Haïti/États-Unis : Washington met en avant ses actions contre le trafic d’armes à destination d’Haïti, selon l’ambassadeur Henry T. Wooster…

Henry T. Wooster, charge d'affaires americain en Haiti...

 

PORT-AU-PRINCE, vendredi 7 novembre 2025 (RHINEWS)- L’ambassade des États-Unis en Haïti a mis en lumière jeudi un ensemble de mesures destinées à freiner l’afflux d’armes et de munitions américaines vers le territoire haïtien, un phénomène dénoncé depuis des années par les autorités et la société civile comme l’un des principaux moteurs de la violence armée.

Dans son message intitulé Pause Café, l’ambassadeur Henry T. Wooster reconnaît que « comme de nombreux Haïtiens le soulignent, les armes qui arrivent illicitement depuis les États-Unis vers Haïti, souvent via des pays tiers, déstabilisent Haïti ». Il affirme que Washington s’emploie à enrayer ce flux, en rappelant que son pays « procède à l’arrestation de personnes finançant ou faisant passer en contrebande des armes et des munitions non autorisées vers Haïti ».

Selon le diplomate, plusieurs opérations judiciaires ont abouti ces derniers mois. « Nous avons condamné deux personnes qui facilitaient l’achat et l’envoi d’armes vers Haïti, et quatre autres ont été sanctionnées ou arrêtées pour leur soutien aux gangs terroristes », a-t-il précisé, évoquant le durcissement des poursuites fédérales visant les réseaux de contrebande opérant depuis le territoire américain.

L’ambassadeur Wooster a également souligné le soutien technique fourni aux institutions haïtiennes pour renforcer leur capacité d’interception. « Nous aidons les autorités haïtiennes à saisir les drogues et les armes qui circulent dans le pays. Nos experts forment les Haïtiens à identifier les acheteurs initiaux d’armes américaines afin de remonter les filières et d’empêcher ces criminels d’alimenter la violence », a-t-il ajouté.

Dans le cadre de ces efforts conjoints, les services d’enquête du Département de la Sécurité intérieure (DHS) ont déjà procédé en 2025 à d’importantes saisies destinées à des réseaux liés à Haïti. « Rien que cette année, les services d’enquête de la Sécurité intérieure des États-Unis ont saisi plus de 23.000 armes, de l’argent liquide et des drogues destinées à Haïti », a indiqué l’ambassadeur, tout en rappelant que les autorités haïtiennes continuent de tenter d’intercepter ce qui parvient encore à franchir les frontières du pays.

Le diplomate a conclu en insistant sur la nécessité d’une réponse régionale coordonnée. « La coopération entre tous les pays concernés est essentielle pour réduire l’entrée d’armes, de munitions et de drogues en Haïti », a-t-il affirmé, soulignant que la lutte contre la contrebande reste un élément majeur pour rétablir la sécurité et freiner l’emprise des gangs armés sur une grande partie du territoire.

Des armes a feu de differents calibres…

Un récent rapport du Panel d’experts des Nations Unies sur Haïti dresse un tableau alarmant du trafic d’armes et de munitions à destination du pays, soulignant la sophistication croissante des filières, la diversification des provenances et les lacunes persistantes dans la surveillance aux ports et aux postes de douane. Le document précise que, malgré l’existence d’un embargo onusien, des flux réguliers d’armement continuent d’alimenter les gangs et autres acteurs armés, les réseaux exploitant principalement des itinéraires passant par les États-Unis et la République dominicaine et utilisant des transits interjuridictionnels pour transférer leur cargaison. Les autorités américaines et dominicaines ont procédé à des interceptions, mais ces efforts restent insuffisants face à la capacité d’adaptation des filières.

Le rapport signale une évolution notable dans la nature des matériels saisis : les fusils représentent désormais une large majorité des armes tracées par le Panel, avec une montée en puissance des modèles chambrés en 7,62 x 39 mm et des chargeurs à grande capacité, ainsi qu’une présence accrue d’armes artisanales non sérialisées, ou « ghost guns », qui rendent le traçage particulièrement difficile. S’agissant des points d’entrée, les experts alertent sur l’absence d’interceptions signalées dans les ports haïtiens depuis juin 2024, une situation attribuée au manque d’accès des forces de l’ordre à plusieurs infrastructures, à l’insuffisance des capacités de détection et à des niveaux préoccupants de corruption au sein de certains services. Le Panel met également en cause les ports contrôlés par des intérêts privés ou en collusion avec des réseaux criminels, où le passage de marchandises échappe au contrôle de l’État.

Les experts documentent aussi des cas d’importation illicite via la République dominicaine, citant notamment le détournement de munitions de stocks officiels destinés à la police dominicaine, dont une partie s’est retrouvée sur le marché illicite avant d’être acheminée vers Haïti. Malgré la décision haïtienne de suspendre l’entrée de marchandises en transit depuis la République dominicaine, prise en mars 2025, la mesure n’est pas appliquée efficacement et des conteneurs continuent d’entrer sur le territoire. Parallèlement, des saisies réalisées aux États-Unis, notamment en Floride, confirment la trajectoire des envois, la majorité des armes traçables récupérées en Haïti ayant été acquises dans quelques comtés de cet État.

Le rapport met en lumière les dynamiques économiques qui alimentent ce commerce illicite : la demande reste extrêmement élevée — du fait des gangs, des groupes d’autodéfense, de sociétés de sécurité privée et de civils — maintenant des prix élevés et des marges importantes pour les trafiquants. Les revenus issus de la contrebande de stupéfiants et de l’exploitation illicite de ressources, telles que les civelles, financent également ces filières et contribuent à la corruption d’acteurs publics.

Face à ces constats, le Panel appelle à un renforcement coordonné des contrôles aux points d’embarquement et de débarquement, incluant la modernisation des équipements douaniers, la formation des agents, l’amélioration du partage d’informations régionales et internationales, ainsi que des mesures ciblées contre les maillons financiers et logistiques des filières. Il insiste sur la nécessité de lutter contre la corruption et d’améliorer la gouvernance portuaire afin d’empêcher que certains ports ne deviennent des « zones grises » exploitées par les réseaux criminels.

En conclusion, le Panel avertit que, tant que les faiblesses structurelles aux frontières et dans la gestion portuaire persisteront, et tant que les réseaux financiers et logistiques des trafiquants ne seront pas neutralisés dans un cadre régional coordonné, l’embargo et les mesures actuelles n’auront qu’un impact limité sur la capacité des gangs à s’approvisionner en armes. Le rapport appelle à une action soutenue pour rompre les chaînes d’approvisionnement qui alimentent la violence armée en Haïti.