Haïti : Me Sonet Saint-Louis fustige ce qu’il appelle “l’indulgence intellectuelle” du Conseil présidentiel de transition…

Les membres du Conseils Presidentiels de Transition (CPT)....

PORT-AU-PRINCE, mardi 28 octobre 2025 (RHINEWS)— Le juriste Sonet Saint-Louis, estime que « l’indulgence intellectuelle du Conseil présidentiel de transition (CPT) est la cause principale de son échec », dans une analyse publiée lundi depuis Montréal.

Dans ce texte au ton critique, repris par plusieurs médias dont Radio Caraïbes, l’universitaire revient sur la décision controversée de la Cour d’appel de Port-au-Prince attribuant le statut de président de la République à trois conseillers du CPT — Gérald Gilles, Emmanuel Vertillaire et Smith Augustin — tous inculpés par un juge d’instruction. Selon lui, « ce verdict n’a en rien modifié la perception de l’opinion publique », car « ce n’est ni un décret ni une décision de justice qui peut conférer le statut de président à un citoyen ».

Pour le professeur Saint-Louis, le pouvoir actuel n’a aucune légitimité constitutionnelle : « Dans notre régime démocratique, nul ne peut exercer le pouvoir sans mandat populaire, sans légitimité, sans avoir été consacré par le suffrage universel », rappelle-t-il. Il juge donc incohérent que « des hommes arrivés au pouvoir par un consensus politique décidé par la communauté internationale » se réclament des privilèges réservés aux dirigeants élus, notamment la compétence de la Haute Cour de justice.

Abordant la récente décision du CPT d’abandonner le projet de référendum constitutionnel avant la fin de son mandat, prévue pour le 7 février 2026, le juriste s’interroge : « Sous quelle loi fondamentale seront donc organisées les élections promises ? » et dénonce ce qu’il qualifie de “contradiction constitutionnelle”. Il souligne que « le CPT n’a aucun lien avec la Constitution de 1987 » et rappelle que ses membres « avaient pourtant juré de l’observer et de la faire observer ».

Le constitutionnaliste critique également le silence de la Cour de cassation, qu’il juge « coupable d’inaction face aux dérives autoritaires d’un pouvoir non issu du consentement du peuple ». Selon lui, la plus haute instance judiciaire du pays aurait dû intervenir « en tant que gardienne du texte fondamental et arbitre du processus démocratique ».

Dans son analyse, il met en cause une crise plus profonde de la pensée et de la culture politique haïtienne, estimant que « notre défaite est avant tout d’ordre intellectuel ». Pour lui, « les actions du Conseil présidentiel de transition, dépourvues de fondement, de logique et de bon sens, illustrent l’indigence intellectuelle d’une classe politique incapable de comprendre les véritables enjeux du moment ».

Sonet Saint-Louis fustige en outre ce qu’il appelle « une élite figée dans ses erreurs », accusant une partie du monde politique et intellectuel de « mensonge et d’anémie morale ». Il cite la philosophe Hannah Arendt, rappelant que « le mensonge n’entre jamais en conflit avec la raison », pour dénoncer les manipulations qu’il observe dans la vie publique haïtienne.

Saint-Louis souligne que la reconstruction d’Haïti passe par un retour à l’intelligence, à l’honnêteté et à la compétence : « Il est temps de réhabiliter l’intelligence comme fondement du leadership public, si nous voulons espérer reconstruire une République digne et durable », écrit-il.