PORT-AU-PRINCE, jeudi 12 juin 2025 (RHINEWS) — Pour la première fois depuis novembre dernier, un avion commercial a décollé jeudi matin de Port-au-Prince à destination de Cap-Haïtien, marquant une étape symbolique dans un pays où les bandes armées ont plongé les infrastructures essentielles dans une paralysie prolongée.
Le vol, opéré par la compagnie haïtienne Sunrise Airways, a transporté 19 passagers au départ du terminal Guy Malary, réservé aux liaisons domestiques. Une scène rare et chargée d’émotion, tant pour les voyageurs que pour le personnel au sol. « Cela fait plus d’un an que je n’avais pas quitté la capitale », confie James Jean-Charles, 41 ans, rayonnant à l’idée de retrouver ses parents à Cap-Haïtien. « On ne peut pas voyager par la route, c’est trop dangereux. Le pays est infesté de gangs. »
Depuis la fermeture brutale de l’aéroport international Toussaint Louverture en novembre 2024, après une série de tirs ayant visé un avion de la compagnie Spirit Airlines — blessant une hôtesse de l’air — les liaisons aériennes commerciales étaient totalement interrompues dans la capitale. Plusieurs compagnies, dont JetBlue, American Airlines et Spirit, avaient suspendu indéfiniment leurs opérations, forçant des milliers d’Haïtiens à renoncer à leurs déplacements, faute d’alternative sécurisée.
L’ambiance était animée jeudi matin dans l’enceinte du petit terminal domestique, où un restaurant proposait café, viande de cabri et bananes plantains aux passagers et employés. Dans le tumulte du stationnement bondé, on échangeait des devises et chargeait des valises sous la surveillance discrète d’agents de sécurité. « Je n’avais plus de revenus. Le redémarrage des vols, c’est une bouffée d’oxygène pour nous les chauffeurs », explique Marc Jean-Baptiste, conducteur de taxi stationné devant l’aérogare. « J’espère que les vols internationaux reprendront aussi, mais ce ne sera pas pour demain. »
Pour l’instant, aucune date n’est avancée pour la reprise des liaisons internationales. Les autorités aéroportuaires restent prudentes. La réouverture du terminal international en décembre 2024 n’avait pas permis la relance des opérations commerciales, en raison des risques sécuritaires jugés trop élevés autour de l’aéroport, toujours sous la menace des factions armées qui contrôlent les zones périphériques.
Le redémarrage des vols domestiques est considéré comme un modeste pas en avant dans un pays où, selon les Nations unies, les gangs armés dominent aujourd’hui plus de 85 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince. L’ONU indique également que la criminalité a atteint des sommets en 2025, avec plus de 3 400 homicides et 1 800 enlèvementsenregistrés en cinq mois, sans compter les milliers de déplacés ayant fui les violences dans l’Artibonite et une partie du Plateau Central.
Le Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) signale par ailleurs que les populations entières de quartiers autrefois accessibles — comme Tabarre, Croix-des-Bouquets ou Martissant — sont désormais isolées, tandis que les couloirs routiers vers le nord et le sud du pays sont régulièrement ciblés par des embuscades armées.
Pour Garry Jean-Pierre, technicien informatique, la reprise des vols signifie surtout une chance de sauver ses affaires. « Cela faisait un an que je n’étais pas allé à Cap-Haïtien. Par la route ? Jamais de la vie. On ne sait jamais quand les bandits décideront de tirer. »
Alors que l’État peine toujours à rétablir son autorité sur le territoire, ce vol intérieur inaugural est à la fois un symbole de résilience et un rappel du chemin qu’il reste à parcourir pour garantir le droit fondamental à la libre circulation en Haïti.

