Haïti : L’ONU dénonce l’usage systématique du viol et de la prostitution forcée par les gangs pour terroriser la population…

Jimmy 'Barbecue'' Cherizier, chef du ''G-9 an Fanmi e Alye'' lourdement arme...

PORT-AU-PRINCE, vendredi 18 juillet 2025 (RHINEWS)Les violences sexuelles sont devenues une arme de terreur à grande échelle en Haïti. Des experts indépendants des Nations Unies ont tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur des abus perpétrés par les gangs armés, dans un contexte d’impuissance de la Police Nationale d’Haïti à enrayer le phénomène.

Dans un rapport présenté le 3 juillet devant le Comité des droits de l’homme, les experts se sont déclarés « profondément préoccupés » par l’explosion des violences sexuelles à l’encontre des femmes et des enfants dans les zones contrôlées par les groupes armés. « Dans certaines zones, les femmes et les filles risquent d’être violées collectivement en plein jour par des membres de gangs », a affirmé le Comité, qui qualifie ces actes de « moyens délibérés de punir et d’intimider la population ».

En 2024, l’ONU a recensé environ 4.500 cas de violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) en Haïti. La prostitution forcée et les viols collectifs, selon les experts, seraient désormais pratiqués à grande échelle, alors que les victimes se heurtent à une impunité généralisée.

Le Comité des droits de l’homme souligne le faible taux de signalement des cas de violences sexuelles, citant notamment les risques de représailles, la stigmatisation sociale, le manque de soins médicaux, l’insuffisance de soutien psychologique et l’absence de services juridiques accessibles. « L’impunité reste la norme », déplorent les experts, appelant les autorités haïtiennes à intensifier leurs efforts pour lutter contre ces crimes et protéger les victimes.

Les constats du Comité rejoignent ceux d’un rapport publié en mai dernier par ONU Femmes, qui faisait état d’une « nette augmentation » des violences sexuelles dans les sites de déplacement. Les femmes y subissent viols, enlèvements, meurtres, et les filles sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles errent dans les rues. Les incursions armées dans les quartiers résidentiels amplifient ces dangers.

Le Comité a également exprimé son inquiétude face aux affrontements entre gangs rivaux et au ciblage direct de la population civile. Il pointe du doigt l’inefficacité persistante de la Police Nationale d’Haïti, tout en dénonçant un usage « excessif et disproportionné » de la force par certains de ses membres.

Par ailleurs, les experts se disent alarmés par les exécutions extrajudiciaires, les actes de lynchage, lapidation, mutilation et immolation perpétrés par des « brigades d’autodéfense », parfois encouragées ou tolérées par des membres des forces de l’ordre. À ce jour, aucune enquête ou poursuite sérieuse n’a été signalée par l’État haïtien, selon le Comité.

Face à cette situation, les Nations Unies demandent instamment au gouvernement haïtien de prendre des mesures concrètes pour démanteler les gangs armés et les milices autoproclamées, tout en engageant des réformes profondes pour restaurer l’état de droit. Le Comité exhorte également les autorités à lutter contre la corruption dans les institutions de sécurité et de justice, qu’il considère comme une des causes fondamentales de l’insécurité chronique dans le pays.