Des dizaines de pays soutiennent la solution à deux États en l’absence d’Israël et des États-Unis…

Les drapeaux d'Israel et de la Palestine...

NEW YORK, 30 juillet 2025 (RHINEWS) —Une centaine de délégations ont réaffirmé cette semaine leur appui à la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël lors d’une conférence internationale de haut niveau organisée au siège des Nations Unies. Pendant trois jours, les participants ont plaidé pour une relance urgente de la solution à deux États comme seule issue viable au conflit israélo-palestinien, dans un contexte de guerre meurtrière à Gaza et d’impasse politique persistante.

Coorganisée par la France et l’Arabie saoudite, la Conférence pour le règlement pacifique de la question de Palestine s’est tenue sans deux acteurs majeurs : Israël et les États-Unis, absents notables de ce rassemblement international. À l’issue des échanges, les coprésidents ont fait circuler un texte baptisé « Déclaration de New York », dans lequel les États signataires s’engagent à « agir collectivement afin de mettre fin à la guerre à Gaza, parvenir à un règlement juste, pacifique et durable du conflit israélo-palestinien, fondé sur la mise en œuvre effective de la solution à deux États, et bâtir un avenir meilleur pour les Palestiniens, les Israéliens et tous les peuples de la région ».

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a ouvert la conférence par un avertissement grave : « Le conflit israélo-palestinien a atteint un point de rupture ». Il a dénoncé le « démantèlement systémique des efforts de paix » et a rappelé que la solution à deux États restait la seule voie possible, avec « Israël et la Palestine vivant côte à côte, à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, fondées sur les lignes d’avant 1967, avec Jérusalem pour capitale des deux États ». Il a rejeté toute alternative à un tel règlement : « Quelle est l’alternative ? Une réalité à un seul État où les Palestiniens se voient refuser l’égalité des droits et vivent sous occupation perpétuelle ? Ce n’est pas conforme au droit international, c’est inacceptable. »

Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a annoncé que la France reconnaîtrait officiellement l’État de Palestine en septembre. Il a qualifié la situation actuelle de « moment de vérité » et ajouté que « la solution à deux États est en danger de mort ». Le Royaume-Uni a emboîté le pas, annonçant par la voix de son ministre des Affaires étrangères David Lammy qu’il reconnaîtrait également la Palestine si Israël ne mettait pas fin à sa campagne militaire à Gaza et ne prenait pas d’engagement clair en faveur d’une paix durable.

Aujourd’hui, 148 des 193 États membres des Nations Unies reconnaissent l’État de Palestine. Parmi les pays qui s’y refusent encore figurent les États-Unis et plusieurs États européens. Mais des changements récents indiquent une dynamique en cours : en 2024, l’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont officiellement reconnu la Palestine, rompant avec la position de plusieurs partenaires occidentaux.

La conférence s’est déroulée dans un climat d’urgence humanitaire. À Gaza, les frappes israéliennes et le blocus ont provoqué une crise sans précédent. La famine s’étend, l’infrastructure est en ruines, et les perspectives de paix sont réduites à néant. « En l’absence de mesures décisives et de garanties internationales solides, le conflit s’aggravera et la paix régionale restera insaisissable », avertit la Déclaration de New York.

Cependant, ce n’est pas la première fois qu’un large front d’États appelle à la reconnaissance officielle de la Palestine. Le soutien massif exprimé cette semaine au siège des Nations Unies, lors de la Conférence internationale de haut niveau pour le règlement pacifique de la question de Palestine, s’inscrit dans une continuité historique entamée en 1988, lorsque l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) proclama unilatéralement l’indépendance d’un État palestinien à Alger.

À l’époque, cette initiative avait suscité un vaste élan diplomatique : dans les semaines qui suivirent, plus de 75 pays reconnurent officiellement la Palestine. Le 15 décembre 1988, l’Assemblée générale des Nations Unies adopta la résolution 43/177, actant l’usage du nom « Palestine » dans le système onusien, avec le soutien de 104 pays. Depuis lors, les initiatives pour obtenir une reconnaissance pleine et entière se sont multipliées, mais se sont heurtées à des blocages récurrents au Conseil de sécurité, en particulier de la part des États-Unis.

Les obstacles n’ont pas manqué au fil des décennies : opposition systématique d’Israël, refus américain de reconnaître un État palestinien en dehors d’un processus négocié, divisions persistantes au sein de l’Union européenne, et statut juridique flou du territoire palestinien en raison de l’occupation et des divisions internes entre la Cisjordanie et Gaza. En 2011, la tentative d’adhésion pleine à l’ONU s’était soldée par un échec au Conseil de sécurité, en raison du veto américain. Elle avait néanmoins débouché sur l’octroi, en 2012, du statut d’État observateur non membre par l’Assemblée générale, voté à une majorité écrasante (138 voix pour).

La nouvelle poussée diplomatique amorcée cette semaine par la France, l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni et d’autres pays membres vise à rompre avec l’enlisement du processus de paix et à redonner vie à la solution à deux États. Mais elle s’inscrit dans un combat bien plus long, amorcé depuis près de quarante ans, pour la reconnaissance d’un État que 148 pays membres de l’ONU reconnaissent déjà. « Ce n’est pas un cadeau, c’est un droit », a rappelé António Guterres, reprenant ainsi une revendication fondée sur le droit international et portée sans relâche depuis 1988.