États-Unis/Immigration : des milliers de Haïtiens de l’Ohio menacés de perdre leur statut de protection temporaire…

Marlene Bstien en noir, gauche entouree de jeunes haitiennes

SPRINGFIELD (Ohio), jeudi 29 janvier  2026 (RHINEWS)- Des milliers de ressortissants haïtiens vivant dans l’Ohio pourraient perdre, dès la semaine prochaine, leur statut de protection temporaire (Temporary Protected Status, TPS), sauf intervention de la justice fédérale. L’administration du président Donald Trump a fixé au 3 février la fin du TPS pour les Haïtiens, une mesure qui concernerait environ 330 000 personnes à l’échelle nationale, dont près de 30 000 dans le centre de l’Ohio.

Le TPS permet à des ressortissants de pays touchés par des conflits armés ou des catastrophes naturelles de résider et de travailler légalement aux États-Unis pour une durée déterminée. En Haïti, la violence des gangs, l’instabilité politique et l’insécurité alimentaire continuent de pousser des milliers de personnes à fuir le pays, nombre d’entre elles n’ayant plus de domicile ni de conditions de sécurité minimales pour un retour. « Beaucoup de gens craignent pour leur vie s’ils retournent en Haïti », a déclaré Emily Brown, directrice de la clinique d’immigration de l’Université d’État de l’Ohio.

Selon cette juriste, la fin du TPS entraînerait également la perte de l’autorisation de travail. « Ils pourraient alors être arrêtés, placés en détention ou engagés dans des procédures d’expulsion, à moins d’avoir déjà demandé ou d’être en train de demander une autre forme de protection », a-t-elle expliqué. La juge fédérale Ana C. Reyes doit rendre, le 2 février, une décision sur une éventuelle suspension de l’expiration du TPS pour les Haïtiens.

Dans l’Ohio, la communauté haïtienne est particulièrement concentrée à Springfield, où vivent entre 12 000 et 15 000 Haïtiens, disposant de statuts juridiques variés. « Les gens ont peur », a confié Viles Dorsainvil, directeur exécutif du Haitian Support Center de Springfield. « Ils sont venus ici pour travailler, envoyer leurs enfants à l’école et vivre paisiblement. Aujourd’hui, ils paniquent et ne peuvent même pas planifier leur vie à trois mois », a-t-il ajouté.

Les personnes concernées pourraient théoriquement demander l’asile, mais la situation reste incertaine. « Si une demande d’asile est en cours, elles ont le droit de demander une autorisation de travail et de ne pas être expulsées pendant l’examen de leur dossier», a rappelé Emily Brown. Toutefois, l’administration Trump a instauré, fin 2025, un gel indéfini du traitement de toutes les demandes d’asile. « Il y a une grande inquiétude que des personnes soient placées en détention pendant l’attente de leur audience et séparées de leurs enfants, de leur travail et de leur domicile », a souligné Lynn Tramonte, directrice exécutive de l’Ohio Immigrant Alliance.

Le TPS avait été accordé pour la première fois aux Haïtiens après le séisme de 2010, qui avait fait plus de 222 000 morts, puis prolongé en 2021 par l’administration Biden après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse. « La plupart des gens restent et tentent leur chance, car il est extrêmement difficile de déraciner toute une vie quand il n’y a nulle part où aller en sécurité », a expliqué Emily Brown, tandis que Lynn Tramonte s’est interrogée : « Quand les Haïtiens pourront-ils enfin arrêter de fuir ? »

Les autorités locales redoutent également une intensification des opérations de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le gouverneur de l’Ohio, Mike DeWine, a indiqué s’attendre à une « vague » d’opérations de l’ICE à Springfield à partir du 4 février. « L’ACLU de l’Ohio exhorte les responsables étatiques et locaux à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les 30 000 Haïtiens du centre de l’Ohio », a déclaré J. Bennett Guess, directeur exécutif de l’organisation. Mike DeWine a par ailleurs souligné la contribution économique des Haïtiens à Springfield : « Ils sont fiables, ils travaillent, ils veulent des heures supplémentaires », a-t-il dit, tandis que des responsables communautaires estiment qu’un départ massif aurait un impact économique significatif sur la ville.

Springfield avait déjà été sous les projecteurs nationaux lors de la campagne présidentielle de 2024, après la diffusion de fausses accusations visant des immigrants haïtiens, reprises par Donald Trump malgré leur démenti par les autorités. Ces propos avaient conduit à des menaces de violence, des alertes à la bombe et des manifestations de groupes néonazis dans la ville, ravivant un climat de crainte au sein de la communauté haïtienne.