Haïti confie la guerre contre les gangs à Erik Prince, ex-patron de Blackwater et allié de Trump…

Jimmy Cherizier alias Barbecue, chef de'' G-9 an Fanmi e Alye'' et porte-parole de la federation des gangs ''Viv Ansanm''...

PORT-AU-PRINCE, 28 mai 2025 Dans un geste aussi audacieux que controversé, le gouvernement haïtien a conclu un contrat avec Erik Prince, fondateur de la tristement célèbre société militaire privée Blackwater, afin de lancer des opérations létales contre les gangs lourdement armés qui terrorisent la population et menacent de faire tomber la capitale, Port-au-Prince.

Selon plusieurs hauts responsables haïtiens et américains, ainsi que des experts en sécurité ayant requis l’anonymat, M. Prince a été mandaté ces derniers mois pour diriger une cellule spéciale appuyée par des drones armés, dans l’objectif d’éliminer les chefs de gangs qui contrôlent de vastes portions du territoire national. Des sources affirment que son équipe opère depuis mars, bien qu’aucune capture ni neutralisation de cible de haut rang n’ait encore été confirmée.

Erik Prince aurait également commencé à recruter d’anciens militaires haïtiano-américains et envisagerait le déploiement de quelque 150 mercenaires d’ici l’été. Deux experts ont indiqué qu’un important stock d’armes a déjà été acheminé vers le pays en prévision d’une intensification des opérations. Washington, qui soutient depuis des années la Police nationale haïtienne à travers une aide matérielle et financière, a précisé ne financer ni M. Prince ni ses entreprises dans le cadre de cette mission.

Alors que le pays s’enfonce dans une spirale de violence depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, et que près d’un million de personnes ont été déplacées par les attaques de gangs, les autorités haïtiennes semblent avoir opté pour une stratégie de dernier recours. Le recours à une entreprise privée comme celle de M. Prince souligne l’incapacité de l’État à contenir la situation par ses propres moyens.

Plusieurs analystes voient dans cette démarche une rupture avec les précédentes tentatives internationales, notamment la mission multinationale de sécurité pilotée par le Kenya sous l’égide des États-Unis, qui peine à mobiliser les effectifs et les fonds promis. Au moins une autre société américaine de sécurité privée opérerait également dans l’ombre, selon les mêmes sources.

D’après Pierre Espérance, directeur d’une organisation de défense des droits humains à Port-au-Prince, les frappes de drones auraient causé la mort de plus de 200 personnes depuis leur mise en œuvre. Les autorités haïtiennes n’ont pas confirmé ces chiffres et n’ont fourni aucun détail sur les modalités juridiques ou financières du contrat avec Erik Prince.

Connu pour son implication dans des conflits controversés — notamment le massacre de 17 civils à Bagdad en 2007 par des employés de Blackwater, pour lequel Donald Trump a accordé une grâce présidentielle en 2020 — Erik Prince tente depuis plusieurs années de redéployer ses activités en Amérique latine et en Afrique. Il s’est récemment illustré en Équateur, où il a proposé une assistance sécuritaire, bien que le gouvernement local ait nié avoir signé un accord formel.

À Haïti, le précédent historique des sociétés militaires privées reste douloureux. En 2021, des mercenaires colombiens embauchés par une firme américaine avaient été accusés d’avoir participé à l’assassinat du président Moïse. Malgré cela, une partie de la population et des responsables politiques accueillent avec espoir cette nouvelle initiative, faute d’alternative crédible face à l’extension du contrôle territorial des gangs.

Le Bureau du Premier ministre haïtien et le Conseil présidentiel de transition, mis en place pour conduire le pays vers de nouvelles élections, n’ont pas réagi aux demandes de commentaire.

Cet article intitulé « A Desperate Haiti Turns to Erik Prince, Trump Ally, in Fight Against Gangs » a été rédigé par David C. Adams, Frances Robles et Mark Mazzetti. Il a été publié le 28 mai 2025 sur: Haiti Enlists Blackwater Founder and Trump Ally to Take on Criminal Gangs – The New York Times