Sanctions contre l’Iran : affrontement diplomatique entre grandes puissances au Conseil de sécurité de l’ONU…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW YORK, jeudi 12 mars 2026 (RHINEWS)- Une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée au rétablissement des sanctions internationales contre Iran s’est transformée jeudi en affrontement diplomatique et juridique entre les grandes puissances, révélant de profondes divisions sur la gestion du programme nucléaire iranien dans un contexte de tensions militaires croissantes au Moyen-Orient.

À peine la séance ouverte, la légitimité même de la réunion a été contestée. L’ambassadeur de Russie auprès de l’ONU, Vassily Nebenzia, a affirmé que les résolutions relatives aux sanctions contre l’Iran « ne sont plus en vigueur depuis 2015 », estimant que la séance « n’a pas de fondement » juridique et ne devrait donc pas se tenir. La position de Moscou a été soutenue par la Chine, qui a dénoncé une réactivation « frauduleuse » des sanctions par les puissances européennes.

La France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont au contraire défendu la légalité du processus, estimant que les sanctions ont été rétablies après les violations répétées par Téhéran de ses engagements nucléaires. Un vote procédural a finalement permis de trancher la question : onze membres du Conseil ont soutenu la tenue de la réunion, deux s’y sont opposés et deux se sont abstenus.

Au centre des débats se trouve le mécanisme dit de « snapback », prévu par l’accord nucléaire conclu en juillet 2015 à Vienne, officiellement appelé Plan d’action global commun. Ce dispositif permet à un État signataire de rétablir automatiquement les sanctions internationales si l’Iran viole ses engagements. À la demande de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni — le groupe E3 — ces sanctions ont été réactivées fin septembre 2025 après l’effondrement progressif de l’accord. Les mesures comprennent notamment un embargo sur les armes liées à l’Iran et des restrictions sur ses activités d’enrichissement et de retraitement d’uranium.

Pour Londres, la responsabilité de cette situation incombe à Téhéran. L’ambassadeur britannique James Kariuki a accusé la République islamique de refuser de répondre aux inquiétudes internationales et de ne pas coopérer pleinement avec Agence internationale de l’énergie atomique, chargée de vérifier le caractère civil du programme nucléaire iranien. Selon lui, l’Iran n’a pas été en mesure d’expliquer la nécessité de disposer de plus de 400 kilogrammes d’uranium enrichi.

Les États-Unis, qui assurent la présidence tournante du Conseil en mars, ont appelé à une application stricte des sanctions. L’ambassadeur américain Michael Waltz a déclaré que « l’on ne doit pas laisser l’Iran continuer à tenir le monde en otage », exhortant également à exercer des pressions sur la Russie et la Chine, accusées de bloquer la mise en place du comité chargé de superviser ces mesures.

Moscou conteste toutefois cette interprétation. Selon Vassily Nebenzia, le mécanisme de « snapback » n’a jamais été activé de manière valide. Il a rappelé que l’accord nucléaire avait été fragilisé dès le retrait unilatéral de Washington en 2018, lors du premier mandat du président Donald Trump. Dans ces conditions, a-t-il soutenu, les Européens ne pouvaient pas recourir aux instruments d’un accord dont les fondements auraient déjà été compromis.

La querelle renvoie à l’histoire mouvementée de l’accord de 2015. Après le retrait américain, l’Iran a progressivement cessé de respecter certaines de ses obligations à partir de 2019, tandis que l’Agence internationale de l’énergie atomique voyait se réduire son accès à plusieurs installations sensibles.

La crise s’est aggravée durant l’été 2025 lorsque l’agence onusienne a signalé l’ampleur des stocks d’uranium enrichi à 60 %, un niveau proche de celui requis pour fabriquer une arme nucléaire, tout en reconnaissant avoir « perdu la continuité de sa connaissance » du programme iranien.

Dans ce contexte déjà tendu, les tensions se sont déplacées vers le terrain militaire. Le 28 février, Israël et les États-Unis ont lancé une offensive contre plusieurs sites iraniens, déclenchant des représailles de Téhéran contre des pays du Golfe et du Moyen-Orient alliés de Washington.

La veille de la réunion de jeudi, le Conseil de sécurité a adopté une résolution condamnant ces attaques iraniennes. La Russie, partenaire stratégique de l’Iran, s’est abstenue lors du vote, jugeant le texte « déséquilibré » et reprochant au Conseil d’ignorer les frappes israélo-américaines qu’elle considère comme l’élément déclencheur des représailles.

Au cours de la séance, le représentant permanent de la France auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, a estimé que « l’Iran poursuit des activités nucléaires en violation de ses obligations internationales et refuse de reprendre toute coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique ». Il a évoqué une situation « catastrophique pour la région et pour le monde », soulignant que Téhéran disposerait d’environ 400 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %.

Selon le diplomate français, « le rétablissement des sanctions n’est pas une fin en soi mais un moyen pacifique de faire cesser les activités déstabilisatrices de l’Iran », appelant le pays à reprendre des négociations sérieuses.

La représentante du Danemark, Christina Markus Lassen, a pour sa part déclaré que « l’Iran ne doit pas être autorisé à développer, mettre au point ou acquérir l’arme nucléaire », tout en appelant toutes les parties à respecter les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

La réunion a finalement illustré l’ampleur des divisions au sein du Conseil de sécurité. Derrière le débat sur la validité juridique du retour des sanctions se profile une fracture plus large entre puissances sur la manière de contenir le programme nucléaire iranien, désormais imbriqué dans une confrontation militaire régionale.