Haïti : l’ONU appelle à une sortie rapide et responsable de la transition politique…

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NEW-YORK, mercredi 21 janvier 2026 (RHINEWS)- Port-au-Prince avance sur une ligne de crête à l’approche de la fin officielle de la transition politique, prévue dans moins de trois semaines, entre la promesse d’élections et le risque d’un nouveau vide institutionnel, a averti mercredi le principal représentant des Nations unies en Haïti, Carlos Ruiz Massieu, devant le Conseil de sécurité.

« Haïti est entrée dans une phase critique de son processus de restauration des institutions démocratiques », a déclaré le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), appelant l’ensemble des acteurs nationaux – autorités de transition, partis politiques, société civile, secteur privé et leaders religieux – à « prioriser l’intérêt national et agir avec responsabilité et retenue ». « L’heure des manœuvres politiques est terminée », a-t-il ajouté.

Cette mise en garde intervient alors que l’ONU rétablit progressivement l’intégralité de sa présence à Port-au-Prince, après près de deux années marquées par des évacuations de personnel en raison de l’insécurité chronique. Le redéploiement du personnel international du BINUH, rendu possible par des accords logistiques et sécuritaires régionaux, marque, selon M. Ruiz Massieu, un changement de dynamique dans une capitale largement sous l’emprise des gangs armés.

Le responsable onusien a souligné l’adoption d’un décret électoral le 1er décembre 2025, suivie de la publication d’un calendrier électoral le 23 décembre. Ces textes, a-t-il estimé, « fournissent un cadre opérationnel pour aller de l’avant après des années de retard », même si aucune date de scrutin n’a encore été fixée. Les électeurs haïtiens n’ont plus été appelés aux urnes depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021. Depuis 2024, le pays est dirigé par un Conseil présidentiel de transition chargé d’organiser des élections générales avant le 7 février prochain.

Sur le plan sécuritaire, la situation demeure fragile. En 2025, les homicides intentionnels ont augmenté de près de 20 % par rapport à l’année précédente, tandis que les gangs continuent de contrôler des axes économiques et agricoles stratégiques et de déplacer des populations entières. « Les gangs continuent de démontrer leur capacité à mener des attaques coordonnées », a constaté M. Ruiz Massieu.

Le diplomate mexicain, en poste depuis août, a néanmoins relevé que la pression accrue des forces de sécurité nationales, appuyées par la nouvelle Force de répression des gangs (FRG), mission multinationale non onusienne autorisée fin septembre par le Conseil de sécurité, a permis la réouverture de certaines routes et un retour limité de l’État de droit autour du Champ de Mars, cœur symbolique du pouvoir. La FRG doit compter à terme 5 550 soldats et policiers internationaux et sera soutenue sur les plans logistique et financier par le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (BANUH), qui devrait être pleinement opérationnel d’ici le 31 mars 2026, une étape jugée « critique ».

La mission multinationale reste toutefois tributaire de l’engagement des États membres. « Il est urgent que les États continuent de lui fournir les ressources nécessaires pour exécuter son mandat », a plaidé M. Ruiz Massieu, évoquant notamment les contributions volontaires au fonds fiduciaire géré par l’ONU.

Ces avancées demeurent réversibles. « Les améliorations sécuritaires risquent d’être annulées », a-t-il averti, soulignant l’urgence d’étendre les gains enregistrés et de rétablir des services de base dans les quartiers les plus violents de la capitale, encore majoritairement contrôlés par les gangs. « La sécurité ne peut être une fin en soi », a-t-il insisté, estimant qu’elle doit ouvrir « un espace politique crédible ».

À plus long terme, le représentant onusien a appelé à éviter que la réponse armée ne se substitue à la reconstruction de l’État. « Les objectifs sécuritaires immédiats doivent être équilibrés par un renforcement durable des institutions nationales », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité de proposer des voies de sortie de la violence, en particulier pour les jeunes et les enfants recrutés par les gangs. « Les gangs continuent de recruter et d’exploiter des enfants en manipulant les frustrations et les souffrances quotidiennes des citoyens ordinaires », a-t-il alerté, appelant à relancer une politique nationale de désarmement, de démantèlement et de réintégration.

La crise humanitaire continue par ailleurs de peser lourdement sur toute perspective de stabilisation. Environ 6,4 millions de personnes ont besoin d’aide en Haïti, l’un des appels humanitaires les moins financés au monde. Pour 2026, 880 millions de dollars seront nécessaires afin de venir en aide à 4,2 millions des personnes les plus vulnérables.

Dans ce contexte, le retour complet de l’ONU à Port-au-Prince représente, selon M. Ruiz Massieu, un pari à haut risque. « Les progrès que nous avons observés montrent que l’avancée est possible, mais qu’elle reste réversible », a-t-il conclu, soulignant que tout se joue désormais dans l’équilibre entre la nécessité d’agir rapidement pour éviter l’effondrement et le risque de donner « l’illusion que la transition peut être prolongée indéfiniment ».