PORT-AU-PRINCE, vendredi 24 octobre 2025 (RHINEWS)– Le journaliste et animateur de l’émission “Se Sa Nou Vle”, Rudy Thomas Sanon, a officiellement demandé à l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) d’ouvrir une enquête sur la gestion des fonds publics alloués au Comité de Pilotage de la Conférence Nationale. Dans une lettre rendue publique et largement relayée sur les réseaux sociaux, il réclame la transparence sur l’utilisation des six cents millions (600,000,000) de gourdes mises à la disposition de ce comité entre août 2024 et octobre 2025.
« Je sollicite de l’ULCC l’ouverture d’une enquête sur les fonds dépensés par le Comité de Pilotage de la Conférence Nationale, qui, du 24 août 2024 au 9 octobre 2025, a eu à sa disposition un budget de 600 millions de gourdes pour des travaux qui, finalement, n’ont pas été validés par les autorités de la transition », a écrit Rudy Sanon.
Le Comité de Pilotage avait été institué par le décret du 19 juillet 2024, en application de l’accord politique du 3 avril 2024, section X, intitulée « De la Conférence Nationale et de la question constitutionnelle ». Ce texte prévoyait l’organisation d’une vaste consultation nationale sur la révision constitutionnelle et les réformes politiques à entreprendre dans le pays. Selon le décret publié au Moniteur, la Conférence devait être coordonnée par un Comité de Pilotage, assisté d’un Secrétariat Technique, et chargé de superviser trois groupes de travail : l’un sur la Constitution, un autre sur le projet de société, et un troisième sur les relations entre l’État et la société civile.
L’arrêté du 25 juillet 2024 avait désigné les membres du Comité : l’ancien Premier ministre Enex Jean-Charles en qualité de président, accompagné de Joram Vixamar, Amary Joseph Noël, Pierre Antoine Louis, Norah Jean François, Widline Pierre, Gédéon Charles et Christine Stephenson, qui s’était toutefois désistée peu après sa nomination. Le 23 août 2024, le Comité de Pilotage fut officiellement installé avec la promesse d’un dialogue inclusif et d’une refondation constitutionnelle.
Mais, selon Rudy Sanon, « des véhicules de fonction et des frais d’hébergement à l’hôtel ont été mis à la disposition des membres du Comité », tandis que « des sommes faramineuses en provenance des caisses de l’État leur ont été allouées ». L’animateur accuse le comité d’avoir « affecté une énorme partie de ces ressources à une campagne médiatique autour du nouveau texte de Constitution » et d’avoir « payé un nombre incalculable de consultants et d’organisations de la société civile pour faire passer leurs travaux ».
Ces révélations ont alimenté de vives suspicions au sein de la population et de la presse. Questionné sur Radio Magic 9, le 27 janvier 2025, le président du Comité, Enex Jean-Charles, avait affirmé que les membres « ne recevaient pas de salaire », mais percevaient des « jetons de présence pouvant atteindre jusqu’à sept cent mille (700,000) gourdes par mois, par membre du comité, distribués en cash ». Cette déclaration, loin d’apaiser les inquiétudes, avait « accentué les soupçons de corruption et d’enrichissement illicite », rappelle Sanon dans sa lettre.
Face à la polémique, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), alors dirigé par Fritz Alphonse Jean, avait exigé, en mai 2025, un rapport détaillé des dépenses engagées. Le 21 mai 2025, le Comité présenta un avant-projet de Constitution, suivi, le 29 août 2025, d’un texte final. Celui-ci fut immédiatement rejeté par une large partie de la société haïtienne, faute de consultation nationale. Le CPT refusa de le valider, estimant qu’il ne représentait ni le consensus, ni les aspirations du peuple.
Le 9 octobre 2025, en Conseil des ministres, il fut décidé de « mettre fin purement et simplement tant au projet de réforme constitutionnelle qu’aux travaux du Comité de Pilotage de la Conférence Nationale ». Une décision qui, selon plusieurs observateurs, confirma l’échec d’une initiative présentée comme un pilier du processus de transition.
Aujourd’hui, Rudy Sanon affirme qu’il est impératif que la lumière soit faite sur la gestion de ces fonds publics. « La population haïtienne dans son ensemble a besoin de savoir comment ont été dépensées les six cents millions de gourdes allouées au Comité », insiste-t-il. « Les suspicions de corruption, d’enrichissement illicite et de dilapidation s’amplifient, et le silence des autorités ne fait qu’alimenter la méfiance. »
Une pétition en ligne lancée pour appuyer cette démarche a déjà recueilli plus de 5 400 signatures vérifiées, selon les organisateurs. Parmi les signataires récents figurent plusieurs citoyens, universitaires et membres de la société civile, témoignant d’un ras-le-bol généralisé face à l’opacité de la gestion publique.
De son côté, l’ULCC n’a pas encore communiqué officiellement sur la réception de la requête ni sur l’ouverture éventuelle d’une enquête. Mais l’affaire, qui touche à un projet financé par l’État en pleine période de crise nationale, pourrait relancer le débat sur la transparence, la responsabilité publique et la moralisation de la vie politique en Haïti.
« Trop de comités, trop de projets, trop de promesses se sont succédé sans résultats, pendant que les caisses se vident et que la misère s’aggrave », déplore Rudy Sanon dans sa conclusion. « L’heure est venue pour l’ULCC de prouver qu’elle existe pour protéger l’intérêt public et non les intérêts des puissants. »

