PORT-AU-PRINCE, lundi 23 février 2026 (RHINEWS) – Les autorités haïtiennes ont annoncé lundi la signature d’un « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections », présenté comme un engagement collectif destiné à rétablir la sécurité, consolider la gouvernance démocratique et permettre la tenue de scrutins « transparents, crédibles et acceptés par tous ».
La cérémonie, organisée en présence du Premier ministre, de membres du gouvernement, de représentants de partis politiques, d’organisations de défense des droits humains, du secteur privé, de la société civile, des médias ainsi que du corps diplomatique, a été marquée par des appels répétés à l’unité et à la responsabilité politique dans un contexte de transition prolongée et de crise sécuritaire persistante.
Prenant la parole, Jerry Tardieu a qualifié la journée « d’historique », estimant que les principales forces politiques du pays ont su dépasser leurs différends au profit de l’intérêt national. « Les signataires de ce pacte seront des compétiteurs farouches aux prochaines élections, mais ils ont compris qu’aujourd’hui, il fallait consentir un sacrifice pour trouver une issue commune », a-t-il déclaré.
Selon lui, le document signé constitue « un contrat d’unité » issu de « plusieurs jours de discussions et de consultations », fruit du travail « de femmes et d’hommes qui aiment leur pays et qui croient en l’unité, en la paix, en la sécurité et en la stabilité ». Il a affirmé que les signataires ont choisi de « placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tout calcul politique », reconnaissant que les blocages institutionnels et les conflits antérieurs ont contribué à fragiliser l’État. « Cela doit cesser », a-t-il insisté, évoquant « un choix de responsabilité » fondé sur « le dialogue honnête et le respect dans le désaccord ».
Le pacte est présenté comme un engagement moral « pris sur l’honneur » entre adversaires politiques. « Ce pacte n’efface pas nos différences », a souligné le chef du gouvernement, précisant que celles-ci « ont toute leur place dans la démocratie ». Il a toutefois estimé que l’accord traduit une volonté commune de « défendre la République, rétablir la sécurité, créer de l’espoir pour les plus vulnérables et garantir la crédibilité du processus électoral ».
Le texte prévoit, dès son premier article, la mise en place rapide des conditions sécuritaires indispensables à l’organisation d’élections conformes au calendrier établi par le Conseil électoral provisoire. Les intervenants ont insisté sur l’urgence de rétablir la sécurité non seulement pour permettre la tenue des scrutins, mais aussi pour favoriser le retour des personnes déplacées, la réouverture des axes routiers et de l’aéroport, ainsi que la relance des activités économiques et sociales.
Évoquant près d’une décennie sans élections complètes, Jerry Tardieu a plaidé pour la mise en place d’une administration électorale « professionnelle et moderne », conformément à l’article 18 du pacte, et pour une évaluation des expériences passées afin d’améliorer l’organisation des prochains scrutins. Il a également rappelé que le document prévoit la participation de la diaspora et la création d’un comité de suivi chargé de veiller au respect de la feuille de route et du calendrier d’exécution.
« Les portes de l’histoire sont ouvertes devant nous, et ce sont nos paroles, nos actions et notre vision qui détermineront la manière dont nous avancerons », a-t-il déclaré, estimant que la plus grande victoire attendue « n’est pas celle d’un camp, mais celle de la démocratie et de toute la nation ». Il a conclu en affirmant que les signataires s’engagent désormais « devant l’histoire » pour la nation, la paix, la sécurité, la stabilité et l’espoir, en vue d’élections au cours desquelles « le peuple exercera son droit de choisir ses dirigeants ».
Présent à la cérémonie, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, a qualifié la signature du pacte de « moment d’espoir et de progrès » et d’« acte politique majeur » pour le pays. Il s’est dit « profondément honoré de représenter le Secrétaire général des Nations Unies lors de cet événement important ».
Selon le diplomate, le pacte « met au centre des priorités qui répondent aux attentes de la population », notamment « le retour de la sécurité, l’organisation d’élections crédibles et le rétablissement de la gouvernance démocratique ». « Dans le contexte actuel, ce n’est pas un geste symbolique, c’est un choix de responsabilité et une action concrète qui démontre la volonté partagée de travailler ensemble pour la restauration de la sécurité et le rétablissement des institutions démocratiques », a-t-il affirmé.
Il a salué « l’engagement citoyen de tous les signataires », tout en soulignant « l’importance de garder ouverte la porte à ceux qui n’ont pas signé ». « Mon souhait, et celui du Secrétaire général, est que les Haïtiens se concentrent sur tout ce qui les unit et non sur ce qui les divise. Et ce pacte en est une claire illustration », a-t-il ajouté.
Carlos Ruiz Massieu a insisté sur la nécessité de traduire rapidement les engagements en résultats concrets. « Le travail commence maintenant », a-t-il déclaré, estimant que la mise en place d’« un système de gouvernance impartial, technique et efficace » devra permettre « d’accélérer le processus politique, de mettre fin à la transition et d’assurer un transfert pacifique du pouvoir aux autorités haïtiennes ».
Rappelant que « la responsabilité première » revient aux Haïtiens, il a assuré que les Nations Unies « restent pleinement engagées aux côtés d’Haïti » pour « appuyer, faciliter et accompagner les efforts nationaux », notamment à travers le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti et l’ensemble du système onusien. « Comme toujours, vous pouvez compter sur notre engagement constant dans cette période charnière pour le pays », a-t-il conclu.

