Haïti/Politique : un an après l’installation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, la transition politique piégée entre insécurité, effondrement économique et crise humanitaire…

Alix Didier Fils-Aime, Premier d'Haiti...

Un an après la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête du gouvernement de transition, Haïti s’enfonce plus profondément dans la crise. Alors que le Premier ministre avait promis de restaurer la sécurité, de relancer l’économie et d’organiser des élections libres avant février 2026, les violences se sont intensifiées, et de nouvelles villes – dont Kenscoff, l’Arcahaie, Mirebalais et Lascahobas – sont tombées sous le contrôle du puissant regroupement criminel Viv Ansanm. Le dernier rapport du Panel d’experts des Nations unies décrit un pays fragmenté, où l’État perd chaque jour davantage de territoire, d’autorité et de légitimité…

 


PORT-AU-PRINCE, mercredi 12 novembre 2025 (RHINEWS)–  
Désigné Premier ministre le 10 novembre 2024 par le Conseil présidentiel de transition (CPT), Alix Didier Fils-Aimé avait officiellement pris ses fonctions le 11 novembre, avant l’installation de son gouvernement le 16 novembre de la même année. Chargé de conduire Haïti jusqu’au 7 février 2026 conformément à l’Accord politique du 3 avril 2024, il s’était engagé à restaurer la sécurité, relancer l’économie, rétablir l’État de droit et organiser des élections libres et crédibles. Un an plus tard, selon le dernier rapport du Panel d’experts des Nations unies, le pays s’enfonce dans « une spirale de violence, de fragmentation et d’effondrement institutionnel », tandis que de nouvelles zones urbaines et rurales passent sous le contrôle de coalitions armées.

Lors de son investiture, Alix Didier Fils-Aimé avait fait de la « restauration de la sécurité publique et nationale » la première priorité de son action gouvernementale, déclarant que « l’élection constitue le but ultime de la transition tandis que la sécurité en est la condition ». Il avait promis de renforcer la Police nationale d’Haïti (PNH), de relancer les Forces armées, de lutter contre les gangs et d’adopter un budget rectificatif centré sur la sécurité et les élections.

Cette feuille de route, inscrite dans le cadre de l’Accord du 3 avril 2024, s’appuyait sur cinq grands chantiers stratégiques : sécurité nationale, relèvement socio-économique, réforme constitutionnelle, restauration de l’État de droit et organisation des élections. L’accord, signé à Port-au-Prince, prévoyait une transition jusqu’au 7 février 2026 et insistait sur un processus inclusif impliquant partis politiques, société civile, secteur privé et diaspora.

Mais selon les Nations unies, la situation sécuritaire s’est considérablement aggravée sous l’administration Fils-Aimé. Le Panel d’experts relève que, pour la première fois depuis 2020, des zones auparavant considérées comme relativement stables sont tombées aux mains de la coalition criminelle Viv Ansanm, regroupant plusieurs fédérations de gangs. Entre février et octobre 2025, les localités de Kenscoff, de l’Arcahaie, de Mirebalais et de Lascahobas sont passées sous leur contrôle effectif, marquant un élargissement sans précédent de l’emprise territoriale des groupes armés.

« Ces pertes de territoire symbolisent l’échec de la stratégie de sécurité annoncée par le gouvernement de transition », constate le rapport, précisant que les gangs disposent désormais de bases logistiques dans des zones montagneuses et rurales autrefois sous supervision de la PNH. Kenscoff, bastion agricole et zone d’approvisionnement de la capitale, a été encerclée en juin 2025 par des miliciens affiliés à Viv Ansanm, provoquant le déplacement de plusieurs milliers d’habitants. À l’Arcahaie, carrefour stratégique sur la route nationale no 1, les affrontements de juillet ont fait au moins 47 morts et paralysé la circulation vers le nord du pays. À Mirebalais et Lascahobas, situées sur l’axe central, les gangs contrôlent les routes commerciales et taxent les convois de marchandises.

Le Panel note que ces prises de contrôle traduisent « la perte de contrôle territorial de l’État haïtien et la fragmentation accélérée du pays en zones de domination parallèle ». En octobre 2025, près de 80 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince et plus de 40 % du territoire national échappent à l’autorité publique. Depuis janvier, les violences ont causé plus de 4 500 morts civils, 2 000 enlèvements et plusieurs centaines de cas de violences sexuelles recensés par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR).

Selon le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la puissance militaire croissante des gangs s’explique par l’afflux d’armes et de munitions provenant des réseaux de contrebande régionaux. « Plus de 70 % des armes saisies en Haïti durant les douze derniers mois sont issues de trafics transnationaux », indique l’ONUDC. Le pays reste aussi un corridor pour le trafic de stupéfiants entre l’Amérique du Sud et les États-Unis, source principale de financement pour les groupes armés.

Parallèlement, le trafic d’êtres humains s’est intensifié, notamment dans les zones passées sous domination de Viv Ansanm, où des femmes et des enfants sont exploités à des fins domestiques ou sexuelles. Le Panel évoque une « économie criminelle intégrée », combinant trafic de drogue, contrebande, taxation illégale et travail forcé.

Sur le plan humanitaire, les conséquences sont dramatiques. Selon l’OCHA, plus de 2,4 millions de personnes sont déplacées internes, dont une grande partie dans les départements de l’Ouest et du Centre, tandis que 5 millions de personnes dépendent désormais d’une aide alimentaire d’urgence. La Banque mondiale signale une contraction du PIB de –3,8 % en 2025, un chômage urbain supérieur à 60 % et une inflation proche de 47 %.

La gouvernance de transition, censée préparer le retour à la légitimité constitutionnelle, se trouve paralysée. Les divisions au sein du CPT bloquent la formation du Conseil électoral provisoire et retardent le calendrier électoral. Le Panel d’experts avertit que « tant que les conditions de sécurité ne seront pas restaurées, toute tentative d’élection risque d’aggraver la crise de légitimité ».

Le Conseil de sécurité des Nations unies, tout en maintenant le régime de sanctions et l’embargo sur les armes, appelle à « une réponse coordonnée, combinant sécurité, justice, relèvement économique et assistance humanitaire ». Mais les efforts gouvernementaux restent limités à des déclarations d’intention.

Un an après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé fait face à une réalité amère : non seulement la sécurité n’a pas été restaurée, mais de nouvelles régions du pays sont tombées sous le contrôle de groupes armés. Ce glissement territorial, particulièrement celui de Kenscoff, de l’Arcahaie, de Mirebalais et de Lascahobas, est désormais perçu comme un tournant symbolique et un grave échec de son administration.

Comme le résume le rapport du Panel onusien : « Tant que l’État haïtien restera absent de ses territoires et que la population vivra sous le règne des armes, aucune transition politique, aucune reprise économique et aucune reconstruction durable ne pourront voir le jour. » esteront paralysées, aucune élection libre, aucune reprise économique et aucune reconstruction durable ne seront possibles en Haïti. »