Haïti – Le CARDH soutient la désignation de « Viv Ansanm » comme organisation terroriste et presse les autorités à agir…

Jimmy Cherizier alias Barbecue, chef de la federation des gangs G-9 an Fanmi e Alye et porte-parole de Viv Ansanm...

PORT-AU-PRINCE, mercredi 7 mai 2025, (RHINEWS)

-Dans un communiqué, le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits de l’Homme (CARDH) a salué la décision du gouvernement américain de désigner officiellement le groupe armé « Viv Ansanm » comme une organisation terroriste, tout en appelant à des actions immédiates et coordonnées pour neutraliser cette menace. Le document, riche en analyses, trace les enjeux juridiques et opérationnels liés à cette classification et propose une série de mesures urgentes.

Le CARDH considère que cette décision, bien que tardive, constitue une « étape importante dans la lutte contre les gangs armés et la restauration de l’autorité de l’État ». L’organisation rappelle que depuis juin 2021, elle recommande la qualification juridique de ces groupes comme entités terroristes, en s’appuyant notamment sur la Loi du 26 novembre 2001 sur le blanchiment des avoirs et sur les conventions internationales ratifiées par Haïti. « La désignation du groupe Viv Ansanm comme organisation terroriste s’impose dans les circonstances présentes, et aurait dû intervenir dès sa création en octobre 2023 », écrit le CARDH.

Le groupe Viv Ansanm est décrit comme une coalition de gangs paramilitaires composée notamment de « 400 Mawozo », « Kraze Baryè » de Vitelhomme Innocent, « Baz Pilat » dirigé par Iscar Andrice, et de plusieurs autres gangs violents opérant à Port-au-Prince et ses environs. Pour le CARDH, ces entités ne sont pas de simples bandes criminelles, mais de véritables structures politico-mafieuses ayant recours à des actes de terreur pour asseoir leur autorité.

« Les actions coordonnées menées par ces groupes depuis le 29 février 2024 – attaques contre des prisons, des commissariats, et des institutions publiques – démontrent une stratégie insurrectionnelle clairement définie », précise le communiqué. Le CARDH souligne aussi l’usage systématique de la terreur, notamment les incendies de quartiers, les viols de masse et les meurtres ciblés, comme outils de gouvernance criminelle.

Mais au-delà de cette désignation, l’organisation insiste sur la nécessité de mesures concrètes. Elle propose, entre autres, l’adoption d’une loi spéciale inspirée de celle du 9 septembre 1986 sur les associations de malfaiteurs, afin de poursuivre efficacement les chefs de gangs et leurs soutiens. « Il est impératif de créer une architecture juridique cohérente, intégrant des normes internationales et nationales, pour criminaliser l’appui matériel, financier et politique à ces groupes », soutient le CARDH.

En parallèle, le communiqué appelle à la mise en place de mécanismes de coordination entre les institutions judiciaires, policières et administratives, ainsi qu’à la mobilisation de ressources internationales pour soutenir cette lutte. L’organisation avertit toutefois que la désignation ne doit pas se transformer en un outil politique ou arbitraire : « Elle ne peut servir de prétexte à des règlements de compte, ni être utilisée à l’encontre de personnes sans lien réel avec les activités terroristes. »

Enfin, le CARDH conclut son analyse en soulignant que l’efficacité de cette mesure dépendra d’un engagement politique réel, du renforcement des capacités de la police et de la justice, et d’un accompagnement de la communauté internationale. « La désignation seule est insuffisante. Elle doit être suivie d’actes décisifs pour restaurer l’ordre public, protéger les citoyens et reconstruire l’État de droit. »

Ce plaidoyer intervient alors que la violence armée continue de paralyser la capitale haïtienne et que le Conseil présidentiel de transition, installé récemment, peine à contenir l’avancée des groupes criminels.

Le CARDH a affirmé que « la décision de désigner Viv Ansanm comme organisation terroriste est une reconnaissance juridique de la terreur vécue quotidiennement par des millions d’Haïtiens ». La balle est désormais dans le camp des autorités exécutives, judiciaires et sécuritaires pour donner un contenu concret à cette désignation et éviter qu’elle ne reste un simple effet d’annonce, soutient-il.