L’époque où Caligula et Duvalier gouvernent par notifications…

Le drapeau haitien...

Par Evens Dubois,

  NEW-YORK, mardi 24 février 2026 (RHINEWS)- Une explication simple pour comprendre l’atmosphère dans cet Occident chrétien civilisé.

Il arrive que le monde change sans faire de bruit. Pas avec des révolutions, pas avec des coups d’État, mais avec des gestes minuscules. Aujourd’hui, ce geste, c’est la vibration d’un téléphone. Une notification. Un message court. Une phrase qui apparaît sur un écran et qui, parfois, suffit à faire bouger l’opinion, les marchés, ou même les peurs.

Pour comprendre cette nouvelle manière d’exercer le pouvoir, on peut imaginer deux personnages historiques comme des symboles : Caligula et François Duvalier. Pas pour parler du passé, mais pour éclairer le présent.

Caligula : le pouvoir impulsif. Caligula était un empereur romain connu pour ses décisions soudaines et imprévisibles. Dans notre histoire imagée, il représente le pouvoir qui réagit trop vite, le pouvoir qui décide dans l’instant, le pouvoir qui agit avant de réfléchir. S’il vivait aujourd’hui, il gouvernerait peut-être par notifications : un message brusque, un ton agressif, et tout le monde serait secoué. Son style, c’est l’éclair. Le choc. L’impulsion.

Duvalier : le pouvoir qui fait peur en silence. François Duvalier, lui, représente une autre forme d’autorité. Dans l’histoire d’Haïti, son nom reste associé à une atmosphère de peur diffuse, à des lieux comme Fort Dimanche, surnommé Fort-la-Mort, où les opposants étaient enfermés et disparaissaient dans le silence. Dans notre récit symbolique, Duvalier incarne le pouvoir qui n’a pas besoin de crier, le pouvoir qui pèse, qui surveille, qui fait peur sans se montrer. Son style, c’est la nuit. La rumeur. Le non-dit.

Pourquoi parler d’eux aujourd’hui ?

Le pouvoir moderne mélange souvent des attitudes qui semblent opposées : il peut être rapide et impulsif, comme Caligula, réagissant dans l’instant sans recul ; il peut aussi être silencieux et pesant, comme Duvalier, installant une atmosphère de contrôle sans jamais se montrer directement. Parfois très visible, parfois totalement invisible, il secoue d’abord, puis étouffe ensuite, comme si deux forces contraires cohabitaient dans la même main.

Et ce mélange passe aujourd’hui par des écrans : des messages courts, des notifications, des réactions en chaîne qui transforment chaque impulsion en événement et chaque silence en menace diffuse. C’est cette alternance de vitesse et de lourdeur, de bruit et d’ombre, qui définit l’atmosphère politique de notre époque.

Le citoyen dans tout ça ?

Dans cet Occident chrétien civilisé où tout va trop vite, le citoyen n’a plus vraiment le temps de comprendre ce qui lui arrive. Les informations tombent sans pause, comme une pluie continue. Il réagit plus qu’il ne réfléchit, entraîné par le rythme imposé par les notifications. Le danger, ce n’est pas un tyran en particulier : c’est l’atmosphère elle-même, ce mélange de vitesse, de peur et de confusion qui brouille les repères, rend floues les priorités et finit par empêcher de distinguer ce qui est vrai, ce qui est important et ce qui est réellement grave.

Dans cet Occident chrétien civilisé qui se croit encore maître de ses institutions, la démocratie glisse doucement vers une caricature. Le citoyen vote, mais souvent comme un simple faire-valoir, car les décisions essentielles semblent déjà prises ailleurs, sans égard pour ceux qu’elles concernent. Le Parlement, lui, ressemble de plus en plus à une chambre d’enregistrement où l’on valide ce qui a été décidé en amont, loin du regard public.

Dans cette atmosphère, Caligula et Duvalier ne sont plus des personnes, mais des symboles : des styles de pouvoir qui reviennent lorsque les sociétés sont fatiguées. Ce texte ne parle pas de figures actuelles, mais d’ambiances, de mécanismes, de réflexes. Et de la manière dont le pouvoir, parfois, change de forme sans que nous nous en rendions compte, jusqu’à ce que la démocratie elle-même ne soit plus qu’une ombre de ce qu’elle prétend être.

Toute ressemblance avec des figures d’aujourd’hui est, bien sûr, purement fortuite.