PORT-AU-PRINCE, jeudi 17 juillet 2025 (RHINEWS) –
Dans une prise de position virulente, l’ancien député de Quartier-Morin (Nord), Hugue Célestin, fustige le projet de réforme constitutionnelle porté par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), qu’il qualifie de « coup de force maquillé en processus institutionnel ». Sous le titre « Constitution contre la nation », Célestin accuse le CPT de perpétuer un cycle historique de « confiscation du pouvoir » au détriment de la souveraineté populaire.
Selon Hugue Célestin, cette initiative constitutionnelle s’inscrit dans une longue tradition haïtienne de captation du pouvoir par des élites successives, décrite en 1987 par l’économiste Alain Turnier dans son ouvrage Quand la nation demande des comptes. « En Haïti, le pouvoir est moins transmis que conquis ; et lorsqu’il est conquis, il est purgé de ses anciens détenteurs avec une rage qui n’a d’égale que l’impuissance à construire autre chose », écrivait Turnier. Ce diagnostic demeure, selon Célestin, d’une actualité brûlante.
L’ancien parlementaire dénonce ce qu’il appelle un « cartel institutionnalisé », incarné par le CPT, dont les membres seraient des figures « usées et nuisibles », recyclées dans les sphères du pouvoir grâce à l’aval de la communauté internationale. « Ce CPT […] réussit l’exploit de réunir, au sommet de l’État, une amalgame toxique de personnages […] parfaitement intégrés au cœur de la décomposition du système », affirme-t-il.
Il souligne que la récente éviction du membre du CPT, Alix Didier Fils-Aimé, accusé par ses pairs de mauvaise gestion, ne serait qu’une mise en scène hypocrite : « Le crime n’est jamais jugé en soi, mais selon qui le commet », accuse Célestin, dénonçant une gouvernance fondée sur des « querelles de gangsters costumés » plutôt que sur l’intérêt national.
Le décret référendaire adopté le 3 juillet dernier est, selon Célestin, la preuve d’un cynisme politique généralisé. Il y voit un « texte de compromissions honteuses » adopté dans une « belle harmonie de cynisme » par des acteurs politiques unis uniquement dans la trahison de la nation. Il dénonce également les tournées internationales prévues pour faire la promotion du texte auprès de la diaspora, qualifiées par lui de « vaste exercice de blanchiment politique ».
Selon l’ancien député, les membres du CPT, qu’il décrit comme des « intendants serviles de la dépendance haïtienne », n’ont ni légitimité ni mandat pour engager une telle réforme. Il fustige une « constitution sortie d’on ne sait quel laboratoire de domination », imposée à un peuple privé de tout droit de regard.
Face à ce qu’il considère comme une « vaste escroquerie politique », Hugue Célestin appelle à une mobilisation populaire : « Ce référendum n’est pas un acte démocratique ; c’est une opération de confiscation de la souveraineté nationale », déclare-t-il. Pour lui, la résistance à cette initiative ne relève plus du droit, mais du « devoir sacré ».
Dans sa déclaration, l’ancien député propose une alternative institutionnelle articulée autour d’un Collège national de transition, composé de représentants des universités publiques et privées du pays. Ce Collège aurait pour mission de conduire des consultations nationales, sélectionner vingt personnalités issues des dix départements et de la diaspora, et mettre en œuvre un plan d’action structuré en quatre étapes : élaboration d’une feuille de route pour la refondation de l’État, désignation d’un président de transition, formation d’un gouvernement de salut public restreint, et contrôle continu de l’action exécutive par un Sénat provisoire.
Hugue Célestin conclut sa déclaration en appelant à « choisir entre la résignation et l’insurrection », affirmant que l’heure est venue pour le peuple haïtien de « reprendre ce qui [lui] a été volé : un pays, une dignité, une histoire, une espérance. »

