alphonse Jean, a confirmé que le Premier ministre Fils-Aimé « a seulement informé le CPT mercredi après-midi au sujet de ce voyage ». Et d’ajouter : « Le CPT n’a pas participé à la planification de ce déplacement avec le Premier ministre. Par conséquent, nous ne connaissons pas vraiment le véritable objectif de sa mission. »

Cette absence de coordination est également dénoncée du point de vue institutionnel. Selon des sources proches du CPT, la mission du Premier ministre n’a été ni concertée ni validée par les canaux diplomatiques habituels, notamment l’ambassade d’Haïti aux États-Unis, le ministère des Affaires étrangères ou l’ambassadeur en poste. En conséquence, plusieurs voix au sein du Conseil estiment que ce voyage « ne constitue pas une visite officielle du gouvernement haïtien, et que le Premier ministre ne communique pas la position formelle de l’État ».

Cette situation illustre les tensions persistantes entre le chef du gouvernement et le Conseil Présidentiel de Transition, instance censée superviser et légitimer les grandes orientations politiques de l’État durant cette phase transitoire. Le refus implicite de collaborer pleinement avec le CPT, souligné par la tenue unilatérale de cette mission, alimente les soupçons sur les véritables intentions du Premier ministre.

Au moment où Haïti tente de restaurer sa gouvernabilité et de mobiliser un soutien international pour faire face à la crise sécuritaire et institutionnelle, cette dissension au sommet de l’État pourrait fragiliser davantage la cohérence de l’action gouvernementale. Pour l’heure, aucune déclaration officielle conjointe du CPT et du bureau du Premier ministre n’a été publiée pour clarifier les contours de ce voyage.