ÉDITORIAL
PORT-AU-PRINCE, mercredi 9 juillet 2025 (RHINEWS)– L’incendie de l’hôtel Oloffson, survenu le week-end dernier à Port-au-Prince, marque un tournant tragique dans la descente aux enfers d’Haïti. Ce joyau architectural, emblématique de l’histoire culturelle et intellectuelle du pays, n’est pas qu’une victime collatérale du chaos : il est une cible. Une cible comme tant d’autres – lieux de culte, écoles, bibliothèques, universités, hôpitaux, médias – dans une guerre silencieuse mais méthodiquement orchestrée contre l’âme même de la nation haïtienne. Ce n’est plus seulement la sécurité des personnes qui est menacée, c’est désormais la mémoire, le savoir, la foi et la capacité de se projeter collectivement dans l’avenir.
Dans cette logique de destruction, l’organisation Viv Ansanm, qui prétend incarner une alternative politique, agit avec une violence systémique qui la classe sans ambiguïté dans la catégorie des groupes terroristes. Ceux qui en doutaient doivent désormais ouvrir les yeux. L’attaque contre l’Oloffson n’est pas un simple acte de vandalisme. Elle porte une signature claire : celle d’une stratégie d’effacement. Détruire ce lieu, ce n’est pas seulement brûler un bâtiment. C’est annihiler un carrefour de mémoire, une scène de dialogue entre les peuples, un lieu où les récits se tissaient et les générations se croisaient. Comme l’ont fait Daech en Irak et en Syrie, les Talibans en Afghanistan ou les milices extrémistes en Bosnie, Viv Ansanm vise à éradiquer les fondements culturels pour mieux asseoir sa domination sur un peuple désorienté, privé de repères, condamné au silence.
L’histoire nous enseigne que les groupes qui s’attaquent aux lieux de mémoire et de savoir ne le font jamais par hasard. À Palmyre, l’État islamique a dynamité des temples plurimillénaires pour effacer toute trace d’une civilisation qu’il jugeait incompatible avec son projet totalitaire. À Mossoul, les manuscrits anciens ont été brûlés dans les bibliothèques publiques sous prétexte d’épuration idéologique. À Mostar, en ex-Yougoslavie, le vieux pont détruit pendant la guerre avait pour but de briser symboliquement l’unité entre les communautés. Aujourd’hui, en Haïti, le même scénario se répète. Chaque école incendiée, chaque église profanée, chaque station de radio saccagée, chaque pharmacie pillée, s’inscrit dans un plan de démolition sociale. Il s’agit de priver les citoyens de leurs droits fondamentaux : le droit à l’instruction, à la santé, à la spiritualité, à la vérité.
Le chef de Viv Ansanm, Jimmy “Barbecue” Chérizier, ne cache plus ses intentions. Il a annoncé publiquement l’intensification de sa « guerre contre la population haïtienne ». Cette déclaration glaçante confirme que la violence n’est pas un outil ponctuel de négociation mais bien le cœur d’un projet politique assumé. L’objectif n’est pas simplement d’occuper militairement des quartiers ou de faire pression sur les autorités : il s’agit de reconstruire, sur les ruines de la République, un nouveau pouvoir fondé sur la peur, la soumission et l’amnésie collective. Le discours politique que prétend porter Viv Ansanm n’est qu’un masque. Il dissimule une entreprise mafieuse d’annihilation des institutions, de captation du pouvoir par les armes, et d’appropriation illégitime des ressources nationales.
Ce qui rend la situation encore plus alarmante, c’est l’alliance de fait entre Viv Ansanm et certains secteurs politiques, économiques et même religieux. Ces complicités tacites ou assumées nourrissent un climat d’impunité dans lequel les crimes les plus odieux ne suscitent ni condamnation formelle, ni action concrète. Il devient impératif de briser ce silence complice. Toute organisation ou personnalité publique qui entretient des liens avec Viv Ansanm ou justifie ses exactions doit être exposée, dénoncée, sanctionnée. L’État haïtien ne peut prétendre à aucune forme de restauration s’il négocie avec ceux qui le détruisent. La communauté internationale, elle aussi, ne peut rester figée dans une posture de neutralité diplomatique pendant que l’héritage d’un peuple est consumé sous ses yeux.
L’attaque contre l’Oloffson a une portée hautement symbolique. Ce lieu était plus qu’un hôtel. Il était un point de convergence entre la mémoire et le futur, un refuge pour les artistes, les penseurs, les rêveurs et les bâtisseurs d’Haïti. Sa destruction envoie un message clair : dans la vision du monde que promeut Viv Ansanm, il n’y a pas de place pour la culture, le dialogue, la beauté, ni pour les valeurs qui fondent une société libre. En ce sens, la lutte contre cette organisation n’est pas qu’une affaire de sécurité : c’est une lutte pour la survie même de l’idée d’Haïti.
Il est encore temps de résister. De s’indigner. De protéger ce qui peut l’être encore. De rebâtir ce qui a été détruit. Mais cela exige une clarté morale et politique. Il faut cesser d’hésiter à nommer les choses : Viv Ansanm est une organisation terroriste. Ses actes, ses méthodes, son idéologie et ses cibles en témoignent. La République ne peut se reconstruire qu’en rejetant catégoriquement toute forme de pacte avec ceux qui la sabotent. Protéger les écoles, les hôpitaux, les églises, les bibliothèques, les archives, ce n’est pas accessoire : c’est la condition de possibilité d’un avenir collectif.
L’incendie de l’hôtel Oloffson ne doit pas être stérile. Au contraire, il doit nous rappeler que la mémoire est une arme de résistance. La mémoire d’un peuple est sa première ligne de défense. Ceux qui brûlent ses livres, ses lieux de culte, ses musées, ses écoles et ses hôpitaux, ne sont pas des acteurs politiques : ce sont des ennemis de la civilisation. Viv Ansanm n’est pas un mouvement social, c’est une organisation terroriste. Le reconnaître, c’est poser les premiers jalons de la reconstruction nationale. Et affirmer haut et fort que l’Haïti que nous voulons bâtir ne peut s’édifier sur les ruines de son patrimoine et les cadavres de sa jeunesse.
Qu’il soit clair, en défendant la culture, la foi et le savoir, c’est la dignité de tout un peuple que nous protégeons.

