PORT-AU-PRINCE, lundi 8 décembre 2025 (RHINEWS)- L’Unité. de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a rendu public un rapport d’enquête portant sur les déclarations de patrimoine de l’ancien président haïtien Michel Joseph Martelly et de son épouse Sophia Saint-Rémy Martelly, couvrant la période de son mandat du 14 mai 2011 au 7 février 2016. Le rapport, commandité suite à une demande de l’organisation de la société civile Ensemble Contre la Corruption (ECC), met en lumière des irrégularités, omissions et incohérences dans les déclarations d’entrée et de sortie de fonction de l’ancien chef d’État.
Selon le rapport, les déclarations de patrimoine d’entrée et de sortie de Michel Joseph Martelly sont “tardives et irrégulières”. La déclaration d’entrée, authentifiée le 1er juillet 2011, soit près de trente jours après le délai légal, présente une date raturée et difficilement lisible. La déclaration de sortie de fonction, produite le 30 janvier 2018, a été déposée près de deux ans après la fin du mandat, le 7 février 2016. La Commission d’enquête note également que ces déclarations sont “incomplètes et fausses”.
À titre d’exemple, la déclaration d’entrée mentionne quatre dépôts à terme en dollars américains à la Capital Bank, pour un montant total de 130 407,33 USD, et quatre comptes bancaires supplémentaires, dont un en gourdes, pour un solde global de 37 548,53 USD et 98 194,31 HTG. S’agissant des dettes, Michel Joseph Martelly a déclaré un prêt hypothécaire à la Unibank de 5 280,61 USD avec échéance en 2018, et une ligne de crédit à la Unicarte de 1 500 USD par mois.
L’ULCC souligne que la vérification des relevés bancaires de la Capital Bank, de la Banque Nationale de Crédit (BNC), de la Sogebank et de la Unibank révèle 20 comptes et une carte de crédit supplémentaires non déclarés, y compris des comptes liés à sa campagne électorale et à la Fondation Rose et Blanc. Le rapport précise que certains comptes déclarés à l’entrée de fonction n’ont pas été retrouvés, tandis qu’un prêt bancaire contracté par Sophia Saint-Rémy Martelly pour 39 921,69 USD en 2007 n’a pas été mentionné dans la déclaration d’entrée.
À la sortie de fonction, Michel Joseph Martelly a déclaré deux dépôts à terme à la Unibank pour un total de 386 866,37 USD et six comptes bancaires à la Capital Bank pour 175 372,97 USD et 5 226 577,25 HTG. La Commission d’enquête relève néanmoins 17 comptes actifs et trois cartes de crédit supplémentaires, avec des écarts substantiels entre la situation réelle et les informations déclarées.
Le rapport met également en évidence des incohérences sur les revenus déclarés. À l’entrée de fonction, Martelly indiquait un revenu artistique annuel de 100 000 USD et un revenu familial consolidé de 529 000 USD, dont 348 000 USD attribués à son épouse, Sophia Saint-Rémy Martelly, dont les revenus publics perçus du Trésor Public pour un total de 10 763 588,64 HTG n’ont pas été déclarés. À la sortie de fonction, le total des revenus familiaux déclarés atteint 718 049,29 USD, dont 370 400 USD provenant d’activités artistiques et de conférences, sans pièces justificatives.
Les investigations de l’ULCC sur le patrimoine immobilier montrent des anomalies dans les propriétés bâties. À l’entrée de fonction, Martelly déclarait quatre biens, dont un condominium à Miami estimé à 380 000 USD et trois propriétés en Haïti. À la sortie, six biens sont mentionnés, dont un appartement à Puits-Blain, Pétion-Ville, évalué à 1,5 million USD, acquis en 1991, mais absent de la déclaration d’entrée. La propriété à la rue Villate, acquise en 1997, a disparu sans justification, tandis que des biens acquis durant le mandat, notamment une maison à Bois-Neuf, Saint-Marc, pour 180 000 USD en 2012, n’ont pas de financement déclaré. Les véhicules à moteur, deux Toyota Land Cruiser déclarées en 2011, ont disparu de la déclaration de sortie, sans preuve de cession, et aucun véhicule n’est enregistré au nom de Michel Joseph Martelly selon l’Office Assurance Véhicule Contre Tiers (OAVCT).
Concernant la participation dans des entités économiques, aucune société n’a été déclarée à l’entrée de fonction, tandis qu’à la sortie, seuls 400 actions de M6 Consult S.A., d’une valeur totale de 2 000 000 HTG, sont mentionnées, cédées à Sophia Saint-Rémy Martelly. D’autres sociétés, telles que Global Voice Group S.A., Transcomeau S.A., et EDET S.A., existantes avant ou pendant le mandat, n’ont jamais été déclarées, selon le rapport.
La Commission d’enquête de l’ULCC recommande la mise en mouvement de l’action publique contre Michel Joseph Martelly pour fausse déclaration de patrimoine, conformément aux articles 17 de la loi du 12 février 2008 et aux articles 107, 108 et suivants du Code pénal haïtien. Le rapport souligne que les déclarations “incomplètes, fausses, incohérentes et tardives” compromettent la transparence et la moralité administrative.

