Washington annonce son retrait une nouvelle fois de l’Unesco…

Audrey Azoulay, directrice generale de l'UNESCO...

PARIS, mardi 22 juillet 2025 (RHINEWS)– La directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, a exprimé mardi son profond regret après l’annonce du retrait des États-Unis de l’agence onusienne d’ici à la fin décembre 2026. Cette décision, bien que redoutée depuis plusieurs mois, a été officiellement confirmée par l’administration du président Donald Trump, marquant une nouvelle rupture dans les relations entre Washington et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

Dans un communiqué publié depuis le siège parisien de l’organisation, Mme Azoulay a rappelé que l’Unesco s’était préparée à cette éventualité. Réformée, stabilisée, et portée par un fort engagement de ses membres, l’agence affirme continuer à œuvrer avec détermination. « L’Unesco s’y est préparée », a-t-elle déclaré, ajoutant que l’organisation maintenait « résolument le cap » malgré ce désengagement.

Ce retrait des États-Unis n’est pas une première. Déjà en 1984, sous Ronald Reagan, puis en 2017, sous la première présidence de Donald Trump, Washington avait quitté l’organisation, invoquant des désaccords politiques, notamment autour des positions de l’Unesco sur le conflit israélo-palestinien. Cette récidive est perçue à Paris comme une remise en cause des fondements mêmes du multilatéralisme. « Cette décision est contraire aux principes fondamentaux du multilatéralisme », a déploré Audrey Azoulay.

La directrice générale a souligné les répercussions concrètes que pourrait avoir cette décision, notamment pour les partenaires américains de l’Unesco : municipalités, universités et institutions culturelles souhaitant inscrire leurs sites au Patrimoine mondial ou intégrer les réseaux internationaux portés par l’agence. Toutefois, elle a rappelé que la dépendance budgétaire à l’égard des États-Unis s’était considérablement réduite : de près de 40 % dans certaines structures il y a une décennie, la part américaine au budget global ne représente plus aujourd’hui qu’environ 8 %.

En parallèle, l’Unesco a vu ses ressources croître, soutenue par l’implication renforcée de ses États membres et par une nette augmentation des contributions volontaires, lesquelles ont doublé depuis 2018. Loin d’être fragilisée par les précédents retraits américains, l’organisation a élargi son action. « Malgré la première annonce de départ du Président Donald Trump en 2017, l’Unesco a redoublé d’efforts pour se déployer partout où ses missions pouvaient apporter une contribution à la paix », a affirmé sa dirigeante.

Ces dernières années, l’agence s’est illustrée dans de nombreux domaines : reconstruction de la vieille ville de Mossoul en Irak, élaboration du premier cadre mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle, interventions éducatives en Ukraine, au Yémen et au Liban, protection de la biodiversité ou encore promotion de l’éducation des filles. Sur le plan mémoriel, notamment en ce qui concerne la Shoah et la lutte contre l’antisémitisme, sujet particulièrement sensible aux yeux de Washington, l’Unesco a été saluée pour son engagement constant. Elle est « l’unique responsable sur ces enjeux au sein du système des Nations Unies », a rappelé Mme Azoulay, précisant que son travail avait été « unanimement salué » par le Musée mémorial de l’Holocauste à Washington, le Congrès juif mondial et l’American Jewish Committee.

L’organisation a notamment accompagné 85 pays dans la formation d’enseignants et la lutte contre les discours de haine et le négationnisme. Face à ce nouveau retrait, la direction de l’Unesco affirme ne pas céder à l’inquiétude. Aucun licenciement n’est prévu, les projets se poursuivent, et le dialogue avec les États-Unis reste ouvert. « L’Unesco a vocation à accueillir toutes les nations du monde et les États-Unis y sont et resteront les bienvenus », a insisté Audrey Azoulay.

La coopération se poursuivra avec les nombreux partenaires américains du secteur privé, académique et associatif, et les échanges resteront ouverts avec l’administration Trump ainsi qu’avec le Congrès. Pour l’agence fondée en 1945, l’enjeu est désormais de démontrer plus que jamais sa pertinence. « Les raisons invoquées par les États-Unis sont les mêmes qu’il y a sept ans », a noté Mme Azoulay, tout en affirmant que « la situation a profondément changé » et que « l’Unesco représente aujourd’hui un rare lieu de consensus pour un multilatéralisme concret et dans l’action ».

Ce nouveau départ américain ne remet donc pas en cause la trajectoire de l’institution, qui entend poursuivre sa mission au service de la paix, du savoir et de la solidarité entre les peuples.