Haïti face à l’imposture de Viv Ansanm et alliés : des bourreaux déguisés en libérateurs appellent leurs victimes à la “révolution”…

Guy Philippe et Jimmy Cherizier alias Barbecue, chef de Viv Ansanm...

Les mêmes criminels qui ont ensanglanté Port-au-Prince et terrorisé les masses défavorisées appellent aujourd’hui à une « révolution ». En réalité, c’est un piège sanglant qui se prépare, une manœuvre de coup d’État déguisé, où la jeunesse risquerait d’être sacrifiée une fois de plus sur l’autel de la terreur…

PORT-AU-PRINCE, mardi 30 septembre 2025 (RHINEWS)- Depuis plusieurs semaines, un discours propage sur les réseaux sociaux : celui d’une prétendue révolution portée par des bandes criminelles armées qui cherchent à capitaliser sur la misère, la colère et la frustration populaires. À première vue, certains pourraient y voir l’écho d’une révolte légitime. Mais l’examen attentif et minutieux de la situation révèle un paradoxe insoutenable : les mêmes chefs de gangs, désignés comme terroristes par les autorités nationales et internationales, responsables de massacres innombrables dans la capitale et dans plusieurs départements du pays, se posent aujourd’hui en libérateurs.

Les bourreaux convoquent désormais leurs victimes à manifester pour renverser un pouvoir affaibli, dont le bilan laisse à désirer. Cette imposture mérite d’être dénoncée sans ambages, car ce qui se présente comme une révolution n’est en réalité qu’un nouveau coup d’État criminel déguisé.

Le passif de ces groupes est plus qu’accablant. Sous l’étiquette “Viv Ansanm”, véritable machine à broyer des, une fédération de gangs dirigée par Jimmy Chérizier, alias Barbecue, d’innombrables atrocités ont été commises contre les masses défavorisées. Ancien policier révoqué, devenu chef de bande, Barbecue est impliqué dans les massacres de La Saline en 2018, de Bel-Air en 2020, ainsi que dans de multiples vagues de violence à Cité Soleil et dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince, selon les rapports des organisateurs de défense des droits humains nationales et internationales .

Des milliers de morts, des centaines de  milliers de déplacés, des femmes violées, des enfants brûlés vifs ou exécutés, des familles réduites en cendres : telle est la véritable empreinte de ces prétendus révolutionnaires. Leurs exactions ne se limitent pas à la capitale. Dans le Plateau Central et l’Artibonite, d’autres cellules armées affiliées à Viv Ansanm ont multiplié les attaques, imposant leur domination par le sang et la terreur.

Ce lourd passif ne leur a pas seulement valu la haine de leurs victimes avec lesquelles ils proposent de faire la paix juste pour mieux les utiliser comme chair à canon . Il leur a également attiré l’attention et la sanction de la communauté internationale.

En octobre 2022, le gouvernement américain a placé une mise à prix allant jusqu’à deux millions de dollars pour toute information permettant l’arrestation de Barbecue. Son nom figure sur la liste des personnes sanctionnées pour graves violations des droits humains. Le paradoxe est donc immense : un individu inculpé, recherché et désigné comme terroriste ose se présenter en porte-voix du peuple haïtien et se réclamer d’une cause révolutionnaire.

Haïti a déjà connu ce type d’imposture. Le cas de Guy Philippe demeure une illustration frappante. Ancien policier comme Jimmy Cherizier, chef de “l’insurrection armée” qui renversa Jean-Bertrand Aristide en 2004,  dit-on, Philippe s’était posé en héros national avant que la justice américaine ne le rattrape. En 2017, il a été condamné à neuf ans de prison pour blanchiment d’argent lié au trafic de drogue. Derrière l’image du résistant se cachait la réalité du criminel. Ce précédent éclaire le moment présent : derrière les slogans brandis par Viv Ansanm se profilent des intérêts personnels, mafieux, et non un projet collectif de transformation nationale.

Les échanges “hostiles” entre Jimmy Chérizier, alias Barbecue, et Guy Philippe, relayés bruyamment sur les réseaux sociaux, peuvent donner l’illusion de divergences irréconciliables. Pourtant, il serait naïf d’y voir une véritable opposition de fond. En réalité, ils incarnent les deux faces d’une même médaille : d’un côté, le chef de gang recherché pour massacres et terreur, de l’autre, l’ancien policier et ex-sénateur élu sans siéger au Sénat, condamné aux États-Unis pour blanchiment d’argent lié au trafic de drogue. Leur prétendue rivalité affichée ne masque pas leur communauté d’intérêts.

Cherizier et Philippe ont été et sont encore des instruments au service de forces obscures qui tirent profit du chaos et cherchent à asservir Haïti par le règne de la violence et la terreur. Leurs divergences  supposées ne sont que des mises en scène, tandis que leurs besognes convergent vers le même objectif : affaiblir davantage l’État, briser la société et transformer la souffrance des masses en tremplin pour leurs ambitions criminelles. Le projet est cousu de fil blanc.

La question mérite d’être posée : que veulent vraiment ces groupes armés ? Leurs motivations sont moins idéologiques que matérielles. Ils cherchent d’abord à conquérir le pouvoir politique par la violence, conscients qu’ils ne pourront jamais obtenir une légitimité par les urnes ou par l’adhésion populaire. Ils veulent ensuite renforcer leur emprise économique.

Les zones sous leur contrôle servent de sources de revenus : trafics d’armes et de drogues, enlèvements contre rançon, extorsion des commerçants et détournement de cargaisons. Enfin, ils visent l’impunité. En se faisant passer pour des interlocuteurs politiques incontournables, ils espèrent neutraliser les institutions judiciaires et sécuritaires et imposer leur reconnaissance sur la scène nationale.

C’est dans cette logique qu’intervient leur dernière trouvaille : convoquer la jeunesse pour une « révolution » à partir de ce mercredi 1er octobre. Or, le cynisme de cette démarche est révoltant. Ce sont les jeunes des quartiers populaires, premiers à souffrir de la pauvreté et de l’abandon de l’État, qui ont le plus payé le prix du feu et du sang.

Ils ont vu leurs écoles brûlées, leurs parents assassinés, leurs sœurs violées, leurs frères enlevés. Et ce sont ces mêmes bourreaux qui prétendent aujourd’hui leur offrir une voie politique. La manipulation est grossière : faire croire à une rédemption alors qu’il s’agit d’entraîner une nouvelle génération dans une spirale mortelle. La question devient cruciale : la jeunesse haïtienne peut-elle être assez naïve pour répondre à l’appel de ceux qui l’ont décimée ?

Les comparaisons internationales utilisées par les gangs eux-mêmes ajoutent au caractère trompeur de la manœuvre. Certains citent le cas du Népal, où une insurrection armée a effectivement bouleversé l’ordre politique. Mais la comparaison ne tient pas. Les maoïstes népalais portaient un projet idéologique structuré, aussi discutable soit-il. Les gangs haïtiens n’ont ni doctrine, ni programme, ni horizon autre que la perpétuation de leurs trafics et l’élargissement de leurs zones d’influence. Leur soi-disant révolution n’est qu’un habillage rhétorique d’un projet de coup d’État criminel.

La responsabilité du gouvernement en place ne saurait être éludée. L’exécutif haïtien reste prisonnier d’une paralysie qui alimente la colère et la désespérance. En ne protégeant pas efficacement la population, en laissant s’installer des zones de non-droit, il a ouvert la voie à cette manipulation. Mais la solution n’est pas dans une répression aveugle, qui ne ferait que justifier le discours victimaire des gangs.

L’État doit au contraire élaborer une réponse claire, ferme et mesurée : protéger immédiatement les populations, refuser toute légitimation politique aux criminels, renforcer les institutions judiciaires et sécuritaires, et travailler en coordination avec l’aide internationale déjà sollicitée au Conseil de sécurité de l’ONU.

En définitive, la mascarade actuelle doit être démasquée. Ceux qui brandissent aujourd’hui l’étendard de la révolution sont en réalité les fossoyeurs de la nation. Leur véritable projet est d’assujettir le peuple par la terreur, de prendre en otage l’avenir de la jeunesse, et de s’offrir une impunité politique en se déguisant en leaders populaires.

La vigilance citoyenne s’impose plus que jamais. Le devoir des journalistes, des intellectuels et des citoyens est de rappeler inlassablement le passif criminel de ces acteurs, de mettre en garde contre leurs manipulations, et d’affirmer que la véritable révolution dont Haïti a besoin ne viendra ni des armes, ni du sang, ni des massacres. Elle viendra de la reconstruction de l’État, de l’émergence d’une élite politique responsable, et du réveil citoyen.

Refuser la manipulation des bourreaux qui se parent des habits de révolutionnaires, c’est déjà un acte de résistance. C’est aussi la seule manière de protéger l’avenir d’un pays qui mérite une révolution de justice et de dignité, et non une nouvelle descente dans l’abîme.