États-Unis : Une coalition bipartisane relance une réforme migratoire historique conciliant sécurité des frontières et statut légal pour les sans-papiers…

Congres des Etas-Unis...

WASHINGTON, mercredi 16 juillet 2025 (RHINEWS)Une initiative législative majeure sur l’immigration a été relancée mardi au Capitole par un groupe bipartite de parlementaires américains, sous l’impulsion des représentantes María Elvira Salazar (républicaine de Floride) et Veronica Escobar (démocrate du Texas). Intitulé Dignity for Immigrants while Guarding our Nation to Ignite and Deliver the American Dream Act of 2025, ou DIGNIDAD Act of 2025, ce projet de loi vise à répondre à la fois à la crise migratoire persistante et aux besoins économiques et sécuritaires des États-Unis.

Lors d’une conférence de presse à Washington, la représentante Salazar a décrit le texte comme une « réforme révolutionnaire » qui permettrait de « sécuriser la frontière, mettre fin à l’immigration illégale, et offrir une opportunité méritée aux immigrés de longue date pour qu’ils puissent rester et travailler ici ». Elle a tenu à préciser que le texte ne propose ni « amnistie », ni « aides gratuites », ni « citoyenneté automatique », mais « de la responsabilité et une voie vers la stabilité pour notre économie et notre avenir ».

Sa co-autrice, Veronica Escobar, a quant à elle insisté sur l’urgence d’une réponse réaliste : « Ce projet de loi est une première étape critique pour réformer un système d’immigration brisé. Il est fondé à la fois sur l’humanité et la sécurité », a-t-elle déclaré, en ajoutant que la majorité des immigrés sont « des résidents travailleurs et respectueux de la loi ».

Le texte, soutenu par 20 membres du Congrès issus des deux partis – dont Mike Lawler (New York), David Valadao (Californie), Gabe Evans (Colorado), Susie Lee (Nevada) et Adriano Espaillat (New York) – entend mettre fin aux blocages récurrents sur la réforme migratoire. « Le Dignity Act honore l’héritage de l’Amérique comme nation d’immigrants », a déclaré le représentant Lawler. Gabe Evans, petit-fils d’immigrants mexicains et ancien officier de police, a affirmé que le projet répondait aux attentes des « entrepreneurs latinos et des communautés qui demandent des solutions concrètes ».

Le DIGNIDAD Act articule sa réforme autour de deux piliers : la sécurisation renforcée des frontières et l’instauration d’un statut légal temporaire pour les immigrés sans-papiers remplissant des critères stricts. L’article 1111 ordonne notamment au Secrétaire à la Sécurité intérieure de concevoir et déployer des infrastructures physiques, tactiques et technologiques de surveillance aux frontières sud et nord. Le texte stipule explicitement que les autorités doivent disposer d’un « avantage opérationnel » en matière de contrôle migratoire.

Le projet prévoit également le recours accru à des technologies de pointe, telles que les capteurs autonomes, les radars VADER, les systèmes aéroportés non habités et les détecteurs de tunnels, avec au moins 95 000 heures annuelles d’opérations aériennes et maritimes de la Customs and Border Protection (CBP). Une clause autorise par ailleurs le Secrétaire à déroger à toute disposition légale jugée contraignante pour accélérer la construction et l’entretien de ces infrastructures, même dans des zones sensibles.

Une Commission indépendante de surveillance, composée de 30 membres désignés par le Congrès, sera chargée d’évaluer les impacts de ces politiques sur les communautés locales, les droits humains et la sécurité des agents. De plus, un Comité consultatif national sur la sécurité frontalière, composé d’experts issus des États frontaliers, fournira des recommandations sur les mesures à adopter.

Sur le plan humanitaire et économique, le texte introduit le Dignity Program, qui offrirait un statut légal temporaire renouvelable de sept ans aux sans-papiers vivant depuis longtemps aux États-Unis, à condition qu’ils aient un casier judiciaire vierge, versent des « paiements de restitution », paient leurs impôts et participent à des programmes d’intégration. Aucun financement public ne sera mobilisé : les frais seront couverts exclusivement par les bénéficiaires du programme. Les Dreamers – jeunes entrés illégalement aux États-Unis lorsqu’ils étaient mineurs – pourront accéder à la résidence permanente.

D’autres mesures incluent l’instauration obligatoire du système E-Verify pour lutter contre l’embauche illégale, une réforme du droit d’asile pour éliminer la politique dite du « catch and release », ainsi que des programmes de formation professionnelle et de modernisation du système de visas, pour répondre aux besoins du marché du travail américain.

La formation des agents de la CBP sera également renforcée : 21 semaines de formation initiale et un minimum de 8 heures de formation continue annuelle seront requis. De nouveaux « coordonnateurs de traitement des migrants » seront recrutés pour gérer les tâches administratives, libérant ainsi les agents de terrain pour leurs missions principales.

Pour la représentante Salazar, cette proposition répond à une crise nationale devenue incontrôlable : « Les émeutes à Los Angeles et les villes débordées dans tout le pays témoignent du coût humain, logistique et sécuritaire de l’inaction. Il est temps d’apporter une réponse cohérente, équilibrée et durable ».

Le projet de loi suscite déjà l’intérêt de divers acteurs sociaux : groupes d’immigrés, chefs religieux, syndicats agricoles, entreprises et enseignants. Pour ses promoteurs, le DIGNIDAD Act représente « la plus sérieuse opportunité depuis des décennies » de sortir de l’impasse sur la réforme de l’immigration. Il marque un tournant dans la recherche d’un compromis durable, en affirmant que pour des millions de sans-papiers, « il ne s’agit pas de citoyenneté, mais de dignité ».