Le CARDH met en garde contre le contrat de dix ans signé avec « Vectus Global » d’Erik Prince…

Erik Prince, Fondateur de Vectus Global...

PORT-AU-PRINCE, mardi 19 août 2025 (RHINEWS) – Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) a adressé une lettre officielle au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour exprimer de sérieuses préoccupations quant au contrat de dix ans signé entre Haïti et la firme « Vectus Global », dirigée par Erik Prince, fondateur de Blackwater. Ce contrat, révélé par Reuters le 14 août et jamais démenti par les autorités, prévoit que la société prenne part à la lutte contre les gangs et à la collecte des impôts aux postes frontaliers avec la République dominicaine.

« Aucune communication officielle n’a contredit cette information », souligne le CARDH, qui estime « important et urgent d’attirer l’attention du gouvernement et du Conseil présidentiel de transition sur certains enjeux entourant une telle démarche, afin de préserver le droit à l’autodétermination du peuple haïtien ».

Le centre rappelle qu’Erik Prince, proche de Donald Trump, traîne une réputation controversée : sa société Blackwater avait été impliquée dans le massacre de Bagdad en 2007, au cours duquel au moins 14 civils avaient été tués et 23 autres blessés. Cette affaire avait conduit au retrait du contrat de protection des diplomates américains et à un changement de nom de l’entreprise.

S’agissant du contrat haïtien, le CARDH reconnaît que le recours à « Vectus Global » pourrait constituer « un atout dans la lutte contre les gangs », mais insiste : « Ce n’est pas une solution durable contre l’insécurité. » L’organisation attribue la montée en puissance des gangs à « trois décennies de gouvernance sans vision ni stratégie », qui ont affaibli et vassalisé les institutions du pays. Depuis la démobilisation de l’armée en 1995, Haïti ne dispose que d’une police « aux moyens dérisoires », incapable de reprendre le contrôle des territoires perdus malgré le soutien limité de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS).

Le CARDH appelle à la prudence et recommande que « des mécanismes de contrôle et de supervision soient mis en place pour protéger les intérêts de l’État » et que la juridiction compétente en cas de violation du contrat soit clairement définie. Il demande également l’insertion de « clauses limitatives », compte tenu de l’absence du Parlement et de la fragilité de la souveraineté nationale.

Au-delà des enjeux sécuritaires et fiscaux, le centre insiste sur la nécessité de protéger les richesses stratégiques du pays. « La sécurisation des frontières ne doit pas se limiter à la collecte de taxes estimées à 4 millions de dollars perdus chaque année, mais s’inscrire dans une stratégie globale visant à protéger les ressources naturelles », prévient l’organisation. Elle cite notamment l’exploitation par la République dominicaine, depuis août 2024, de gisements de terres rares dans la région frontalière de Pedernales, des minerais essentiels aux technologies de pointe.

Dans sa conclusion, le directeur exécutif du CARDH, Me Gédéon Jean, souligne que le recours à une compagnie privée ne peut être acceptable que « s’il s’inscrit dans une stratégie coordonnée avec la force publique et la MMAS », et qu’il doit impérativement permettre à l’État haïtien de renforcer ses propres institutions afin d’assurer, à terme, la sécurité et la souveraineté nationale.

« Des mesures urgentes, mais surtout structurelles, s’avèrent indispensables pour remédier à la situation sécuritaire qui s’aggrave », conclut le CARDH.