PORT-AU-PRINCE, vendredi 13 mars 2026 )RHINEWS)- L’Université Quisqueya (UniQ) a publié, le 8 mars, une note publique affirmant que le financement accordé par l’État haïtien à l’institution répond à un cadre légal et transparent, en réaction aux débats suscités récemment dans l’espace public autour de cet appui financier.
Dans ce document, l’université indique avoir jugé « opportun, dans un souci de transparence envers l’opinion publique et ses partenaires, d’apporter certains éclaircissements relatifs à un financement sollicité […] auprès de l’État haïtien ». L’établissement précise que la demande d’appui remonte à décembre 2022 et que le financement a été accordé « en toute légalité et transparence ».
Selon la note, certaines publications récentes ont présenté ce soutien comme « un financement opaque, ou comme un financement personnel du Recteur ». L’institution rejette cette interprétation et affirme que l’aide publique s’inscrit dans « un dispositif légal et transparent prévu dans les dispositions relatives aux mesures incitatives en faveur de l’enseignement supérieur privé et de la recherche », conformément au décret du 11 mars 2020 sur le fonctionnement et la modernisation de l’enseignement supérieur en Haïti, notamment ses articles 194 et 195.
L’Université Quisqueya rappelle également son statut d’institution privée à but non lucratif reconnue d’utilité publique. « Elle ne génère ni ne distribue de profits », souligne la note, ajoutant que l’établissement « n’appartient ni à ses fondateurs, ni à ses administrateurs, encore moins à son Recteur » et qu’il constitue avant tout « une œuvre sociale éducative ».
L’établissement explique que la demande de financement est intervenue dans un contexte de difficultés financières aggravées par la crise nationale. Selon l’université, l’effectif étudiant est passé de plus de 3 500 inscrits pour l’année académique 2018-2019 à un peu plus de 850 l’an dernier. Sur la même période, les revenus tirés des frais de scolarité auraient chuté d’environ 4,3 millions de dollars américains à moins de 600 000 dollars.
Cette contraction des ressources, combinée à la dépréciation de la gourde et à l’insécurité, notamment les attaques de groupes armés dans les quartiers de Turgeau et de Pacot, a entraîné « un déficit récurrent qui place l’institution dans l’incapacité de couvrir pleinement ses obligations et de maintenir ses activités académiques », explique l’université.
Le financement a finalement été accordé par le ministère de l’Économie et des Finances dans le cadre d’un protocole d’accord signé le 20 mai 2025. L’Université Quisqueya affirme avoir transmis aux autorités plusieurs rapports narratifs et financiers sur l’utilisation des fonds, notamment les 24 juillet et 31 octobre 2025, suivis d’un rapport final le 15 décembre de la même année.
« Dans le contexte de crise nationale aiguë, il est donc légitime que l’État haïtien appuie Quisqueya, comme il l’a fait pour d’autres universités de référence qui contribuent à la formation des cadres et au développement du pays », soutient l’institution.
Cette mise au point intervient alors que la question du financement public de l’Université Quisqueya a récemment été évoquée dans un rapport de la Fondasyon Je Klere (FJKL). Dans ce document publié le 4 mars 2026, l’organisation de défense des droits humains fait état de décaissements de fonds publics au profit de plusieurs entités et s’interroge sur l’octroi de ressources de l’État à l’établissement universitaire dans un contexte de crise budgétaire.
La FJKL estime que l’utilisation de fonds publics au profit d’une institution privée soulève des questions de gouvernance et de priorités budgétaires, appelant à davantage de transparence sur les conditions de ce soutien.
Dans un communiqué publié le 9 mars, la fondation indique avoir pris connaissance de la note publique diffusée par l’université, dont le nom apparaît dans un tableau de décaissements reproduit dans son rapport consacré à ce qu’elle décrit comme une « liquidation de la souveraineté nationale via des contrats léonins ». L’organisation affirme que des doutes persistent quant aux conditions dans lesquelles ces fonds auraient été octroyés et appelle l’Université Quisqueya à rendre publics les documents permettant d’établir la régularité de cet appui financier reçu de l’État sous le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé.
Dans sa note, l’Université Quisqueya affirme pour sa part avoir agi dans le respect des procédures légales et assure qu’elle « continuera d’œuvrer, avec transparence et sens des responsabilités, à l’amélioration de l’enseignement supérieur » en Haïti, malgré les difficultés liées à la crise nationale.

