PORT-AU-PRINCE, dimanche 13 juillet 2025 (RHINEWS)– Dans une analyse de conjoncture virulente, l’Organisation de défense des droits humains Sant Karl Lévêque (SKL) dénonce avec force ce qu’elle qualifie de « tentative de confiscation politique orchestrée par une élite économique sanguinaire », dans un contexte de crise nationale aiguë. Selon SKL, cette oligarchie vise à transformer sa domination économique en pouvoir politique absolu, en infiltrant notamment les mécanismes de transition au sein du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), avec pour échéance critique le 7 août 2025.
« Haïti est en proie à une crise inédite, orchestrée par une oligarchie prédatrice décidée à transformer sa domination économique en pouvoir politique absolu », affirme le document de onze pages. Le texte souligne que cette dynamique est soutenue par une classe possédante que SKL nomme sans détour : les « Sanguinaires Possédants ». Cette élite, selon l’organisation, agit contre les intérêts de la majorité de la population, tout en exploitant les failles de l’État haïtien.
Dans son diagnostic de la situation actuelle, SKL note qu’Haïti traverse une crise humanitaire grave, avec six millions de personnes nécessitant une aide humanitaire, soit près de la moitié de la population. Plus de 5,8 millions de personnes sont affectées par l’insécurité alimentaire, tandis que 4,4 millions sont privées d’accès aux soins de santé. Sur le plan économique, le PIB a chuté de 4,2 % en 2023-2024, atteignant son plus bas niveau depuis le séisme de 2010. « Le pays fait marche arrière depuis des années », alerte l’organisation, soulignant l’effondrement des recettes fiscales, l’effritement des investissements privés et la flambée de l’inflation.
La violence généralisée est un autre élément central du rapport : près de deux millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que les assassinats et les cas de viols se multiplient dans les zones contrôlées par les gangs. SKL dénonce la passivité de l’État, affirmant que les autorités sont « complices ou occupées uniquement à des affaires mesquines ».
Pour comprendre cette crise, l’organisation propose un retour historique sur les dérives structurelles de l’État haïtien, depuis l’assassinat de l’Empereur Dessalines en 1806. Selon SKL, les élites économiques et politiques n’ont jamais poursuivi un projet national cohérent, trahissant ainsi les idéaux de la Révolution de 1804. « Le fils de l’ancien esclave est devenu oppresseur à son tour », écrit l’organisation, en dénonçant l’appropriation de l’État par des élites prédatrices. Elle cite notamment l’historien Jean Casimir, selon qui il y aurait « un État en Haïti, mais pas un État haïtien », pour illustrer la déconnexion entre l’appareil étatique et les besoins populaires.
SKL rejette catégoriquement la notion même de « bourgeoisie nationale » en Haïti, préférant parler de « Sanguinaires Possédants ». Cette classe, affirme-t-elle, « n’a jamais agi dans l’intérêt de la nation », préférant bâtir sa richesse sur l’exploitation de la misère populaire, sans jamais investir dans des infrastructures ou des projets structurants. L’organisation accuse ces acteurs de financer les groupes armés, de faire circuler des armes dans les quartiers populaires, et de détourner la jeunesse marginalisée vers des conflits fratricides, tout en se protégeant dans des résidences de luxe ou à l’étranger.
Selon SKL, les efforts internationaux prétendument en faveur d’Haïti masquent en réalité une complicité silencieuse. « Lorsque la Communauté Internationale prétend ‘agir’ pour Haïti, elle impose des sanctions inefficaces tout en maintenant ses relations d’affaires dans l’ombre avec les responsables de la crise », accuse le document. L’organisation affirme que la prise de contrôle du CPT par le secteur privé n’est qu’une étape d’un plan cynique visant à « verrouiller le système » et à consolider leur impunité, notamment en empêchant toute enquête sur leurs liens présumés avec les gangs armés et le trafic d’armes ou de drogues.
« Ce que prépare le secteur privé haïtien à travers sa prise de pouvoir à la tête du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) n’est rien d’autre qu’un braquage politique », écrit SKL. Elle accuse cette classe de vouloir utiliser sa position pour « négocier directement avec les gangs armés, non pas dans l’intérêt général mais pour protéger leur implication », ajoutant que certains sont « fortement soupçonnés d’avoir financé l’insécurité ».
Permettre à ces acteurs de présider le CPT équivaudrait, selon l’organisation, à « donner à ceux qui exploitent le pays les clés de l’État pour se protéger et continuer leur quête ». SKL met en garde : cela transformerait la transition en carnage et les élections de 2026 en mascarade, dominée par « l’argent et la peur ».
Face à cette situation, SKL appelle à une mobilisation citoyenne massive. « Nous, citoyennes et citoyens mobilisés, disons non à cette prise de pouvoir illégitime », lance l’organisation. « La nation haïtienne a besoin d’une révolution populaire, sociale, économique et morale. Elle ne viendra pas de cette classe de Sanguinaires. Elle viendra du peuple organisé, debout, patriote, conscient et en lutte », conclut le document.
Ce cri d’alarme intervient à un moment où le pays se trouve au bord de l’effondrement total, alors que les populations vivent dans une misère extrême, sans perspectives politiques claires, et que la classe dirigeante semble plus préoccupée par la préservation de ses privilèges que par le redressement national.

