WASHINGTON, lundi 2 février 2026 (RHINEWS)- Un juge fédéral américain a temporairement bloqué, lundi, la décision de l’administration Trump de mettre fin au statut de protection temporaire (Temporary Protected Status, TPS) accordé aux ressortissants haïtiens, à la veille de l’expiration prévue de ces protections.
Par une ordonnance rendue par la juge du district fédéral Ana Reyes, la fin du TPS, qui devait intervenir mardi et concerne environ 330.000 Haïtiens autorisés à vivre et travailler légalement aux États-Unis, est suspendue pendant la durée de la procédure judiciaire.
Dans une décision de 83 pages, la magistrate a estimé que les éléments du dossier « suggèrent fortement » que la décision de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, était motivée par une « animosité raciale » et non par une évaluation objective des conditions de sécurité en Haïti, pays en proie à une violence armée généralisée liée aux gangs.
« Kristi Noem a, au titre du premier amendement, le droit de qualifier les immigrés de tueurs, de sangsues, d’assistés ou de tout autre nom inapproprié », a écrit la juge Reyes. « Mais la secrétaire Noem est tenue, par la Constitution et par la loi sur la procédure administrative, d’appliquer loyalement les faits au droit dans la mise en œuvre du programme TPS. Le dossier à ce stade montre qu’elle ne l’a pas fait. »
Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a indiqué qu’il envisageait de faire appel de cette décision. L’action en justice a été engagée par cinq bénéficiaires haïtiens du TPS — un neuroscientifique, un ingénieur en informatique, un assistant de laboratoire, un étudiant et une infirmière diplômée — dont certains vivent aux États-Unis depuis l’enfance et n’ont plus de liens avec Haïti.
En attendant l’issue du contentieux, les ressortissants haïtiens concernés conserveront leur statut de protection temporaire.
Cette décision constitue un nouveau revers judiciaire pour l’administration Trump dans sa tentative de retirer le statut légal à des centaines de milliers d’Haïtiens. La semaine précédente, une formation de la cour d’appel du 9e circuit avait jugé que Kristi Noem ne disposait pas de l’autorité nécessaire pour annuler la prolongation du TPS décidée en 2024 par l’administration Biden, sans toutefois accorder de protection immédiate aux migrants concernés. En juillet dernier, un autre juge fédéral à New York avait déjà annulé une tentative visant à mettre fin de manière anticipée au TPS.
En novembre, la secrétaire à la Sécurité intérieure avait annoncé que le TPS pour Haïti ne serait pas prolongé au-delà du 3 février, affirmant que les conditions dans le pays n’étaient pas déterminantes. « Même si le département concluait à l’existence de conditions extraordinaires et temporaires empêchant un retour en toute sécurité, la résiliation du TPS pour Haïti serait néanmoins requise, car contraire à l’intérêt national des États-Unis », indiquait alors l’avis officiel.
Le TPS est un dispositif accordé aux ressortissants de pays confrontés à des catastrophes naturelles, des conflits armés ou des crises humanitaires majeures. Avant le second mandat du président Donald Trump, le DHS avait prolongé à près d’une douzaine de reprises le TPS pour Haïti, instauré initialement après le séisme dévastateur de 2010.
La situation sécuritaire s’est fortement détériorée depuis l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse en 2021, les gangs armés contrôlant aujourd’hui une grande partie de la capitale, Port-au-Prince.
Dans son analyse, la juge Reyes a également pris en compte des propos tenus par Donald Trump à l’égard d’Haïti et des Haïtiens, notamment des accusations infondées lancées durant la campagne électorale et des déclarations controversées passées. « À son crédit, le gouvernement ne défend pas les propos désobligeants du président Trump », a-t-elle écrit. « Personne de rationnel ne le pourrait. »
Avant la décision judiciaire, plusieurs élus démocrates avaient signé une pétition parlementaire visant à forcer un vote au Congrès en faveur de la prolongation du TPS pour les Haïtiens.
Depuis son entrée en fonctions, Kristi Noem a mis fin au TPS pour dix autres pays, dont l’Afghanistan, le Myanmar, le Honduras, le Népal, le Nicaragua, le Soudan du Sud, la Syrie et le Venezuela. Les tribunaux ont rétabli la protection pour plusieurs de ces nationalités, mais la Cour suprême a validé l’an dernier, par une décision prise en urgence, la fin du TPS pour les ressortissants vénézuéliens.

