PORT-AU-PRINCE, samedi 25 octobre 2025 (RHINEWSz)—L’Archevêché de Port-au-Prince a annoncé avec une profonde tristesse et une vive inquiétude l’enlèvement du Révérend Père Jean Julien Ladouceur, curé de la paroisse Sainte-Claire de Petite Place Cazeau, survenu le mercredi 23 octobre 2025 à Delmas.
Selon la Chancellerie de l’Archevêché, le prêtre a été enlevé alors qu’il se trouvait à bord de son véhicule en compagnie de trois autres personnes. L’institution catholique dénonce « ces actes odieux » qui s’ajoutent à « la longue liste des enlèvements qui touchent indistinctement prêtres, religieux, fidèles et citoyens de tous horizons ».
Dans son communiqué, l’Archevêché souligne que la capitale haïtienne connaît depuis plusieurs semaines une recrudescence alarmante des cas d’enlèvements, notamment dans la commune de Delmas, y compris dans des quartiers que l’on considérait naguère parmi les rares zones encore accessibles et relativement sûres.
« Non seulement l’État demeure incapable de récupérer les territoires occupés par les gangs armés, mais encore il échoue à garantir un minimum de sécurité dans les zones où les gens tentent simplement de survivre », déplore l’institution. Elle met en cause « l’indifférence des autorités » face à une situation devenue intenable et exhorte les responsables gouvernementaux et policiers à assumer pleinement leur responsabilité dans la protection des vies humaines et de la nation tout entière.
L’Archevêché dénonce avec fermeté cette spirale de violence et interpelle les autorités en rappelant que, dans le contexte actuel, « rien n’est plus urgent que la sécurité et la paix ». Il avertit que chaque jour d’inaction accroît l’ampleur du drame, discrédite l’autorité publique et obscurcit la lumière fragile de l’espérance qui tient encore debout la nation.
L’institution appelle les fidèles à demeurer dans la foi et la prière pour la libération du Père Jean Julien Ladouceur et de toutes les personnes enlevées, à rester vigilants et solidaires tout en évitant la désinformation, et à unir l’engagement citoyen à la prière afin de faire renaître la justice, la paix et le respect de la dignité humaine.
Dans l’attente d’un dénouement heureux, l’Archevêché affirme placer sa confiance en Dieu, source de tout réconfort, et redire son espérance en des jours meilleurs pour Haïti. « Que la Vierge Marie, Reine de la Paix, intercède pour nous », conclut le communiqué daté du 24 octobre 2025 et signé par la Chancellerie de l’Archevêché de Port-au-Prince.
Ce nouvel enlèvement vient s’ajouter à une longue série d’attaques et de kidnappings visant les membres du clergé et les institutions religieuses en Haïti.
En février 2024, six frères religieux de la Congrégation des Frères du Sacré-Cœur et un prêtre avaient été enlevés à Port-au-Prince lors d’un déplacement vers l’école Jean XXIII.
En mars 2023, le Père Jean-Yves Médidor, religieux des Clercs de Saint-Viateur, avait été kidnappé à Croix-des-Bouquets avant d’être libéré deux semaines plus tard. En février de la même année, le Père Antoine Macaire Christian Noah, missionnaire claretien originaire du Cameroun, avait été enlevé près de Kazal avant de s’échapper.
En avril 2021 déjà, cinq prêtres, deux religieuses et trois laïcs avaient été kidnappés à Croix-des-Bouquets par un gang exigeant une rançon d’un million de dollars.
Les violences contre les religieux ne se limitent pas aux enlèvements. En mars 2024, des bandes armées ont pris d’assaut le Petit Séminaire Collège Saint-Martial, dirigé par la Congrégation du Saint-Esprit, qu’elles ont pillé et incendié. De nombreux temples, chapelles et écoles confessionnelles ont été vandalisés ou contraints à la fermeture. Dans plusieurs quartiers contrôlés par les gangs, les processions, messes et chemins de croix ont dû être annulés pendant la Semaine Sainte.
Face à cette montée de la violence criminelle qui cible directement les symboles de la foi, l’appel de l’Archevêché de Port-au-Prince résonne comme un cri de détresse et de résistance spirituelle.
Il traduit la peur grandissante d’un pays où le clergé, autrefois perçu comme protégé par son statut moral, n’échappe plus à la brutalité d’un environnement dominé par les armes et l’impunité. L’enlèvement du Père Jean Julien Ladouceur rappelle tragiquement que, dans le chaos actuel, même la voix de l’Église n’est plus épargnée par la terreur.

