Les accusations de Jimmy “Barbecue” Cherizier contre Jean-Charles Moïse et Claude Joseph révèlent l’ampleur des connivences entre politiciens et chefs de gangs. Derrière ces révélations, c’est tout un système de compromission qui apparaît au grand jour : des alliances mafieuses qui instrumentalisent la terreur pour conquérir ou conserver le pouvoir, au prix de la destruction des institutions, de l’exode massif de la population et du sacrifice de la démocratie haïtienne…
MIAMI, dimanche 21 septembre 2025 (RHINEWS) – Les révélations de Jimmy Cherizier, alias “Barbecue”, ne doivent tromper personne. Le chef de l’organisation terroriste “Viv Ansanm”, inculpé aux États-Unis, recherché avec une prime de cinq millions de dollars et responsable de massacres à répétition, prétend aujourd’hui dénoncer la duplicité de Jean-Charles Moïse et de Claude Joseph, tous deux dirigeants de partis politiques. Mais ce qu’il met en évidence, consciemment ou non, c’est un système entier où criminels et dirigeants politiques marchent main dans la main, jusqu’à se trahir mutuellement après s’être servis l’un de l’autre. Derrière cette mascarade, il n’y a pas de héros. Barbecue et ces politiciens appartiennent à la même logique de compromission, de cynisme et de destruction qui défigure la vie nationale.
Selon ses propos contenus dans une vidéo rendu publique le 17 septembre 2025 sur les réseaux sociaux, Jean-Charles Moïse aurait scellé avec Viv Ansanm une entente diabolique : incendier le pays, multiplier les massacres, répandre le chaos pour renverser Ariel Henry, puis récolter les fruits du pouvoir en promettant l’amnistie aux criminels. Cette stratégie correspond tragiquement au discours public de Moïse, qui appelait à “tout détruire pour reconstruire”. Les gangs n’auraient pas reçu d’argent, mais une promesse plus dangereuse encore : la légitimation politique et la protection judiciaire. Dans les faits, les hommes de Barbecue ont brûlé des écoles, des hôpitaux, des bibliothèques, des lieux de culte, des tribunaux et des institutions bancaires. Ils ont massacré, pillé, déplacé des centaines de milliers de citoyens. Et tout cela, si l’on en croit ces aveux, ne serait pas seulement un crime, mais un calcul politique froidement pensé.
Claude Joseph, de son côté, n’est pas épargné. Barbecue affirme qu’après l’assassinat de Jovenel Moïse, vingt millions de gourdes auraient été remis au G-9 devenu Viv Ansanm pour empêcher la colère populaire de s’exprimer. Le rôle du gang aurait été de protéger par la terreur le pouvoir provisoire de Joseph. Aujourd’hui, ce dernier se présente comme celui qui a poussé à la désignation de Viv Ansanm comme organisation terroriste internationale. Barbecue crie à la trahison, mais le problème est ailleurs : que des responsables politiques aient eu recours à des criminels armés pour consolider leur autorité, puis se retournent contre eux lorsque cela devient opportun, révèle une duplicité qui devrait disqualifier à jamais ces prétendus dirigeants.
Mais attention : Barbecue n’est pas plus crédible que ceux qu’il accuse. En affirmant taire les noms de politiciens qui “respectent encore leurs engagements”, il s’érige en maître-chanteur, gardien d’un savoir empoisonné qui lui donne un levier de négociation. Ses “révélations” ne sont pas une quête de vérité, mais un instrument de survie. Elles visent à rappeler aux élites qu’il peut encore les exposer, et à semer le doute dans l’opinion. Ce criminel sanguinaire ne parle pas au nom du peuple ; il parle au nom de ses intérêts, tout comme les politiciens qu’il accuse. Tous appartiennent à la même mécanique de compromission où la violence devient monnaie d’échange, et où le peuple n’est que victime et spectateur.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la banalisation du mal. Que Barbecue dise vrai ou mente, la simple plausibilité de ses accusations suffit à montrer à quel point la classe politique est décriée. Comment peut-on en arriver à trouver crédible l’idée qu’un dirigeant politique s’allie à des criminels armés pour prendre le pouvoir ou s’y maintenir? Cela démontre que les Haïtiens n’ont plus confiance en leurs élites, et que la frontière entre la politique et le banditisme s’est effondrée. En vérité, il n’y a plus de frontière. Les gangs sont devenus des acteurs politiques de fait, et les politiciens se comportent en parrains mafieux. Les uns comme les autres détruisent la société, pillent les ressources et piétinent la dignité nationale.
Les conséquences sont dramatiques. Les institutions sont anéanties, la justice paralysée, la démocratie rendue impossible. Comment organiser des élections crédibles dans un pays où les votes se négocient avec des fusils ? Comment parler de souveraineté quand l’État dépend de pactes occultes entre criminels et politiciens ? Loin de préparer l’avenir, ces alliances préparent seulement la faillite totale. Elles condamnent la jeunesse à l’exil, plongent les quartiers dans le désespoir et livrent le pays à l’emprise des armes. Le peuple est sacrifié sur l’autel d’ambitions personnelles qui ne connaissent aucune limite morale.
Barbecue accuse Jean-Charles Moïse et Claude Joseph de trahison. Mais la vérité, si ses propos sont fondés, c’est qu’ils se sont trahis les uns les autres parce qu’on pourrait considérer qu’ils sont faits de la même matière : celle de la duplicité et du mépris pour la vie humaine. Ce ne seraient pas des rivaux idéologiques, ce seraient des partenaires de circonstance dans une entreprise commune de destruction. L’un utilise la terreur pour exister politiquement, les autres utilisent les criminels pour asseoir leur pouvoir. Tous, sans exception, participent à la même tragédie.
Haïti est aujourd’hui face à un choix historique décisif. Continuer à tolérer ce cercle vicieux, c’est accepter que le crime organisé soit la matrice du pouvoir et que les politiciens ne soient que ses complices en costume. Rompre avec cette logique exige plus que des déclarations : il faut des enquêtes sérieuses, impartiales, internationales s’il le faut, qui mettent à nu les liens entre partis et gangs. Il faut des procès exemplaires qui démontrent que la politique n’est pas au-dessus de la loi, pas plus que les criminels armés. Tant que cette rupture ne sera pas opérée, Haïti restera prisonnière de ses trahisons, et le peuple continuera de payer le prix fort du cynisme conjugué des politiciens et des mafias.
Notre éditorial n’offre pas de consolation, seulement une vérité brutale : le pays est pris en otage par des alliances contre nature. Barbecue et les politiciens qu’il accuse et ceux don’t il tait les noms momentanément ne sont que deux faces d’une même pièce, celle du mépris absolu pour la vie, la justice et la démocratie. Tant que cette pièce continuera de circuler, Haïti restera condamné à tourner en rond dans l’enfer des trahisons et des ruines.
Il convient de souligner que, si Jean-Charles Moïse ne s’est jamais démarqué ni prononcé contre les gangs et leurs exactions, Claude Joseph, pour sa part, a toujours nié toute forme de connivence avec les groupes armés.

