Haïti : plus de 1.600 morts dans des violences liées aux gangs au premier trimestre 2025, selon l’ONU…

Jimmy Cherizier alias Barbecue, chef de la federation des gangs G-9 an Fanmi e Alye et porte-parole de Viv Ansanm...

PORT-AU-PRINCE, jeudi 1er mai 2025 (RHINEWS)– Au moins 1.617 personnes ont été tuées et 580 autres blessées en Haïti entre janvier et mars 2025 dans un contexte d’extrême violence alimentée par les gangs armés, des groupes d’autodéfense et les opérations des forces de sécurité, a révélé mercredi le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).

Selon ce rapport trimestriel, le pays est confronté à une recrudescence alarmante des violences, marquées également par 161 enlèvements recensés, dont près des deux tiers dans le département de l’Artibonite. Les zones de Delmas, Kenscoff, Mirebalais et Saut d’Eau ont été ciblées par des attaques d’envergure dans le but d’élargir l’emprise territoriale des groupes armés et de perturber les principales voies de communication vers la République dominicaine. L’assaut contre la prison de Mirebalais a permis l’évasion de plus de 515 détenus.

Le rapport souligne aussi la persistance des actes extrajudiciaires imputés au mouvement « Bwa Kalé », responsable de la mort d’au moins 189 personnes soupçonnées d’appartenir à des gangs. Le BINUH dénonce également le nombre préoccupant de civils tués lors d’opérations de sécurité, estimé à 802 morts, dont environ 20 % touchés par des balles perdues. Par ailleurs, 65 exécutions sommaires auraient été perpétrées par des policiers, dont certaines impliquant le commissaire du gouvernement de Miragoâne.

Sur le plan humanitaire, les violences sexuelles restent omniprésentes. Au moins 333 cas ont été documentés, dont 96 % de viols, fréquemment collectifs et attribués aux gangs. En parallèle, 35 enfants ont été tués et dix autres blessés dans les affrontements ou lors d’opérations policières, tandis que plusieurs mineurs ont été recrutés de force dans les rangs criminels.

Face à cette détérioration des droits humains, le Conseil présidentiel de transition et le gouvernement ont adopté un décret créant des pôles judiciaires spécialisés. Plus de 114 cas de viol ont été confiés à des juges d’instruction, avec l’appui des Nations Unies.

La crise s’aggrave aussi sur le plan migratoire. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 20.000 Haïtiens vulnérables ont été expulsés de la République dominicaine en avril, un record mensuel pour l’année en cours. L’OIM note une hausse alarmante du nombre de femmes enceintes et de nourrissons renvoyés à la frontière, notamment à Belladère et Ouanaminthe, où 15 mères allaitantes et 15 femmes enceintes reçoivent une assistance quotidienne depuis le 22 avril. Au total, 3.500 personnes ont été prises en charge depuis cette date.

Ces expulsions surviennent alors que plus de 51.000 personnes ont été déplacées dans le département du Centre à la suite d’affrontements entre gangs. À Belladère, isolée du reste du pays par les violences à Mirebalais, plus de 4.000 déplacés ont trouvé refuge, souvent sans accès aux services essentiels.

« Il s’agit d’une crise aggravée qui dépasse les frontières de Port-au-Prince », a déclaré Grégoire Goodstein, chef de mission de l’OIM en Haïti. « Les humanitaires sont désormais pris au piège avec ceux qu’ils tentent d’aider. »

L’OIM, en coordination avec les autorités haïtiennes, déploie une aide d’urgence, incluant des abris temporaires, de l’eau potable, des soins médicaux, un appui psychosocial et des kits d’hygiène, notamment pour les mères et les enfants.