Haïti / Gouvernance : Jocelerme Privert conteste la compétence du CPT pour révoquer le Premier ministre, Jean Danton Léger répond à son ancien chef et invoque la légalité administrative…

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PORT-AU-PRINCE, mardi 27 janvier 2026 (RHINEWS)- L’ancien président provisoire d’Haïti et ex-sénateur Jocelerme Privert a affirmé que le Conseil présidentiel de transition (CPT) ne dispose d’« aucun pouvoir » pour révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, une position contestée par l’ancien député de Léogâne et ex-commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince, Jean Danton Léger, qui estime au contraire que la décision du CPT s’inscrit dans le cadre de la légalité.

« Le CPT n’a aucun pouvoir pour révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Même un président issu des élections, bénéficiant ainsi de la légitimité populaire, n’a pas ce pouvoir », a déclaré Jocelerme Privert lundi, lors de l’émission Le Rendez-Vous de Gazette Haïti.

Selon l’ancien chef de l’État, la Constitution haïtienne encadre strictement les conditions de départ d’un Premier ministre. « Un Premier ministre peut démissionner volontairement ou être renversé à la suite d’un vote de censure au Parlement », a-t-il précisé, ajoutant se référer « à la Constitution sur laquelle les membres du CPT ont prêté serment ».

Jocelerme Privert a par ailleurs rappelé que le mandat du CPT doit, selon lui, arriver à son terme le 7 février prochain. À cette échéance, a-t-il expliqué, « l’exercice du pouvoir exécutif sera assuré par le Conseil des ministres, dirigé par l’actuel chef du gouvernement, qui devra organiser des élections ».

L’ancien président provisoire a mis en garde contre l’hypothèse d’un prolongement du processus transitoire. « Il serait grave d’engager le pays vers une nouvelle transition », a-t-il estimé, notant que cette option est pourtant souhaitée par « la plupart des acteurs politiques ». Il a toutefois reconnu l’existence de positions divergentes au sein de l’opinion. « D’autres observateurs sont contre cet avis, évoquant une situation politique d’exception », a conclu Jocelerme Privert.

Réagissant à cette prise de position et au comportement du coordinateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, Jean Danton Léger a pour sa part estimé que la décision de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé repose sur une base légale. « Je n’ai rien de personnel ni contre l’ancien président Privert, ni contre le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé », a déclaré Me Léger, précisant que son analyse relève « exclusivement du droit et du fonctionnement des institutions ».

Selon lui, le CPT, en tant qu’autorité de nomination, dispose également du pouvoir de révocation. « En droit administratif, l’autorité qui nomme est aussi celle qui révoque. Ce principe est constant et ne souffre d’aucune ambiguïté », a-t-il affirmé.

Réagissant aux arguments selon lesquels la révocation ne produirait ses effets qu’après publication dans Le Moniteur, Me Léger a estimé que cette interprétation est erronée. « La publication vise l’opposabilité et la transparence de l’acte administratif, mais elle n’en conditionne pas la validité. Dès l’adoption et la notification de la résolution, celle-ci produit ses effets juridiques », a-t-il soutenu.

L’ancien parlementaire a également jugé que la position exprimée par Jocelerme Privert, bien qu’elle puisse s’inscrire dans le débat public, ne dispose d’aucune portée institutionnelle. « L’ancien président ne détient plus de mandat constitutionnel lui permettant d’apprécier ou de remettre en cause une décision du CPT », a déclaré Me Léger.

S’agissant du rôle du coordinateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, il a rappelé que cette fonction ne confère pas de pouvoir personnel sur les décisions collectives du Conseil. « Le rôle du coordinateur est d’assurer la coordination et la représentation de l’institution, non d’interpréter ou de personnaliser des résolutions adoptées collégialement », a-t-il indiqué.

Pour Jean Danton Léger, la contestation d’une décision administrative par des déclarations politiques ou médiatiques ne saurait constituer une voie de recours. « Les mécanismes de contestation existent, ils sont juridiques et institutionnels. Le débat public ne peut se substituer au droit », a-t-il conclu, appelant au respect des principes de légalité et de collégialité dans la conduite de la transition politique.