PORT-AU-PRINCE, dimanche 28 septembre 2025 (RHINEWS) – À l’occasion de la Journée mondiale pour la dépénalisation de l’avortement, la Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA) a dénoncé, dimanche, les limites du nouveau Code pénal haïtien, publié en juin 2025, qui introduit une dépénalisation partielle de l’avortement dans certains cas. L’organisation estime que cette réforme, bien qu’elle constitue un acquis symbolique, demeure « profondément paternaliste ».
Selon l’article 328 du Code pénal, l’avortement est autorisé en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la santé physique ou mentale de la femme. Mais pour la SOFA, « l’État continue de décider pour les femmes, alors que la majorité d’entre elles n’a pas accès aux services de santé ». L’organisation rappelle qu’en Haïti, seuls 23,5 % de la population utilisent réellement les services sanitaires, ce qui « crée une situation paradoxale » : bien que partiellement légalisé, l’avortement reste de fait clandestin pour la grande majorité des femmes, avec des risques graves pour leur vie et leur santé.
Les données de l’Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services (EMMUS VI) confirment cette réalité. Quatre pour cent des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir déjà eu recours à l’avortement au moins une fois. Dans deux tiers des cas (66 %), l’avortement survient entre le deuxième et le quatrième mois de grossesse, faute d’accès rapide à l’information et aux soins. Plus de la moitié des femmes (53 %) interrompent leur grossesse à domicile, souvent sans accompagnement médical, et moins d’une sur deux (48 %) bénéficie de l’assistance d’un professionnel de santé.
Ces chiffres mettent en lumière une contradiction que la SOFA dénonce avec vigueur : « Le Code pénal dépénalise en partie l’avortement, mais dans les faits, il maintient la majorité des femmes dans l’illégalité et l’insécurité sanitaire, tandis que les professionnel·le·s qui les assistent peuvent être sanctionné·e·s », déclare l’organisation.
« L’avortement est un droit des femmes, un acte de soin, jamais un crime. Mon corps, mon droit, ma santé. Mon corps n’appartient pas à l’État », insiste la SOFA dans son communiqué signé par sa directrice exécutive, Marie Frantz Joachim.
L’organisation appelle à garantir des services de santé accessibles, sécurisés et gratuits pour toutes les femmes, partout en Haïti, à respecter l’autonomie et la dignité des femmes en mettant fin à la logique de contrôle étatique, et à favoriser l’éducation sexuelle et la prévention pour réduire les grossesses précoces et non désirées. Elle plaide enfin pour une dépénalisation totale de l’avortement, afin que les droits reproductifs soient reconnus comme des droits humains fondamentaux.
En ce 28 septembre, la SOFA exhorte la société civile, les professionnel·le·s de santé et les décideur·se·s politiques à transformer « cette avancée partielle en véritable victoire pour la liberté reproductive des femmes haïtiennes ».

