Haïti : l’ONU prépare le retour complet de ses équipes à Port-au-Prince d’ici décembre, malgré l’insécurité galopante…

Symbole du Bureau Intégré des Nations-Unies en Haïti)BINUH)…

NEW YORK, jeudi 23 octobre 2025 (RHINEWS)Face à une capitale paralysée par la violence des gangs et à une transition politique à bout de souffle, les Nations Unies ont annoncé leur intention de rétablir, avant la fin de l’année, la totalité de leur personnel à Port-au-Prince. Le chef du Bureau intégré de l’ONU en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, a confirmé ce mercredi, depuis le siège de l’organisation à New York, que « 75 % du personnel international seront de retour début novembre, et la totalité avant décembre ».

Le diplomate mexicain, nommé en août dernier à la tête du BINUH, se dit « déterminé à renouer avec une présence robuste sur le terrain ». « Nous devons être là pour remplir notre mandat », a-t-il insisté, évoquant un pays en proie à une « crise aux facettes multiples », marquée par la faim, la violence armée et le blocage institutionnel.

Depuis deux ans, le BINUH, censé accompagner la stabilisation politique et la réforme sécuritaire du pays, fonctionnait à effectif réduit. « Lorsque je suis arrivé, seuls dix-sept personnels internationaux étaient encore sur place », a rappelé M. Ruiz Massieu, mentionnant deux évacuations successives dues aux affrontements et aux enlèvements. Le redéploiement progressif du personnel onusien s’appuie désormais sur des accords d’évacuation conclus avec la République dominicaine et sur la disponibilité d’hélicoptères pour sécuriser les déplacements.

Alors que le Conseil présidentiel de transition (CPT) peine à organiser les élections générales promises d’ici le 7 février 2026, la communauté internationale redoute une impasse institutionnelle. « Si les conditions ne permettent pas la tenue du scrutin, il faudra trouver un arrangement pour éviter un vide politique », a averti le représentant onusien, reprenant devant la presse l’alerte qu’il avait déjà adressée au Conseil de sécurité la veille. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti n’a pas organisé d’élections nationales. Les gangs contrôlent aujourd’hui plus de 80 % de la capitale, selon les estimations de l’ONU, et étendent leur domination dans les départements de l’Artibonite, du Centre et du Nord-Ouest.

Le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) fait état de plus de 16 000 morts depuis 2022 et de 1,4 million de déplacés internes. Des quartiers entiers de Port-au-Prince ont été vidés de leurs habitants, tandis que les services publics, déjà fragiles, s’effondrent. « Nous faisons face à une situation désespérée », a reconnu M. Ruiz Massieu.

Pour soutenir le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG), autorisée par la résolution du Conseil de sécurité de septembre dernier, l’ONU mettra sur pied un Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH). Ce nouveau dispositif, essentiellement logistique et administratif, devrait être opérationnel avant le 31 mars 2026, afin de coordonner l’assistance internationale à la FRG, composée de 5 550 soldats et policiers issus de plusieurs pays partenaires.

Interrogé sur les frappes de drones explosifs menées par les forces haïtiennes contre les gangs, le représentant onusien a confirmé que le BINUH « a déjà signalé ces incidents et conseillé les autorités sur les risques élevés d’atteintes à la population ». Il a rappelé que « les autorités haïtiennes ont l’obligation de respecter les droits humains et d’éviter les erreurs du passé ».

Pour M. Ruiz Massieu, le retour de l’ONU à Port-au-Prince n’est pas un simple geste symbolique, mais une urgence politique. « Nous devons tout faire pour aider les Haïtiens à éviter un vide institutionnel », a-t-il conclu, tout en appelant les partenaires internationaux à maintenir leur soutien à la transition et à la stabilisation du pays.

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