GENÈVE, mercredi 10 mars 2026 (RHINEWS)- Plus de 100 000 personnes ont été contraintes de fuir leur domicile au Liban en l’espace de vingt-quatre heures en raison de l’intensification des bombardements et des combats à la frontière israélo-libanaise, portant à près de 700 000 le nombre total de déplacés dans le pays, selon les Nations Unies.
La représentante au Liban du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, Karolina Lindholm Billing, a indiqué mardi lors d’un point de presse à Genève que « plus de 667 000 personnes au Liban se sont enregistrées sur la plateforme en ligne du gouvernement libanais en tant que déplacées », soit « une augmentation de 100 000 personnes en une seule journée ». Selon elle, ce chiffre traduit « un rythme de déplacement plus rapide » que lors de la guerre de 2024 entre Israël et le Hezbollah.
L’escalade militaire au Liban intervient dans un contexte de tensions régionales accrues depuis l’offensive lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre des installations militaires et des dépôts pétroliers en Iran, qui a provoqué une série de ripostes et une extension des affrontements dans plusieurs zones du Moyen-Orient. Au Liban, l’armée israélienne a intensifié ses frappes contre des positions du Hezbollah, mouvement armé chiite soutenu par Téhéran.
Face aux bombardements, des dizaines de milliers de personnes ont également cherché refuge à l’étranger. Depuis le 2 mars, près de 80 000 Syriens et plus de 7 700 Libanais ont traversé la frontière vers la Syrie. « Parmi eux se trouvent des réfugiés syriens qui prévoyaient de rentrer chez eux dans les mois à venir, et d’autres qui se sont précipités pour rentrer en raison de l’escalade actuelle », a expliqué Karolina Lindholm Billing, précisant que de nombreux déplacés arrivent à la frontière « en état de choc et de peur ».
Les organisations humanitaires redoutent désormais une dégradation rapide de la situation sanitaire dans les abris collectifs et les centres d’accueil. Le représentant au Liban de l’Organisation mondiale de la santé, Abdinasir Abubakar, a averti que la surpopulation dans ces sites augmente fortement les risques d’épidémies. « L’une de nos préoccupations concerne la rougeole chez les enfants, mais aussi, maintenant que nous sommes en hiver, nous pourrions voir davantage d’infections des voies respiratoires supérieures », a-t-il déclaré.
La pression sur le système de santé libanais s’accentue également. Selon les agences de l’ONU, les attaques visant les services de santé ont déjà fait 14 morts et 24 blessés parmi les ambulanciers et personnels médicaux. Au total, 56 établissements de santé ont été touchés, dont cinq hôpitaux désormais hors service et quatre partiellement endommagés.
Dans tout le pays, les infrastructures civiles sont mobilisées pour accueillir les déplacés. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies indique que 287 écoles publiques servent désormais d’abris collectifs, privant près de 90 000 enfants d’accès à l’éducation.
La situation des travailleurs migrants suscite également des inquiétudes. L’Organisation internationale pour les migrations estime qu’environ 30 000 migrants se trouvent dans des zones visées par les bombardements ou les ordres d’évacuation. Selon le bureau humanitaire de l’ONU, « les migrants abandonnés par leurs employeurs dans le sud sont aidés par des ONG et des groupes communautaires à se rendre dans des zones plus sûres », tout en soulignant que leur accès aux abris collectifs reste limité.
Au-delà du Liban, l’ONU s’inquiète de l’extension régionale de la crise. À Genève, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé l’intensification des frappes dans des zones habitées et les attaques contre les infrastructures essentielles. « Les frappes contre des infrastructures civiles vitales au Moyen-Orient, ainsi que l’élargissement géographique des frappes, accroissent encore les risques pour les populations dans toute la région, et au-delà », a-t-il déclaré.
À New York, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est entretenu mardi avec le ministre iranien des affaires étrangères, Seyed Abbas Araghchi, appelant toutes les parties « à respecter pleinement le droit international et le droit international humanitaire » et « à s’abstenir de toute attaque contre les civils et les infrastructures civiles ».
Les Nations Unies redoutent que l’augmentation rapide des déplacements de population ne soit que le premier signe d’une crise humanitaire régionale plus vaste, susceptible de s’étendre bien au-delà des frontières du Liban.

