Haïti-politique : le parti GREH critique le « pacte national » et interpelle le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé…

Himmler Rébu, Dirigeant du GREH

PORT-AU-PRINCE, mardi 3 mars 2026 (RHINEWS)- Le Grand Rassemblement pour l’Évolution d’Haïti (GREH) a adressé une lettre ouverte au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé dans laquelle il exprime sa « perplexité » face aux règles encadrant « ce nouveau chapitre de la trop longue transition » et met en garde contre leurs « conséquences sur le quotidien et l’avenir de la population haïtienne ».

Dans ce document intitulé Perplexité No 33, signé par son président Himmler Rébu, le parti affirme n’avoir été invité « ni comme entité individuelle ni comme membre du Collectif du 30 janvier » aux discussions ayant conduit à l’élaboration du « pacte national ». Cette « décision de mise à l’écart politiquement calculée », selon le GREH, l’a contraint à rendre publique son appréciation du décret du 7 février 2026 et du Pacte.

Le GREH relève que plusieurs dispositions du texte, notamment « 6 visas et 6 articles (16, 17, 18…24, 24-1, 25) », portent directement sur les élections. Tout en réaffirmant être favorable au principe de consultations électorales, le parti rejette l’idée d’un processus engagé « avec des règles tronquées au départ dans un empressement inspiré par l’international ».

Le document évoque les précédentes transitions, estimant que « cette option précipitée et mal calculée a fait perdre à Haïti 32 mois avec le Dr [Ariel Henry] et 23 avec le CPT », et prévient que le pays pourrait « perdre encore une autre année, sinon plus ». Le GREH appelle à préserver « les avancées à mettre au compte du CEP » jusqu’à ce que « les conditions soient réunies pour de bonnes élections », rappelant que « presque toutes les crises vécues par Haïti ces trente dernières années sont survenues à la suite de mauvaises élections ».

Le parti critique également une conception restrictive des « forces vives », qu’il estime limitées, dans le texte, « à quelques partis politiques et organisations de Port-au-Prince ». Il déplore que la conférence nationale, préconisée de longue date par le Dr Turneb Delpe, ait été « court-circuitée », qualifiant cette décision d’« une des principales erreurs du CPT ».

Une part importante de la lettre porte sur l’usage de l’article 149 de la Constitution amendée, déjà invoqué après l’assassinat du président Jovenel Moïse. Le GREH estime que cet article avait servi à « faire semblant » pour masquer « ce qui n’était qu’un coup d’État », ajoutant qu’il a « résisté à l’imposture en se refusant d’être le parachute des assassins encore en liberté ».

Selon le parti, placer le gouvernement actuel sous l’égide de l’article 149 revient à le soumettre pleinement à la Constitution amendée, « qu’aucun autre texte n’a le pouvoir de lui être contraire ». Il cite en exemple la disposition du Pacte qui « octroie au CEP le pouvoir de décider du mandat des prochains élus », alors que ces mandats sont fixés par la loi mère. « C’est la Constitution ou le Pacte. Pas les deux à la fois », tranche le GREH.

Sur la question sécuritaire, le GREH juge que le pays s’est « trompé sur le diagnostic » depuis l’installation du gouvernement d’Ariel Henry. Il rappelle qu’un rapport présenté à l’ONU par Bob Rae avait conclu que « les dirigeants haïtiens ne comprennent pas la situation et n’ont pas de plans », estimant que « malheureusement il avait raison ».

Le parti critique la stratégie actuelle, affirmant que la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAD’H) ne sont que des « bras opérationnels » et qu’il manque des instances « doctrinales et stratégiques pour harmoniser le tout ». Il considère que la force multinationale de soutien à la sécurité, incluant des troupes kényanes, ne pourra produire « dans les meilleures conditions qu’un effet placebo sur la crise sécuritaire ».

Comité de suivi et justice

Le GREH dénonce par ailleurs la création d’un Comité de suivi aux articles 19, 20, 21 et 26 du Pacte, qualifié de « pâle caricature » de l’OCAG prévu dans l’accord du 3 avril. Il affirme que l’article 26 serait « déjà violé » si la structure n’a pas été mise en place dès la signature du document.

Enfin, le parti se dit préoccupé par « l’absence du mot JUSTICE dans le vocabulaire gouvernemental » depuis l’assassinat du président Moïse. Il s’interroge sur le sort réservé aux victimes « dans leur chair et dans leurs biens » et sur les mécanismes envisagés pour répondre à leurs attentes.