WASHINGTON, mardi 30 septembre 2025 –Les États-Unis s’apprêtent à vivre la plus vaste vague de démissions de fonctionnaires de leur histoire, avec 100 000 employés fédéraux qui quittent officiellement leurs postes ce mardi. Cette décision, qui découle d’un programme mis en place par le président Donald Trump au début de son second mandat, intervient alors que le Congrès doit simultanément statuer sur une rallonge budgétaire pour éviter une paralysie des services publics. En l’absence d’accord, la Maison Blanche a ordonné aux agences fédérales de préparer des plans de licenciements massifs.
Selon le Bureau des statistiques du travail (BLS), le gouvernement fédéral emploie environ 2,4 millions de personnes. La perte de 100 000 travailleurs représente un choc considérable pour des administrations clés comme le Département des Anciens Combattants ou l’Administration de la Sécurité sociale. Les observateurs redoutent des perturbations importantes dans la prestation des services publics et un impact immédiat sur le marché du travail, avec des dizaines de milliers de nouveaux chômeurs cherchant simultanément à intégrer le secteur privé.
Cette vague de départs s’inscrit dans le cadre du Deferred Resignation Program (DRP), une initiative visant à réduire la bureaucratie fédérale et à rationaliser les services. L’administration Trump avait déjà instauré des gels d’embauche et des licenciements massifs avant de proposer, en février dernier, une formule incitative : les fonctionnaires avaient le choix d’accepter un départ volontaire assorti du maintien de leur salaire jusqu’à fin septembre ou de risquer un licenciement ultérieur. Selon un rapport démocrate du Sénat publié en juillet, ce programme coûtera 14,8 milliards de dollars, avec 200 000 fonctionnaires rémunérés à plein temps et avec avantages sociaux jusqu’à huit mois, sans exercer leurs fonctions.
Le DRP avait été confié au Department of Government Efficiency (DOGE), une nouvelle agence pilotée par le milliardaire Elon Musk avant son départ de la Maison Blanche en mai, à la suite de différends avec le président Trump. Dans une note publiée en août, Scott Kupor, directeur de l’Office of Personnel Management, a justifié le dispositif comme « une option pratique, humaine et volontaire pour accélérer la transition de la fonction publique ». Il a assuré que ce plan permettrait d’économiser plus de 20 milliards de dollars par an et de bâtir une administration « plus intelligente, plus efficace et moins coûteuse ».
Mais les critiques fusent. L’universitaire Scott Lucas, professeur de politique internationale à l’Université de Dublin, a estimé que ces démissions massives s’apparentaient « techniquement à un licenciement collectif » et qu’elles pèseraient sur le taux de chômage, ternissant l’image politique de la Maison Blanche. Pour le groupe Next Interior, affilié au Département de l’Intérieur, il s’agit d’« une perte colossale de savoir institutionnel et de compétences qui faisait fonctionner l’administration au service des contribuables ».
Alors que l’incertitude demeure sur l’adoption d’un budget évitant le shutdown, la justice a déjà freiné certaines mesures de l’exécutif. Un juge fédéral de Washington a temporairement bloqué les plans de suppression de plus de 500 emplois à l’U.S. Agency for Global Media, le réseau d’information financé par l’État.
Cette démission record marque une nouvelle étape dans la refonte controversée de la fonction publique fédérale par Donald Trump, qui revendique une volonté de transformer en profondeur la machine gouvernementale américaine. Reste à savoir si cette cure d’austérité pourra se traduire par une efficacité accrue ou si elle engendrera un affaiblissement durable des services publics.

