L’Amérique expulse et abandonne : “quand les États-Unis jettent les Haïtiens dans un chaos qu’ils ont contribué à créer”…

Maison Blanche, siège de la présidence américaine

MIAMI, mercredi 2 juillet 2025 (RHINEWS)-La décision prise par l’administration Trump de mettre fin, d’ici au 2 septembre 2025, au Statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants haïtiens vivant légalement aux États-Unis marque non seulement un tournant inhumain dans la politique migratoire américaine, mais aussi une hypocrisie géopolitique flagrante. Car ce que l’on présente comme un choix administratif banal est, en réalité, un acte de violence institutionnalisée envers des femmes, des hommes et des enfants qui fuient une guerre que les États-Unis, directement ou indirectement, ont contribué à alimenter.

Le constat est connu et documenté : Haïti est aujourd’hui un État en ruines. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le pays s’est effondré dans une anarchie meurtrière. Les gangs ont pris le contrôle de la capitale, l’État est absent, les écoles et les hôpitaux sont devenus des cibles ou des refuges, et la population tente de survivre dans un climat de peur permanente. Cette situation n’est pas le fruit du hasard ni uniquement d’une « instabilité chronique » que d’aucuns se plaisent à évoquer. Elle est en grande partie le produit d’une politique étrangère américaine cynique et erratique, qui a longtemps soutenu — voire installé — des régimes impopulaires, corrompus ou autoritaires, dès lors qu’ils servaient ses intérêts géostratégiques.

Les États-Unis, en se présentant comme arbitres de la démocratie et du droit, ont souvent fermé les yeux — ou tendu la main — à des gouvernements haïtiens impopulaires, au mépris des aspirations de la population. Washington a soutenu ou toléré des présidents qui ont affaibli les institutions, privé la population des services de base essentiels entre autres. Pendant ce temps, les gangs se sont armés, et ces armes — les Nations unies et de nombreux experts le confirment — proviennent très majoritairement du territoire américain. Des fusils automatiques, des munitions, des équipements de guerre sortent régulièrement des ports de Floride ou de Géorgie, dans un trafic que les autorités américaines n’ont jamais sérieusement interrompu. Et ce sont précisément ces armes qui sèment aujourd’hui la terreur dans les rues de Port-au-Prince.

Dans ce contexte, renvoyer de force des Haïtiens dans un pays que le Département d’État américain lui-même considère comme trop dangereux pour ses propres citoyens relève non seulement de l’absurde, mais d’un cynisme destructeur. La justification donnée par le Département de la Sécurité intérieure (DHS) — une prétendue amélioration des conditions environnementales — sonne comme une insulte. Aucun rapport sérieux, aucun observateur indépendant ne corrobore cette affirmation. En revanche, les chiffres sont là : plus de 8 000 assassinats en un an, 1,3 million de sans-abris, 1,7 million de déplacés internes, et un système de santé inexistant. Ceux qui dénoncent cette décision ne le font pas au nom de l’idéologie : ils le font au nom de la raison et de la vérité.

L’histoire retiendra que, dans un moment critique, les États-Unis ont choisi de tourner le dos à une communauté qu’ils avaient contribué à déraciner. Il ne s’agit pas d’une crise migratoire. Il s’agit d’un test moral. Peut-on encore se dire nation de valeurs, tout en condamnant 500 000 personnes à l’exil forcé vers une zone de guerre ? Peut-on prétendre défendre la démocratie, tout en expédiant des familles dans un pays que l’on a contribué à déstabiliser, à armer, à appauvrir ? Peut-on prétendre à la souveraineté de la loi tout en violant celle de la justice ?

Les témoignages poignants de ceux qui risquent l’expulsion — travailleurs établis, étudiants, parents, bénévoles — rappellent que le TPS n’est pas un privilège : c’est une mesure de survie. Et en l’abolissant sans fondement, l’administration Trump ne se contente pas de fragiliser des vies. Elle abdique toute responsabilité morale dans un désastre auquel elle a contribué.

Bien qu’un juge fédéral à New York ait suspendu la décision de l’administration Trump visant à abréger l’extension du Temporary Protected Status (TPS) accordée aux ressortissants haïtiens vivant aux États-Unis, l’affaire n’est pas reglee. La décision rendue vendredi par le juge Brian Cogan, du tribunal de district de Brooklyn, maintient provisoirement en vigueur la prolongation de cette protection décidée en 2024 sous l’administration Biden, qui bénéficie à plus de 500 000 Haïtiens

Le monde regarde. L’histoire jugera. Mais pour les Haïtiens menacés d’être jetés dans le gouffre, le temps presse. Il reste quelques semaines pour choisir entre l’infamie ou la solidarité.