Des organisations de défense des droits humains rejettent le décret du 18 décembre sur la liberté d’expression…

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PORT-AU-PRINCE, dimanche 25  janvier 2026 (RHINEWS)- La Plateforme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) a exprimé, vendredi, « ses profondes inquiétudes » et sa « ferme opposition » au décret du 18 décembre 2025 visant à encadrer l’exercice de la liberté d’expression, adopté par le Conseil présidentiel de transition (CPT) et publié le 31 décembre au journal officiel Le Moniteur.

Dans une prise de position signée par plusieurs organisations membres, la POHDH estime que le CPT a « outrepassé les fonctions que confère la Constitution de 1987 au pouvoir exécutif », y compris « en absence du Parlement », et qu’il a également excédé le cadre de l’accord politique du 3 avril. La plateforme dit s’interroger sur « les véritables intentions de cet organe de transition dépourvu de toute légitimité démocratique », à l’approche de la fin de son mandat.

La POHDH soutient en outre que le texte « contrevient directement à la Constitution de 1987 et aux engagements internationaux pris par Haïti ». Elle rappelle que l’article 28 de la Constitution garantit à toute personne « le droit d’exprimer librement ses opinions par le moyen de son choix » et cite l’article 28-2 selon lequel « le journaliste ne peut être forcé de révéler ses sources », tout en étant tenu d’en « vérifier l’authenticité et l’exactitude » et de « respecter l’éthique professionnelle ».
Les organisations pointent particulièrement l’article 6 du décret, qui définit la diffamation comme « toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’autrui ». Selon la POHDH, « l’absence de précision » dans cette disposition laisse entendre que « des allégations, qu’elles soient vraies ou fausses, seraient passibles de sanctions ». Le texte est également critiqué pour l’omission du « droit de rechercher l’information », présenté comme l’un des piliers fondamentaux du droit à l’information.

« Sous prétexte de réguler les dérives médiatiques, ce texte s’impose en réalité comme un instrument de contrôle et de censure », affirme la POHDH, qui y voit une volonté de « museler la presse » et « d’entraver le travail de dénonciation et de vigilance des journalistes, des défenseurs des droits humains et des artistes engagés », au détriment du « droit du public à une information libre, fiable et indépendante ».

La plateforme rappelle enfin que la liberté d’expression en Haïti est « un acquis démocratique issu de luttes sociales et historiques », notamment contre la dictature duvaliériste, et qu’elle a été « conquise au prix de sacrifices humains ». Jugeant le décret « dangereux », la POHDH estime qu’il « ouvre la voie à des abus graves contre les libertés publiques » et demande qu’il soit rapporté par le prochain gouvernement.